‹ Manuel de la parole [microforme]Chapitre 216 sur 222 · MITHRIDATE, A. LI, SC · texte numérisé non relu

MITHRIDATE, A. LI, SC

MITHRIDATE, PHARNACE, XIPHARES.

MiTHRIDATE

Approchez, mes enfants. Enfin l'heure sst venue Qu'il faut que mon secret éclate à votre vue ; À mes nobles projets je vois tout conspirer ;

Il ne me reste plus qu'à vous les déclarer.

Je fuis: ainsi le veut la fortune enneinie.

Mais vous savez trop bien l’histoire de ma vie Pour croire que longtemps, soigneux de me eacher, J’attende en ces déserts qu’on me vienne chercher. La guerre a ses faveurs, ainsi qe ses disgrâces : Déjà plus d'une fois, retournant sur mes traces, Tandis que l'ennemi, par ma fuite trompé,

Tenait après son char un vain peuple occupé,

Et, gravant en airain ses frêles avantages,

De mes Etats conquis enchaînait les images,

Le Bosphore m'a vu, par de nouveaux apprêts, Ramener la terreur dn fond de ses marais,

Et, chassart les Romains de l’Asie étonnée, Renverser en un jour l’ouvrage d’une année.

D'autres temps, d’autres soins, L'Orient accablé Ne peut plus soutenir leur effort redoublé :

11 voit plus que jamais ses campagnes couvertes De Romains, que la guerre enrichit de nos pertes. Des biens des nations ravisseurs altérés,

Le bruit de nos trésors les a tous attirés ;

Îls y courent eu foule, et, jaloux l’un de l’autre, Désertent leur pays pour inonder le nôtre.

Moi seul, je leur résiste: ou lassés, on soumis,

Ma funeste amitié pèse à tous mes amis ; Chacun à ce fardeau veut dérober sa tête.

Le grand nom de Pompée assure sa conquête :

ie

MORCEAUX CHOISIS

C’est l'effroi de l'Asie ; ét, loin de l'y chercher, Cest à Rome, mes fils, que je prétends marcher. Ce dessein vous Surprend, et vous croyez peut-être Que le seul désespoir aujourd'hui le fait naître, ’excuse votre crreur; et, pour être approuvés, jets veulent être achevés.

Que de cette contrée Par d'éternels remparts Rome soit séparée :

Je sais tous les chemins par où je dois Passer ; Et, si la mort bientôt ne me vient traverser, Sans reculer plus loin l'effet de ma parole, Je vous rends dans trois rois au pied du Capitole, Doutez-vous que l’Euxin ne me borte en deux jours Aux lieux où le Danube Y Vient finir son cours ? Que du Scythe avec moi l'alliance jurée De l’Europe en ces lieux ne me livre l'entrée ? Recueilli dans leurs ports, accru de leurs soldats, Nous verrons Notre camp grossir à chaque pas, aces, Pannoniens, la fière Germanie, Tous u’attendent qu'un chef contre la tyrannie. Vous avez vu l'Espagne, et surtont lés Gaulois, Contre ces mêmes murs qu'ils ont pris autrefois, Exciter ma vengeance, et, Jusque dans Ja Grèce, Par des ambassadeurs accuser ma paresse ; Ils savent que, Sur eux prêt à se déborder, Ce torrent, s’il m'entraîne, ira tout inonder ; Et vous les verrez tous, prévenant son ravage, Guider dans l'Italie et suivre mon Passage.

C'est là qu’en arrivant, plus qu’en tout le chemin, Vous trouverez Partout l’horreur du nom romain, Et la triste Italie encor toute fumante Des feux qu'a rallumés sa liberté Mourante, Non, prince

Ah! s'ils ont pu choisir pour leur libérateur Spartacus, un esclave, un vil gladiateur f S'ils suivent au combat des brigands qui les vengent, De quelle noble ardeur pensez-vous qu'ils se rangent Sous les drapeaux d’un roi longtemps victorieux, Qui voit jusqu’à Cyrus remonter ses nieux ?

Que dis-je? Eu quel état croyez-vous la surprendre ? Vide de légions qui la puissent défendre, Tandis que tout occupe à me persécuter, Leurs femmes, letrs enfants pourront-ils m'arrêter? Marchons, et dans son sein rejetons cette guerre Que sa fureur envoie aux deux bouts de la terre ;

. Attaquons dans leurs murs ces conquérants si fiers ;

. Qu'ils tremblent, à leur tour, pour leurs propres foyers. Annibal l'a prédit, eroyez-en ce grand homme : Jamais on ne vaincra les Romains que dans Rome. Noyons-la dans son sang justement répandu ; Brûlons ce Capitole, où j'étais attendu ;

Détruisons ses honneurs, et faisons disparaître La honte de cent rois, et la mienne peut-être ; Et, la flamme à la main, effaçons tous c:s noms Que Rome y consacrait à d’éternels affronts.

TACINE.

Page 1