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C'était au milieu de la nuit, et les ténèbres étaient horribles. Les vagues mugissantes, qui frappaient, avec fureur, les flancs du vaisseau, menaçaient, à chaque instant, de l'engloutir. Le vent qui soufllait avec une rage toujours croissante, et emportait, au loin, les voiles déchirées en lambeaux; la neige qui tombait par gros flocons, et rendait la manœuvre impossible; tout présageait, au malheureux équipage, les derniers malheurs. La mort se présentait à eux, sous ses aspects les plus sombres. ‘"Trempés jusqu'aux os par la mer, dont les vagues furieuses volaient jusqu’à la hauteur des mats, et retombaient, menaçant de tout écraser... engourdis, glacés, en même tems, par le vent et la neige qui les couvraient; ils s’attendaient, à tout moment, d’être arrachés de dessus le pont par une de ces montagnes d’eau, que le vent élevait à une hauteur prodigieuse,
Pour soulager le navire, le Capitaine ordonne de raser les mats; et bientôt, sous les coups redoublés de la hache, ils tombent et roulent à la mer. On espérait que, soulagé du poids énorme de ses voiles et de ses mats, le vaisseau serait poussé plus vite vers le rivage, et qu’on y aurait plus de chance de se sauver la vie. Mais tout est inutile. Le vaisseau, échoué sur des bancs de sable mouvant, en est bientôt comme enveloppé. Soulevé par les vagues, il retombe avec violence sur ces écueils, mais il ne peut les franchir. Il avait la proue tournée au vent et à la mer, en sorte que la poupe offrait plus d’abri: c’est là que l'équipage, composé de vingt matelots, tous de la Tempérance, s'était réfugié. C'était là que tous ensemble, dans d'inexprimables angoisses, attendaient le coup de la mort. Car le vaisseau craquait horriblement, et menaçait de s’entr’ouvrir d’un moment à l’autre.
“Mes amis, dit le Capitaine, s'adressant à son ‘équipage, tout est fini pour nous... mais en atten- “ dant notre dernière heure, venez avec moi prendre ‘ des forces, pour lutter, aussi long-tems que possible, “ contre le froid qui nous transit, et l’horrible mort “ qui nous menace... J’ai un quart de brandy... c’est le ‘“ moment de nous en servir”...
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& Capitaine, nous avons promis au Dieu Tout-Puis- “ sant, entre les mains de son Ministre, le Rév. P. Mat- “ thew, de ne jamais prendre de boisson forte: nous € avons été fidèles à notre promesse jusqu’à ce moment, ‘et nous y serons fidèles jusqu’à la mort, Puisse le “ Seigneur, en qui seul nous mettons notre confiance, “avoir pitié de nous!” C'était quatre braves Irlandais qui avaient prononcé ces héroïques paroles, et les Anges les avaient portées au pied du trône de l'Eternel,
Les seize autres matelots, ne se sentant pas le courage d’imiter un si noble exemple, suivent le Capitaine à sa chambre.
Les verres sont bientôt remplis... mais voilà qu’une mer, d’une hauteur effroyable, tombe en mugissant sur le navire. La poupe vole en mille éclats, et le Capitaine et ses seize matelots, le verre à la main, sont lancés au fond de l’abime!
Le lendemain, leurs cadavres roulaient sur le rivage. La tempête était finie. Quelques Canadiens, montés dans une chaloupe, venant visiter, de grand matin, le vaisseau naufragé, y trouvèrent quatre marins à genoux sur le pont, qui ne savaient comment exprimer leur joie d’avoir pu échapper à la mort...
Les Anges les avaient protégés, avec leurs blanches ailes, contre le froid, la mer et la tempête !