I. La liaison des mots terminés par deux
consonnes, dont la dernière est muette et la première sonore, est soit naturelle, soit artificielle.
Elle est naturelle généralement, et se fait par conséquent avec l'avant-dernière consonne, dans les mots au singulier: regard aimable (regar'aimable), 4l part avec moi (il par'avec moi), discours émouvant (discour'émouvant), Univers entier (univer’entier), ete.; et dans le mot corps, au pluriel comme au singulier.
Elle est artificielle, et se fait par conséquent avec la dernière consonne muette, dans les mots au pluriel (surtout si la liaison peut servir à indiquer que le mot est au pluriel): divers exemples (divers z'exemples), secours efficaces (secours s’efficaces), etc. ; dans l'adverbe “ort : fort habile (fort t’habile) ; et dans les expressions suivantes: de part et d'autre, de clerc à maître, poreépie, lacs, échecs, nord-est, nord-ouest, par rapport à, la mort aux rats, un court entretien (de part t'et d'autre, etc.). .
Cependant, nous avons vu que la liaison est naturelle dans: arcs-en-ciel, chars-à-bancs, etc.
II. La liaison des mots terminés par deux consonnes muettes, se fait généralement avec l'avant-dernière consonne, au singulier, quand cette consonne est la lettre c: aspect affreux (aspec'affreux), ete.; et avec l'8, au pluriel : instincts honnêtes (instincts z’honnêtes), etc. Quand l’avant-dernière consonne est une autre lettre que c, la liaison, au singulier, se fait avec la dernière: doigt enlevé (doigt t'enlevé), ete., ou bien ne se fait pas: Jésus-Christ est. . .(Jésus-Christ | est), ete.; au pluriel, la liaison se fait avec 8: doigts écurtés (doigts z'écartés), etc. !
277.—La liaison artificielle ne se fait pas dans les cas suivants:
a) Après les mots dont la consonne finale ne se lie pas, d'après les règles particulières à chaque leitre (No 280).
b) Quand la liaison serait plus dure et plus désagréable à l'oreille que ‘la rencontre des deux voyelles, ou sentirait l'effort. En général, est mauvaise la liaison qui rapproche deux articulations semblables. Ainsi, on évitera de lier: sang | dcre, résultat | affreux.
c) Quand la liaison amènerait une équivoque: le perroquet | a des plumes.
d) Quand l'interprétation exige qu'on prenne un temps.
e) Quand le second mot commence par une À aspirée ou par une demi-aspiration: il a dit | oui.
f) Après les noms propres et les noms de lieux : Jésus | enfant, Paris | est grand.
278.— Diverses circonstances, que l'interprétation fait connaître, exercent aussi une influence considérable sur les liaisons.
On fait plus de liaisons dans les vers que dans la prose, dans la tragédie que dans Ja comédie, dans la récitation que dans le discours, dans l'expression d'idées nobles et élevées que dans l'expression d'idées familières, dans le discours soutenu que dans la conversation.
©279.—Dans la poésie surtout, il faut rechercher les liaisons. Elles sont souvent nécessaires au rythme, à la mesure, à l'harmonie du vers.
Dans certains cas, l'omission d’une élision ferait d’un alexandrin un vers de onze syllabes. — Ex. :
Elles veulent écrire et devenir auteurs.
Si l’on ne lie pas veulent écrire, le vers n’a que onze syllabes. Ces liaisons ne doivent jamais être omises.
Parfois, l’omission de ja liaison a pour effet de faire se rencontrer deux voyelles, de produire par conséquent un hiatus :
Pensez-vous être juste et bon impunément ?
En ne liant pas vous étre, on fait un hiatus. On doit cependant omettre ces liaisons quand elles choqueraient tro l'oreille ; il faut se demander lequel serait le plus désagréable, l'hiatus ou la liaison ?