‹ Manuel de la société de tempérance [microforme]Chapitre 31 sur 53 · RER · texte numérisé non relu

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une femme canadienne, nommée Anne Labadie qui s’y était couchée ivre pendant la nuit, et qui y était morte.

—Le lendemain, sur le marché de la même ville, une autre femme avait peine à marcher tant elle était ivre. Elle chancelle à chaque pas qu'elle fait. Parmi la foule qui la regarde passer, les uns rient, les autres sont remplis de honte, de compassion et de douleur. Enfin elle tombe sur le pavé... On court l'aider à se relever! Mais elle était morte...

— Quelques jours plus tard, encore à Montréal, une autre femme est trouvée morte ivre dans une écurie!

Maudite boisson qui dégrade la femme aussi et la tue !

——Dans les colonnes du Berean, de Québec, du 29 Octobre dernier, on lisait: ‘ Lundi dernier, le Coronaire ‘ a tenu une enquête sur le corps d’un nommé McGlo- “ry: Ilvenuit d’être ramassé ivre sur le marché. “ Transporté à la première station de Pilice, il est mort ‘“ aussitôt subitement !”

— Nous venions de débarquer sur le quai à.......…., lorsqu'un ami nous rencontre; mais il parait tout absorbé par une pensée triste.

— Qu'avez-vous donc, vous est-il arrivé quelque malheur?

— Oui, un malheur bien déplorable vient d’avoir “lieu... Vous rappelez-vous M........., que vous avez “ dû connaître au Collége? Eh bien; il vient de se “ noyer sous mes yeux, et il était ivre ! Son frère, à “qui, je crois, vous avez fait la classe, n'a pas “ mieux fini. Après avoir traîné les auberges pendant ‘ douze ans ; ila été ramassé, il y a quelques mois, “ dans les rues de Bytown, pour être transporté dans ‘un hôpital, où il est mort le lendemain, comme il avait “vécu. Ces malheureux, qui ont hérité d’une si belle ‘fortune, et qui ont partout des parens si respec- “ tables, ont tout perdu par la boisson. Voyez-vous “ cette belle propriété? Ce n’était pas la seule queleur “ père avait gagnée à la sueur de son front. Eh bien!

“ils n’ont mis que quelques années à la boire. Il est ‘ vrai que leur pauvre mère leur en avait laissé un bel ‘“exemple!..…....”

—Quelle figure angélique, quel aimable enfant, disions-nous, en passant notre main sur la blonde chevelure d’un enfant d’environ cinq ans, ou plutôt d’un petit ange, que nous rencontrâämes assis, seul, sur le perron d’une maison, près de laquelle nous passions! Comme sa bonne maman doit l'aimer! Quelles délices elle doit éprouver à le presser mille fois le jour sur son cœur!

Ah! Monsieur, nous répondit M. le Grand-Vicaire “de......, qui nous faisait l'honneur de nous accompa- “ gner; sa mère, la pauvre et digne femme! Elle a été ‘ enlevée d’une manière bien tragique aux caresses de ‘“ ce cher enfant. Au lieu de presser ce petit ange ‘ contre son cœur, elle n’a plus que des vers et de la pourriture sur son sein. car elle est morte dernièrement! Ce charmant enfant a été ramassé dans la rue, et est gardé par charité par le brave homme que nous venons de rencontrer.

“ Voici en peu de mots la déplorable fin de ses parens: Son père, qui était pauvre, mais honnête homme s'il en fut jamais, avait un ivrogne pour voisin, Un jour qu’il voulait l'empêcher de faire son tapage ordinaire pendant son ivresse, il en fut cruellement mordu... La plaie s’est envenimée; et malgré les soins des Docteurs, il est mort après une semaine d’horribles souffrances... Sa jeune femme qui était une de ces âmes douces, sensibles et aimantes que la peine tue, n’a pu survivre à son mari. Elle est morte de langueur et de chagrin quelques jours après.”

