‹ Manuel de la paroleChapitre 160 sur 182 · L'AÏEULE · texte numérisé non relu

L'AÏEULE

A la mère de ma mère.

£lle est vieille, voûtée, et ses cheveux sont blancs. . . La vie a sur son front gravé plus d'une ride; Elle est toujours active et totyours intrépide, Mais son pas est moins sûr, ses gestes sont tremblants.

La vois se casse an peu ; mais elle est douce encore Et révËle à la fois sa bonté, sa nûson.

Nul, comme elle, ne sait gouverner la maison. , Elle a plus de deux fois mon âge. . .et je l'adore.

Quand dans le grand fauteuil, au coin du feu, cbez nous, A tricoter son bas je la vois occupée.

Ou bien consolidant quelque bras de poupée, Souvent je suis tenté de me mettre k genoux.

C'est qu'en effet Elle est la sainte, Elle est l'ûeule; Cest elle le bon sena, la vertu, le devoir. , , Ah ! comme les enfants, sûrs de son bon votiloir, Courrait l'accapuer dès qu'ils la savent seule.

D,gt,,-erihyGOO^IC

210 HANUEL DE LA FABOLZ

" J'ai taché mon aarrau, fait Janot soucieux.

Tu sais, il ne faut pas que personoe le sacbe. -

— .T'ai déchirai mon col ! " Grand'mère 6te la tache.

Et reprise l'accroc malgré ses mauvais yeux.

" Graad'mère, maintenaot, chante-noua quelque chose; "

La bonne vieille grand entonne en tremblotant

Quelque tendre refrain de dix-sept cent. . .et tant.

Que les marmots ravis écoutent, bouche close.

" A présent, laissez-moi travailler un moment. . . — Oh! non... non... ftrand'maman, conte-nous une histoire!'' Elle cède, et, puisant dans son vieux répertoire. Leur dit, sans les lasser, la Belleau-Baig-dormant . . . Ou le Fetit-Poueet ou le Chaperon-Rouge; ■ Elle connaît si bien le bonhomme Perrault ! ns déclarent toujours que " ^ finit trop tôt ! " Et personne, pendant ce long récit, ne bouge.

Ainsi qu'eux autrefois (que ce temps est lointain !) Je me vois à ses pieds et buvant sa parole ; Cest elle qui d'abord fut mon maître d'école. Elle qui me veillait du soir jusqu'au matin.

Tout ftgé que je suis, — j'ai dépassé trente ans I — Les jours d'exil finis, quand, l'ivresse dans l'ftme. Je reviens au logis, près de la sainte femme, Je me crois quelquefois encore an bon vieux temps;

Et comme en ce temps-là, (j'en fais l'aveu sans honte) Je m'asseois doucement sur ses pauvres genoux.

' C'est moi. . .Me revoili, ma grand'mère. Dis-nous Un beau conte, veux-tuî — Que je te dise un conte).,. A ton âge ! ... il est fou ! . . . non, tu n'y penses pas I —Mais si, faut-il t'aidert" Je lui glisse à l'oreille:

' Ma grand'mère, que vous acez donc de grands bras I . . , ^— C'est pour mieux t'embrasser ! " répond la chère vieille. Charles SâoÀBD.

D,gt,,-erihyGOOglC

HOBCEATJX CHOISIS Si:

COLDI-ILUXUBD

Un enfant frêle et blond, doat la mine éveillée Laisse voir des pâleurs, quoiqu'un peu barbouillée, Conduit le pauvre aveugle et marche i. petits pas, A l'angle du chemin ila vont s'asseoir, là-bas,

Muets, l'un contre l'autre, et jamais ne demandent. Ils ne poursuivent pas notre aumône, ils l'attendeut. n faut les plaindre, enfants ; ils sont si malheureux ! Et c'est touchant de voir comme ils s'aiment entre eux, .Et de voir ce garçon de huit ans dont l'enfance Aurait encore besoin de guide et de défense, Si x>etit.' attentif aux pierres du chemin, Surveiller un vieil homme et lui donner la main.

Le sourire à la lèvre ou los pleurs sur la joue.

Fils de pauvre ou de riche, il faut qu'un enfant joue;

C'est pourquoi, l'autre jour, l'enfant pâle à l'œil bleu

Avcdt n^vement imaginé ce jeu

De courir tout autour de l'aveugle débile

Qui, sur la terre assis, posant là sa sébile,

A droite, à gauche, vite, étendant les deux braâ.

Cherchait k le saisir selon le bleuit des pas.

L'enfant, que chaque erreur du pauvre aveugle amuse, S'éloigne plusieurs fois d'un petit air de ruse. Sur la pointe du pied, sans soufSer, doucement, Bt le vieillM'd écoute, immobile, un moment. . . Puis, troublé tout k coup d'un si profond silence, Il appeUe; l'enfant rit alors et s'élance, Accourt et vient tomber dans les bras du vieillard ; Et l'aveugle riait d'être colin -ma il lard.

