CHAPITRE II
2°, AVEC LE SECOURS DE DIEu.
A Q A 0 Se défier de soi-même, et mettre sa confiance en Dieu.
La Foi nous apprend que, sans le secours de la grâce de Dieu, nous ne pouvons rien faire de bien, dans l’ordre du salut. Si donc vous entrez dans la Société de Tempérance, soit pour devenir plus tempérant vous-même, soit pour porter les autres à le devenir ; il ne faut pas
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que vous comptiez uniquement sur la sincérité de votre résolution, ni sur la force de votre propre volonté, Car, dès lors, vous manquerez votre but. Vous appuyant sur vous-même, qui n'êtes que faiblesse, vous succomberiez à la première tentation que vous auriez de prendre des boissons fortes. (C’est donc surtout sur le secours de la grâce de Dieu que vous devez compter, si vous voulez procurer votre bien spirituel, ou celui de vos frères, en rentrant dans cette société. En un mot, vous ne devez en faire partie, que lorsque vous serez convaincu qu’elle est un des puissans moyens que le ciel emploie, dans sa miséricorde, pour faire découler ses graces sur les hommes.
C'est un fait, qu'à venir jusqu’à ces derniers tems, rien n’était plus rare et plus difficile, que la conversion d’un ivrogne. Ces malheureux, dont le nombre allait toujours croissant, étaient la désolation, le désespoir des plus saints prêtres, des curés les plus zélés.
Le vénérable M. BéÉDaRp, curé de Charles-Bourg, si connu dans tout le pays, par les missions qu’il a prèchées, pendant un grand nombre d'années, à la suite de nos Evêques, parlant des ivrognes à un jeune prêtre : “ Frère, lui dit-il, vous aurez la joie de voir bien des “ pécheurs se convertir, dans le cours de votre minis- “ tère : des ennemis oublieront leurs vieilles rancunes, “ et deviendront des amis sincères ; vous aurez souvent “Ia consolation d’être le dépositaire des restitutions “ secrètes ; des personnes de tous les âges et de tous “les sexes, livrées aux passions les plus honteuses, “ briseront généreusement les chaînes du péché, et “ deviendront l'édification et l’exemple de votre pa- “ roisse...... Mais, les ivrognes, rien n’est plus difficile ‘et plus rare, que de les voir se convertir et persévé- “rer. Il faut comme un miracle pour convertir cette “ espèce de pécheurs. Ils sont si dégradés par ce vice “'infâme, qui les conduit à tous les crimes et les met ‘au rang des plus vils auimaux, qu’on dirait que Dieu “ les a frappés d’un anathème encore plus terrible que ‘ celui qui fut lancé contre Cain.”
Oui, jusqu’à ces derniers tems, l’homme, que possédait une fois le démon de l’ivrognerie, semblait porter déjà sur son front comme le sceau de l’éternelle réprobation. Il devenait sourd à la voix de l'honneur, comme à celle de sa conscience. C’était en vain que le ministre de Jésus-Christ, parlant du haut de la chaire de vérité, lui montrait l'enfer ouvert sous ses pieds. Il riait de ces menaces, ou allait bientôt les oublier, dans les orgies d’une sale et infecte auberge. C'était en vain qu’une épouse désolée et digne d’un meilleur sort, lui donnait le détail affreux de sa misère et de celle de ses enfans. Il se moquait de ses larmes ; il n’y répondait que par des juremens et des blasphèmes, Si cette femme malheureuse, pour faire plus d’impression sur son mari, se jetait à ses pieds pour le supplier, au nom de Dieu, d’avoir pitié d'elle et de ses pauvres petits enfans, qui périssaient de misère, de froid et de faim ; si elle le conjuraït, au nom de ce qu'il avait de plus cher au monde, de ne pas tout dépenser pour la boisson, et de réserver quelque chose pour donner du pain, des habits à sa famille ; il lui commandait, avec brutalité, de se taire ; et, souvent, il la frappait cruellement, si elle avait le malheur d'ouvrir la bouche, pour se plaindre... Combien n’a-t-on pas vu de malheureux ivrognes, après avoir bu les biens qu'ils avaient reçus de leurs pères, vendre jusqu'aux hardes de leurs femmes et de leurs enfans ; vendre jusqu’à leurs propres habits, pour acheter quelques verres de boïsson. Et, chacun sait que nous ne disons là rien d'exagéré, Ilest peu de paroisses qui ne soient témoins de ces tristes exemples de perversité, d’endurcissement et de dégradation. Cependant, les chaires chrétiennes retentissaient, partout, des anathèmesdela religion contre l’ivrognerie. Partout, des prêtres, remplis de science et de zèle, employaient toute la force de leur ministère pour convertir les ivrognes......
Combien de fois, après d'inutiles eflorts pour ramener dans la bonne voie les intempérans dont le salut leur était confié, les ministres de Jésus-Christ n’avaient-ils
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d'autres ressources, d’autres consolations, que d'aller verser, aux pieds des saints autels, des larmes amères sur leur endurcissement. Mais alors, avec quelle ferveur, ne conjuraient-ils pas l’adorable et bon Maitre de se ressouvenir du sang qu’il avait versé, du fiel si amer dont il avait été abreuvé pour leur amour ? avec combien d’instances, ne le suppliaient-ils pas de jeter un regard de miséricorde sur tant d’infortunés esclaves du plus tyrannique, comme du plus dégradant de tous les vices? Tant de prières, de larmes et de vœux ardens ont enfin touché le cœur de Dieu. C’est alors que la Société de Tempérance nous a été donnée, comme une de ses gouttes de miséricorde qui tombent, de tems en tems, du ciel, sur cette vallée de larmes. Elle porte, avec elle, toutes les marques d’une de ces pensées que le Dieu de bonté tire des trésors de sa science, et qu'il donne à l’homme, pour l'aider à briser quelques-unes des épines qui croissent partout si piquantes, si venimeuses et si dures, sur les bords de l’étroit chemin.
