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LE VIEILLARD ET LES TROIS JEUNES HOMMES

Un octogénairep tait:

“ Passe encor de bâtir; mais planter à cet âge! ii Disaient trois jouvenceaux, enfants du voisinage : Assurément il radotait.

# Car, au nom des dieux, je vous prie, Quel fruit de ce labeur ponvez-vous rec" Mir? Autant qu'un patriarche il vous faudrait vieillir. A quoi bon charger votre vie Des soins d’un avenir qui n’est pas fait pour vous? Ne songez désormais qu’à vos erreurs passées ; Quittez le long espoir et les vastes pensées ; Tout cela ne convient qu’à nous.

Il ne convient pas à vous-mêmes, Repartit le vieillard. Tout établissement Vient tard et dure peu. La main des Parques blêmes De vos jours et des miens se joue également.

Nos termes sont pareils par leur courte durée. Qui de nous des clartés de la voûte azurée Doit jouir le dernier? Est-il aucun moment Qui vous puisse assurer d’un second seulement? Mes arrière-neveux me devront cet ombrage:

Hé bien! défendez-vous au sage De se donner des soins pour le plaisir d'autrui? Cela même est un fruit que je goûte aujourd’hui.

MORCEAUX CHOISIS 209

i mon J'en puis jouir demain, et quelques jours encore ; r mon Je puis enfin compter l'aurore

nigme. Plus d'une fois sur vos tombeaux, ”

plus: Le vieillard eut raison : l’un des trois Jjouvenceaux glaive Se noya dès le port, allant à l'Amérique ;

| bruit L'autre, afin de Monter aux grandes dignités,

> qu'on Dans les emplois de Mars servant la république,

Par un Coup imprévu vit ses jours emportés ; CHE. Le troisième tomba d’un arbre

Que lui-même ;l voulut enter; Et, pleurés du vieillard, il grava sur leur marbre Ce que je viens de raconter, La Fonraie.

L’AIEULE A la mère de ma mère.

Elle est vieille, votée, et ses cheveux sont blancs... vie a sur son front gravé plus d'une ride; Elle est toujours active et toujours intrépide,

lis son pas est moins sûr, ses gestes sont tremblants.

La voix se casse Un peu; mais elle est douce encore

Et révèle à la fois sa bonté, sa raison.

Nul, comme elle, ne sait Souverner la maison.

Elle a plus de deux fois mon âge... .et je l'adore. lèmes

Quand dans Je grand fauteuil, au coin du feu, chez nous, À tricoter son bas je la vois occupée,

Où bien consolidant quelque bras de poupée,

Souvent je suis tenté de me mettre à genoux.

& J'ai taché mon sarran, fait Janot soucieux, Tu sais, il ne faut pas que personne le sache. __J'ai déchirai mon col!” Grand’mère Ôte la tacie, Et reprise l'accroc malgré ses mauvais yeux.

“ Crand/mère, maintenant, chante-nous quelque chose. ” La bonne vieille grand entonne en tremblotant Quelque tendre refrain de dix-sept cent. . .et tant,

Que les marmots ravis écoutent, bouche close.

“ A présent, laissez-moi travailler un moment... Oh! non...non.. .grand'maman, conte-nous une histoire !” Elle cède, et, puisant dans son vieux répertoire,

Leur dit, sans les lasser, la Belle-au-Bois-dormant. .…

Ou le Petit-Poucet ou le C'haperon- Rouge ; Elle connaît si bien le bonhomme Perrault !

Ils déclarent toujours que “ça finit trop tôt LE Et personne, pendant ce long récit, ne bouge.

Ainsi qu'eux autrefcis (que ce temps est lointain !) Je me vois à ses pieds et buvant sa parole;

C'est elle qui d’abord fut mon maître d'école,

Elle qui me veillait du soir jusqu'au matin.

Tout Agé que je suis, — j'ai dépassé trente ans |— Les jours d'exil finis, quand, l'ivresse dans l’âme,

Je reviens au logis, près de la sainte femme,

Je me crois quelquefois encore au bon vieux temps;

Et comme en ce temps-là, (j'en fais l’aveu sans honte) Je m'asseois doucement sur 8e8 pauvres genoux.

4 C’est moi... Me revoilà, ma grand’mère. Dis-nous Un beau conte, veux-tu? — Que je te dise un conte?...

À ton âge!...il est fou !...non, tu n’y penses pas! Mais ‘, faut-il t'aider?” Je lui glisse à l'oreille : Ma grand’mère, que vous avez donc de grands bras!... C'est pour mieux t'embrasser !” répoud la chère vieille.

Cu:7LEs SÉGARD.

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