Moi, j'admirais l'enfant, dont la candeur suprême Peut jouer, sans l'accroître, avec la douleur même. Et qui fait naître au cœur d'un malheureux pareil La gatté, le bon rire et l'oubli du soletl !

1& Jean Aicabb.

uCtHlt^lc

Lui dit : " Je veux voua mettre aujourd'hui sur le trône Prenez ces cent ëcua: gardez-les avec soin Pour vous en servir au besoin,"

D,gt,,-erihyGOOgle

Le savetier crut voir tout l'argent que la terra

Avait, depuis plus de cent ans,

Produit pour l'usage des- gens.

Il retourne chez lui ; dans sa cave il enserre

L'argent et sa jote à la fois.

Plus de chant: il perdit la voix.

Du moment qu'il gagna ce qui cause nos peines.

Le sommeil quitta son logis;

Il eut pour hôtes les soucis,

Tout le jour il avait l'œil au guet ; et la nuit,

Si (|uelque chat faisait du bruit.

Le chat prenait l'argent. A la fin le pauvre homme S'en courut chez celui qu'il ne réveillait plus: " Rendez-moi, lui dit-il, mes chansons et mon komme

Et reprenez vos cent écus."

La Foktacje.

LA PÉSiTENCE

On peut satisfaire à l'Eglise sans subir les peines publiques qu'elle imposait autrefois : ou ne peut satisfaire à Dieu sans lui en offrir de particulières qui les égalent et qui en soient une juste compensation. Or, regardez autour de vous. Je ne dis pas que vous jugiez vos frères. Mais examinez les mœurs de tous ceui qui vous environnent. Je ne parle pas même ici de ces pécheurs déclarés qui ont secoué le joug, et qui ne gardent plus de mesure dans le crime. Je ne parle que de ceux qui vous ressemblent, qui sont dans des moeurs communes, et dont la vie n'offre rien de scandaleux ni de criant. Ils sont pécheurs r ils en conviendraient. Vous n'êtes pas innocent; vous en convenez vous-même. Or, sont-ils pénitentaî Et l'êtes-vousî L'âge, les emplois, des soins ]ilus sérieux vous ont fait peut-être revenir des emportements d'une première jeunesse ; peut-être même les amertumes que la bonté de

214 UATÏtJEX DE LA PAROLE

Dieu a pria plaiair de réiandre sur vos paaaions, les perfidies, leB I^ruita désagréables, une fortune reculée, la Banté rtiiaée, des affaires en décadence, tout cela a refroidi et retenn les penchants déréglés de votre cœur; le crime tous a dégoûté du crime même ; les passions d'ellea-mêmea sa sont peu à peu éteintes; le temps et la seule iucoastance du cœur a rompu vos liens ; cependant, dégoûté des créatures, tous n'en êtes pas plus vif pour votre Dieu. Voua êtes devenu plus prudent, plus régulier, selon le monde, plus homme de probité, plus exact à remplir vos devoirs publics et particuliers: mais tous n'êtes pas pénitent Vous aveB cessé vos désordres: mais tous ue les avez pas expiés, mais tous ne vous Ates pas couTertî, mais ce grand coup qui change le cœur et qui renouTelle tout l'homme, vous ne l'avez pas encore senti.

Cependant cet état si dangereux n'a rien qui vous alarme. Des pécliés qui n'ont jamais été purifiés par une sincère pénitence, ni, par conséquent, remis dcTant Dieu, sont à vos yeux comme s'ils n'étaient plus. £t vous mourrez tranquille dans une impéuitence d'autant plus dangereuse que tous mourrez sans la connaître. Ce n'est pits ici une simple expression ni un mouvement de zèle : rien n'est plus réel ni plus exactement vrai. Massillok.

FOLICHIIŒLLE

Voilà, ToilA Polichinelle, le grand, le vrai, l'unique Polichinelle ! 11 ne parait pas encore, et tous le voyes déjà ! vous le reconnaissez à son rire éolatant, prolongé. Il ne parait pes encore, mais il siffle, il bourdonne, il babille, il crie, il parle de cette voix qui n'est pas une vois d'homme, de cet accent qui n'eat pas pria dans les organes de l'homme, et qui anoooce quelque chose de supérieur k l'homme. Polichinelle, par exemple. I! s'éknce en riant : il tombe, il se relève, il se promène, il gambade, il saute, il se débat, il gesticule et retombe démantibulé contre un ehâssisqni résonuedesachute. Cen'efttrienj c'est

tout, c'est Polichiuelle ! Les sourds l'etiteDdent et rient; les aveugles rient et le voient ; et toutes les pensées de la multitude enivrée se confondent en un cri : Cext lui 1 c'est lui ! c'est Polichinelle !

