ŒDIPE ET LE SPHINX
L'infortuné roi de Thèbes, retiré au fond de son palùa, cherchait la solitude, et seiubkiit craindre l'approche de sa famille. Là, il était troublé encore par les gémiaseinents d'une multitude qui souffrait mille maux dont il se croyait coupable; car il s'accusait dans son propre cœur. Il disait arec amertume :
" Qu'est devenu mon courage! qu'estdevenue cette brillante intelligence qui avait répandu ma rénommée parmi les nations de la Grèce? Ahl combien, aujourd'hui que je suis devenu faiblecommeunenfautije tremblerais devant le sphinx, devant ce monstre venu de la mystérieuse Egypte, qui se plaisait à faire deviner des énigmes, et à égorger ceux qui ne pouvaient remporter cette singulière victoire ! Je ne fus point épouvanté de cette nouvelle sorte de combat. Mon cœur ne connaissait aucune crainte, et mon génie n'était étonné de rien; d'ailleurs je ne Toyiùs que le prix qui m'était réservé, un sceptre, et la main d'une reines Ce jour mémorable est encore présent à moq esprit. Le sphinx était assis sur une des croupes arides du mont Fhicée: de là, il répandait la terreur sur toute la contrée. J'arrive en sa présence, au lever de l'aurore ; un rideau de nuages transparente couvrait sa stature immense. Il avait le visage d'uoe femme, tous ses traits parfaitement réguliers étaient immobiles ; j'aperçois encqre cet œil scrutateur qui semblait vouloir arracher tes plus intimes secrets de la pensée, et, dans les contours de sa bouche, une sorte d'ironie triste et terrible qui me faisait frémir. Oui, je puis l'avouer à présent, quand je vis ses mains terminées en griffes énormes s'avancer hors du nuage, toutes prStes à saisir une proie assurée,je commençai à me repentir de ma témérité. Cependant l'énigme m'est proposée, mais d'une manière toute nouvelle et toute merveilleuse : aucun son articulé ne retentissait à mon oreille, aucun mouvement ne paraissait agiter les lèvres du monstre; seulement j'entendais comme une voix intérieure qui résonnait sourdement au fond de ma poitrine. Au même instant, les regards du sphinx s'allumèrent, nne joie féroce anima son
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visage, ses griffes s'abaissèrent sur ma t£te : alors je tirai mon glaive, et, tnc couvrant de mou bouclier, je m'élançai sur mon terrible adversaire, car il m'était livré ; j'avaia deviné l'énigme. Mon fer s'enfonça dans je ne sais quoi qui n'existait plus : tout avait dispara comme une vision. Néanmoins mon glaive dégouttait d'un sang immonde, et j'avais entendu un bruit faible, mais sinistre, tout semblable an rftle d'un homme qu'on égorgerait dans les bras du sommeil."
Ball&nohe.
LE TIEILLABD ET LES TEOIS JEUNES HOIDŒS
Un octogénaire iJantait :
" Passe encor de bitir ; mais planter li cet âge ! " Disùeot trois jouvenceau I, enfants du voisinage :
Assurément il radotait.
" Car, au nom des dieux, je vons prie, Quel fruit de ce labeur pouvez-vous recueilKrî Autant qu'un patriarche il vous faudrait vieillir.
A quoi bon chai^r votre vie Des Boina d'un avenir qni n'est pas fMt pour vousT Ne songez désormais qn'i vos erreurs passées; Quittez le long espoir et les vastes pensées;
Tout cela ne convient qu'à nous.
— H ne convient pas à vous-mSmea, Bepartit le vieillard. Tout établissement Tient tard et dure peu. La inain des Parques blêmes De vos jours et des miens se joue également.
Nos termes sont pareils par leurcourte durée. Qui de noua des clartés de la voûte azurée Doit jouir le demierî Est-il aucun moment Qui vous puisse assurer d'un second seulement? Mes arrière-neveux me devront cet ombrage:
Hé bien ! défendez-vous au sage De se donner des soina pour le plaisir d'autruil Cela même est un fruit que je goûte aujourd'hui.
HDHCS&UX CHOISIS
J'en puis jcmir demain, et quelques jours encore ;
Je pnÏB eo^n compter l'aurOTC
Hus d'une fois sur tos tombeaux. " Le vieillard eut raison: l'un des trois jouvenceaux Se noya dès le port, allantà l'Amérique; L'autre, afin de mont^ aux grandes dignitiés, Dans les eraplois de Mars servant la r^ublique, Pat un coup imprévu vit ses jours emportés;
Le troisième tomba d'un arbre
Que lui-même il voulut enter; Et, pleures du vieillard, il grava sur leur marbre
Ce que je viens de raconter.
La Fontaise.