Chaque curé a formé, autour de lui, comme une armée de courageux soldats, pour l'aider à combattre, et à chasser, loin de sa paroisse, le démon de l’intempérance. Il a invité à s’enrôler dans cette armée sainte, tout ce qu'il y avait, parmi son peuple, de cœurs nobles et généreux. Il a mis ertre leurs mains l’arme du chrétien: la croix, au milieu de laquelle est écrit l’engasement de la Société de Tempérance. Au nom de Jésus-Christ, abreuvé de fiel et de vinaigre, chaque curé, soutenu de l'élite de sa paroïsse, a crié : “guerre à mort au démon de l’ivrognerie.” Et, partout, où ces paroles sont tombées sur des cœurs vraiment chrétiens, Jésus-Christ a été pour ses soldats, et la victoire la plus complète a couronné leurs efforts et leurs sacrifices. 11 n’y a pas eu de sang ni de larmes versées, dans ce nouveau combat ; il n’y a de versées et de perdues que les boissons détestables, qui avaient causé tant de maux parmi nous.
Ah! un peu plus de zèle encore, un peu plus de courage et d'entente générale; et Dieu renouvellera, parmi nous,
les prodiges qu’il opéra, tant de fois, pour tirer le peuple d'Israël des mains de ses ennemis. Il est toujours le Dieu fort, le Diex des armées ; et, dans une guerre si juste, qui peut douter qu’il n’envoie son ange combattre à notre tête ; ou, que, par un de ces moyens dont la faiblesse apparente ne montre que mieux Sa PUISSANCE, il ne demande, en quelque sorte, que notre volcaté en union avec la sienne, pour terrasser l’ennemi?
En voici un exemple :
“Les Israélites gémissaient, depuis plusieurs années, sous la dure servitude des Madianites, lorsque le Seigneur résolut de les délivrer. Gédéon fut choisi pour commander l’armée d'Israël, forte de trente-deux mille hommes.
‘ Mais, Dieu jaloux de sa gloire, craignant que ce peuple endurci n’attribuât à ses propres forces et au nombre de ses soldats, la victoire qu'il allait remporter, commande à Gédéon de renvoyer vingt-deux mille hommes. Ilne lui en restait plus que dix mille: c'était encore irop, dans l’ordre de ia Providence. L'armée devait passer près des eaux du Jourdain, lorsque Dieu parlant à Gédéon, lui dit: “ Je vous promets la vic- “ toire; mais je veux que le peuple sache que c’est moi “ seul qui ia donne. Vous avez encore trop de soldats ‘à votre suite. Renvoyez donc ceux que vous verrez “ plier le genoux pour boire: ne gardez, pour combattre, ‘ que ceux qui se contenteront de prendre l’eau avec ‘la main, pour la porter à leur bouche, et se désaltérer.”.... Il ne s’en trouva que trois cents de ces derniers. Et ce fut à la tête de cette petite troupe, choisie de Dieu, que Gédéon s’avança pour combattre l’armée innombrable de ses ennemis.
‘ Mais, pour que tout fut miraculeux dans cette victoire, il n’arma pas le bras de ses guerriers d’épées ni de lances, comme c’est la coutume ; il se contenta, suivant l'inspiration qu’il en avait reçue de Dieu, de mettre, dans leur main gauche, un vase de terre vide, a milieu duquel était une lampe allumée; et, dans la main droite une trompette,
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& Gédéon range ses trois centssoldatsautour du camp des ennemis, sans être aperçu, à la faveur des ténèbres de la nuit. Au signal qu’il donne, chacun de ces braves fait retentir l’air du son de sa trompette, et brise le vase qu’il tient dans sa main. Les ennemis, éveillés soudainement par le bruit éclatant de ces trompettes, éblouis, épouvantés par toutes ces lumières dont ils sont environnés, cherchent à fuir de toute part. Dans un moment, le désordre le plus affreux, la plus horrible confusion règne partout. Personne ne se reconnaissant au milieu des cris, du tumulte et des ténèbres, ils tirent l’épée les uns contre les autres, et couvrent bientôt la terre de leurs morts et de leurs blessés.”
C’est ainsi qu'avec cette nouvelle manière de faire la guerre; que Dieu, dans sa miséricorde, vient de nousinspirer; nous sommes comme assurés de triompher des ennemis de notre salut. Pour cela, nous n’avons qu’à briser et détruire les vases que nous avions presque constamment entre les mains, et qui contenaient les boissons dont nous nous servions, pour contenter notre gourmandise, au préjudice de notre santé, de notre bourse, et surtout de notrereligion. Ce n’est qu’alors, qu’on verra briller parmi nous, du plus pur éclat, mille vertus, qui étaient comme cachées et obscurcies par l'usage de ces détestables liqueurs.
La trompette de la renommée publiera partout ce qui sera fait de bien dans chaque localité, où on aura courageusement pris l'engagement de la Tempérance ; chacun voudra participer aux grâces abondantes que Dieu repandra sur les peuples où cette société s’établit ; de toutes parts, nos ennemis spirituels seront mis en fuite; et Dieu sera béni, loué et aimé dans mille endroits où l’intempérance et tous les vices régnaient depuis long-tems.
Que chacun donc se fasse un devoir, un saint honneur, d’appartenir à la Société de Tempérance. Ne cherchons pas de prétexte de n’en pas être. Surtout, qu'on n’entende plus dire comme par le passé : “Je me