Alors Oh! c'est un spectacle enchanteur que celui-ci!. , ,

Alors les petits enfants, qui se tenaient imradbiles d'un curieux effroi entre les bras de leurs bonnes, la vue fixée avec inquiétude sur le théâtre vide, s'émeuvent et s'agitent tout à coup, agrandissent encore leurs beaux yeux ronds pour mieuz voir, s'approchent, se disputent la première place.^Ils s'en disputeront bien d'autres, quand ils seront grands ! — Le Ilot de l'avant-scène roule à sa surface de petits bonnets, do petits chapeaux, de petits schakos, des toques, des casquettes, des bourrelets, de jolis bras blancs qui se contrarient, de jolies mains blanches qui se repoussent, et teut cela, vous saves pourquoi? pour saisir, pour avoir Polichinelle vivant!

" L'ige adulte est l'âge des dieux, " dit Hésiode. L'âge adulte est l'âge aussi de Polichinelle. Xous vieillissons iticessanjraent, tous tant que nous sommes, autour de Polichinelle qui ne vieillit pas. Les dynasties passent, les royaumes tombent ; les pairies, plus vivaces que les royaumes, s'en vont ; les journaux, qui ont détruit tout cela, s'en iront faute d'abonnés. Que dis-je ! les nations s'effacent de la terre ; et Polichinelle ne ferme point boutique ! Polichinelle fustige t()ujoura le même enfant; Polichinelle bat toujours la même femme; Polichinelle assommera demain soit le commissaire qu'il assommait ce matin, ce qui ne justifie en aucune manière le soupçon de cruauté que des tistoriens, ignorants ou prévenus, font [«ser mal à propos sur. Polichinelle. Ses innocentes rigueurs ne se déploient que sur des acteurs de bois, car tous les acteurs du théâtre de Polichinelle sont de bois. Il n'y a que Polichinelle qui soit vivant.

Polichinelle est invulnérable ; et l'invulnérabilité des héros

de l'Arioste est moins prouvée que celle de P<ilicliinelle. Je ne

sais si son talon est resté caché dans la main de sa mère, quand

elle le plongea dans le Styx, mais qu'importe k Polichinelle

D,gt,,-erihyGOOgle

21ff MAKUEt DIT LA PiBOIIT

dont on n'a jamais vu les talonsî Ce qu'il y a de certain, et ce* que tout le morute peut véritiet à l'instUDt mftme sur la placer publique, ai ces louables étndea occupent eneore quelques bon» esprits, c'est qn& Polichinelle, roaé dfe coupe pus les sbires^ assMfliné par les brtair, pendu pat le bourreau et emporté par le diaUe, reporaît infailliblement un quart d'heare après^ dans sa cage dramatique, aussi frisque, aussi vert et aussi galaat que jamais, l'oliebinelte eit mort^vive PofùhineUt!

tE GLâN» et la CITR91IIIXE

Dieu fait bien ce qull fait. San» en chereher la pvenve En tout cet oaiTera, et l'aller pfwcourant,

Dans les citrouilles je 1« treuye-

Un villageois, considérant Combien ce fruit est gros et sa tig« menue :

" A quoi songeait, dit-il, l'auteur de tout celât Il a bien mal placé cette citnmille-là !

Eh ! parbleu l je t'aurais pendue

A l'un de» chênes que voili;

C'eiit été justement l'affaire:

Tel fruit, t*l arbre, pour bien faire. C'est dommage, Garo, que tu n'es point entré Au conseil de celui que prêche ton curé; Tout en eiît été mieux ; car pourquoi, par exemple. Le gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt.

Ne pend-il pas en cet endroit t

Dieu s'est mépris : pïas je contemple Ces fruits ainsi placée, plus il semble à Garo

Que l'on a fait un quiproquo." Cette réflexion embarrassant notre homme:

" On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'esprit." Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme. Un gland tombe : le nez du dormeur en pfttit.

,,-r^ivGoo^lc

StOTlCEAirX. CHOISIS 3l3

n s'éveille; et, portant U main sur son visa^ Il trouve encor le gland pris au poil du mentoo. SoD nex meurtri le force «h changer de langage. '" Oh ! (^ ! dit-il, je saigne ! Et que serait-ce donc S'il fût tombe de Parbre une uia^se plus lourde,

Et que ce gland eût été gourde 1 Dieu ne Ta pas voulu: sans doute il eut raison;

J'en v(À» bien ^ présent la cause."

En louant Dieu de tout€ «hose,

Qafo retourne i la maisoa.

La FoNTAim.

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