Et nous regardions avec un nouvel intérêt ce pauvre petit orphelin. Ses blonds cheveux tombaient en se bouclant sur ses épaules, mais on voyait que ce n’était pas les mains d’une mère qui les avaient tressés. On eut dit qu’une triste pensée avait déjà flétri son beau front si blanc. Ah! sa douce maman n'était plus à pour le couvrir des mille baisers du plus pur ct du

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plus saint amour, après celui de Dieu. Son bel œil, avec une indicible expression de douceur et de mélancolie, se fixait sur nous comme s’il eût voulu nous interroger et nous dire: ‘ Je suis un pauvre orphelin. “,,,,. Maman, ma bonne et chère petite maman m’a “abandonné, et je ne sais pourquoi... On m'a dit “ qu’elle était morte ...…. Ah! si vous la voyez, dites “lui donc qu’elle revienne. Dites-lui que je l’aime “toujours... La dernière fois que je l’ai vue, elle était couchée sur des planches; je l’appelai, et elle ne me répondit pas.....! Je voulus l’embrasser, mais elle ne m’a pas souri, elle ne m'a ps: tendu ses bras comme de coutume......! Pourquoi donc ne revientelle pas m’endormir sur son sein...? Je ne la trouve plus à mon premier réveil qui me sourit et me presse contre son cœur... Je suis seul! “ Mon papa m'a ‘“ aussi abandonné... !1?

Pauvre et cher petit orphelin, triste victime de Ia boisson : que le bon Dieu te protège, murmurâmesnous en nous éloignant. Notre cœur était gros de douleur, et notre bouche laissait échapper des paroles de malédictions contre la boisson qui rend l’homme homicide et jette, tous les jours, l'enfant sans défense sur le pavé des rues. Et nous disions à Dieu : “ Seigneur, ‘ qui avez promis d'écouter la prière de ceux qui vous ‘“ invoquent: accordez-nous la grâce de voir détruire, ‘“ parmi nous, le règne de la boisson; car elle est mau- “ dite: elle sépare l’épcux de sa femme et le tue; —elle “ change l’homme en un animal cruel et stupide ; —elle “enfonce lentement le poignard au cœur de la jeune # femme;—elle arrache la mère des bras de ses enfans,—— “ torture son âme de toutes les angoisses, et lui rend ‘amer ce que Dieu lui avait donné si doux, l’époux, ‘Ja famille, la vie! La boisson est maudite; car, après “avoir Ôté à l’enfant père et mère, elle ne lui laisse “ pour héritage que les larmes et l'opprobre. Sei- “ gneur, faites que tous ceux qui ont un cœur chrétien “ parmi nous, soient remplis d’une immense horreur ‘“ de la boisson, qu’ils la maudissent, et s’entr’aident ‘“ à en détruire l'usage.”

Généreux chrétiens qui, pour l’amour de J.-C. et de vos frères, avez fuit le sacrifice des boissons, souvenez-vous que vous avez deux espèces d’'adversaires à craindre dans les saints efforts que vous faites pour gagner de nouveaux membres à la Société de Tempérance. Les premiers vous attaqueront de front, et, tout de suite franchement, vous diront qu’ils aiment leur liberté, leurs piaisirs et surtout la boisson ; que, par conséquent, ils sont bien décidés à ne jamais être des vôtres; —ceux-là ne sont pas dangereux, car ils sont au moins honnûtes et francs... La seconde espèce est plus à craindre; et ce sont ceux-ci, surtout, dont vous devez vous défier, et devant qui vous ne devez jamais reculer. Le nombre en est très grand; plusieurs même se sont déjà enrôlés dans les Sociétés de Tempérance, ou sentent la nécessité de le faire bientôt, à cause de leur position ou de certaines circonstances dont ils ne sont pas toujours les maîtres; ce sont les Judas de la Société. I1s commencent ordinairement par vousapplaudir. Ils admirent, disent-ils, votre zèle, vos succès; seu'ement ils ne voient pas que la boisson fasse autant de mal qu’on le dit. Ils se pâment d’amour pour la vérité, et n'aiment pas les exagérations. “Prenez sarde, vous répètent-ils “ sans cesse, avec toutes ces eXagérations vous faites “ plus de mal que de bien à la Société de Tempérance.'

Mais alors, pour prouver qu’il n’y a rien d’exagéré dans les maux que vous attribuez à la boisson, vous en appelez à l'argument des argumens : vous citez des faits... des faits nombreux, récens, et qui se sont passés à leur porte, et quelquefois dans leur propre famille. C’est alors que, voyant leurs ruses démasquées, ils se bouchent presque les oreilles d'horreur. A leurs yeux vous n'êtes plus qu’un misérable: % Ne vaudrait- “il pas mieux, s'écrient-ils, ensevelir toutes ces choses “ dans l'oubli : quels droits avez-vous de publier des “ faits qui peuvent compromettre, indisposer, etc.”

Ne vous en laissez pas imposer par toutes ces clameurs, Pour inspirer partout l'horreur des boissons fortes, citez, sans crainte, tous les faits que vous eon-

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