LE DISTRAIT
Ménalque descend son escalier, ouvre sa porte pour sortir, il la referme; il s'aperçoit qu'il est en bonnet de nuit, et, venant à mieux s'ezaminer, il se trouve rasé à moitié; il voit que son épée est mise du côté droit, que ses bas sont rabattus sur ses talons, et que sa chemise est par-dessus ses chausses^ S'il marche dans les rues, il se sent tout d'uu coup frappé rudement à l'estomac et au visage, il ne soupçonne point ce que ce peut être, jusqu'à ce qu'ouvrant les yeux, il se trouve devant un tîmon de charrette, ou derrière un long aïs de menuiserie que porte un ouvrier sut ses épaules. On l'a vu quelquefois heurter du front contre celui d'un aveugle, s'embarrasser dans ses jambes, et tomber avec lui à la renverse. Il cherche, il brouille, il crie, il s'échauffe, il apiwlle ses valets l'un après l'autre; on lui perd tout, on lui égare tout; il demande ses gants, qu'il a dans ses mains. Il entre à l'appartement, et passe sous un lustre où sa pe jue a o 1 e et demeure suspendue ; tous les courtisan e^a 1 nt e lent, Ménalque regarde aussi et rit plus hai t que la aut e ; il cherche des yeux dans toute l'assemblée net lu qui montre ses oreilles, et à qui il manque une pe uqu S 1 va paj- la ville, après avoir fait quelque chem n 1 se ro t égaré, il s'émeut, et il demande à des passants, qui lui disent précisément le nom de sa rue ; il entre ensuite dans sa maison, d'où il sort précipitamtnent, croyant qu'il s'est trompé ; il descend du paUis, et, trouvant au bas du fcrand degré un carrosse qu'il prend pour le sien, il se met dedans; le cocher touche et croit ramener son maître dans sa maison. Ménalque se jette hors de la portière, traverse la cour, monte l'escalier, parcourt l'antichambre, la chambre, le cabinet; tout lui est familier, rien ne lui est nouveau. Il s'assied, il se repose, il est chez soi. Le maître arrive, celui-ci se lève pour le recevoir ; il le traite fort civilement, le prie de s'asseoir, et croît faire les honneurs de sa chambre ; il parle, il rêve, il reprend la parole ; le maître
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s'eDDuie et demeure étonné; Ménalque ne l'est pas moins, et il ne dit pas ce qu'il eu pense, II a affaire à un fâcheux, i un oisif, qui se retirera 4 la fin ; il l'espère, et il prend patience ; la nuit arrive qu'il est à peine détrompé.
La Bruyèse.
J'aime le son du cor, le soîr, au fonddes bois. Soit qu'il chante les pleurs de la biche aux abois, Ou l'adieu du chasseur que l'écho faible accueille, Et que le vent du aord porte de feuille en feuille. Que de fois seul, dans l'ombre, à minuit demeuré. J'ai souri de l'entendre, et plus souvent pleuré ! Car je croyais ouïr de ces bruits prophétiques Qui précédaient la mort des paladins antiques. montagnes d'azur! pays adoré!
Koes de la Frazona, cirque du Marboré, ' Cascades qui tombez des neiges entraînées.
Sources, gaves, ruisseaux, torrents des Pyrénées, Monts gelés et fleuris, trône des deux saisons, Dont le front est de glace et les pieds de gazons ! Cest là qu'il faut s'asseoir, c'est U qu'il faut entendre Les airs lointains d'un cor mélancolique et tendre. Souvent un voyageur, lorsque l'air eat sans bmit. De cette voix d'airain fait retentir la nuit ; A ses chants cadencés autour de lui se mêle L'harmonieux grelot du jeune agneau qui bêle; Une biche attentive, au lieu de se cacher.
Se suspend immobile au sommet du rocher; Et la cascade unit, dans une chute ii Son éternelle plainte au chant de la n
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Boncevaux! Roncevauxl dans la sombre vallée, L'ombre du gniDd Roland n'est donc pas consolëet
Toiui les preux étaient morts, mais aucun n'avùt fui ; Il resta seul debout, Olivier près de lui; L'Afrique sur les monts l'entoure et tremble encore; " Roland, tu vas mourir : rends-toi, criait le More ;
" Tous tes pairs sont couchés dans les eaux des torrents, " Il rugit comme un tigre, et dit : " Si je me rends, Africain, ce sera lorsque les Pyrénées Sur l'onde avec leurs corps rouleront entraînées."
— " Rends-toi donc, répond-il, ou meurs, car les voilà, "
Et du plua haut du mont un grand rocher roula;
Il bondit, il roula jusqu'au fond de l'abîme,
Et de ses pins, dans l'onde, il vint briser la cime,
" Merci ! cria Roland, tu m'as tait un chemin, " Et jusqu'au pied des monts le roulant d'une main, Sur le rue affermi, comme un géant, s'élance; Et, prête à fuir, l'armée à ce seul pas balance I
Tranquilles, cependant, Oharlemagne et ses preux Descendaient la montagne et se parlaient entre eux. . A l'horizon déjà, par leurs eaux signalées.
De Luz et d'Argelès se montraient les vallées,
Roland gardait les monts : tous passaient sans effroi. Assis nonchalamment sur un noir palefroi Qui marchait revêtu de housses violettes, Turpln disait, tenant les saintes amulettes:
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" Sire, on voit dans le ciel des nuages de feu. Suspendez votre marche; il ne faut tenter Dieu; Far monsieur saint Deais, certes, cd sont des &mes Qui passent dans les airs sur ces vapeurs de flammes.
Deux éclairs ont relui, puis deux autres encor." Ici l'on entendit le sod lointain du cor ; L'Empereur étonné, se jetant en arrière, Suspend du destrier la marche aventurière:
" Entendez- vous î dit-il. — Oui, ce sont des pasteurs Happelant les troupeaux épars sur les hauteurs. Lui répondit Turpin, ou la voix étouffée Du nain vert Obéron qui parle avec sa Fée. "
Et l'Empereur poursuit; mais son front soucieux Est plus sombre et plus noir que l'orage des cieui. Il craint la trahison, et, tandis qu'il y songe. Le COI- éclate et meurt, renaît et se prolonge.
" Malheur ! c'est mon neveu ! Malheur ! car si Roland
Appelle à son secours, ce doit être en mourant.
Arrière, chevaliers! repassons la montagne!
Tremble encore sous nos pieds, sol trompeur de l'Espagne ! "