‹ Manuel de la typographie française, ou Traité complet de l'imprimerieChapitre 11 sur 22 · ALPHABET · texte numérisé non relu

ALPHABET

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Ulphil. Mare. c. 11, y. 34 et 35.

A’antico; en HoUamle on l’appelle romrjn, en Anglclerre, irmia/i , et en France, ivmain ou bien droit, à cause <le sa position verticale.

Un livre ayant pour titre Décor Puellarum, formant un vol. in-4° de aaS pages, en fut le premier fruit

Jenson, tout à la fois graveur, fondeur et intpriineur, c’est-à-dire typographe dans le sens île Fournier, ipii prétend qu’il faut réunir ces trois professions

' Ici Ic savans bio^apljcs Fournier jcuDC et Jansen sont tombèii dans une contradiction manifeste entre eux, et avec pluMcurs autcunt que j’ai consultés. Le premier dit, elims son Manuel typographique^ tome ii , |wige a 6 f, que Nicolas Jenson fut envoyé à Mayence par Louis XI; qu’en i .iGo il se retira a Venise; elquVn ilpubUadanâceUe>Ule,a>e<‘lescaractcrcsqu’Ureiiaitd’y créer, un li\rc intitulé Décor Puvllarum. M. Jansen ( Essai sur Forigint de la Crapurt, tome ii, ]vige 44 ) dit , au contraire, que Jenson fut envoyé à Mayence par Charles VI. Celte erreur est facile à démontrer, puisque ce monarque mourut eu et que l’art d'imprtiner ne fut connu réellement qu’en i 44 <>.

Quant à la versionde Fournier, elle est imjiossible d’après son raisonnement, piiisf|uc Loiii.s \I ne niüiila sur le tronc qu’au mois de juillet i.|Gi. Le temps c|u’il fallut à Jenson pour aller apprendre à Mayence le nouvel art de faire des /û»rer, celui qu'il dut employer à rassembler les ustensiles nécessaires à l’exploitatiou d’une typographie, son voyage de Mayence à Venise, la foriiialiun de son etablissement dans celte principale ville de riudie, les soins qu'exigèrent la perfection des caractères romains, le temps qu’il mil à l’impression du Décor Puellarum, ne lui auraient pas permis de publier cet ouvrage en 14G1.

Plusieurs auteurs, en disant y a un x de moins dan.s la {Lite de ce voliiinc^ et qu’il faut

lire 1471 AU lieu de 14G1, assurent que Jenson ne quitta Mayence qnVn i 4 ^^» lorsqu’ Adolphe de Nassau lit le si^e de cette ville; r|u'il se rendit à Strasbourg, où il séjourna |>lus de deux ans, afin de se perfectionner dans l’art d’imprimer; qu’îl ne revint pas dans sa patrie, à cause des décliireinens qu’elle éprouva en 14G4 et i 465 , par la ligue des tiiéconlens, ap[>elée dn Inen public, fléau politique auquel succéda la |>cste; et que ce ne fut qu’à cette époque ipi'il quilin rAllem.ngne avec Conrad Swcynheim cl AmoM Pannarti: pour sc rendre en Italie.

Os mêmes auteurs soutienneut qu'on ne connaissait point d'imprimerie en Italie av.inl i^GS. J’avais moi-méiiir partagé celle opinion, ainsi qu’on l’a vu page 3 o. C’est aux soins vîgilans et à l'amitié de M. Charles No<lier, conserv'ateur de la Bibliothèque dite de Moïisirra , à l’Arsenal, cl l’un des hommes les plus instruits de France, que je doU rnnflly.se d’un ouvrage italien dans lequel ü est prouvé, d’une manière péremptoire, <iu’eii suivant le rapport de ces auteurs, j’avaU commis une erreur que je m’empresse de léjwrcr.

Ce n’est ni sous Charles VI ni sous Louis XI que Jenson fit le voyage d'Allemagne, mais bien sous le l'ègnc de Charles Vil, ainsi qu'on le voit dans l'ouvrage analysé par M. Nodier.

On Ut dans ce même ouvrage que M. Mariette, savant libraire, qui a écrit sur l’histoire dos graveurs et des fondeurs de caraclèi*es, a découvert un manuscrit ancien contenant l’empreinte des coins de la monnaie de Charles Vil, roî de France. Sur la première feuille était une note de main ancienne, à la date de qui annone.iit que ce monarque ayant eu connaissance de la décou-

verte du nouvel art d*imprimer les livres, alors exercé à Mayence, avait ordonné aux inspecteurs des monnaies de lui indiijuer la personne la plus intelligente qui fût capcible d’aller prendre connaissance de cet art, et qu’ils lui indiquèrent Nicolas Jenson, jeune liotnroc d’une grande habileté dans la gravure, et alors directeur de la monnaie de Tours, qui, en effet, fut envoyé à Mayence sur-lc-champ. Cette note est rapportée par plusieurs biographes français.

M. de Roze découvrît aussi, dans un autre livre relatif à rbistoire des monnaies depuis Philippe-

M.VAUEL

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pour mériter un pareil titre, publia en 1470 Wsebium Pamph'li evangelica Preparatione (Préparation évangélique). Cet ouvrage, de format in-folio, imprimé sur vélin avec un caractère que nous nommons aujourd'hui gros-romain, faisait partie de la Bibliothèque de l’abbaye .Saint-(icnnain ; il est maintenant à la Bibliotliéque Royale, et |>ourrait passer, même <le nos jours, pour uu chefd’œuvre de typographie : l’impj'cssion en est parfaite, d’iuie égale couleur, et d’une netteté sans exemple; les lettres, un peu maigres «t allongées, ressemblent à celles dont on se servait encore au commencement du dix-septième siècle.

Jensou publia également eu 1470 les Épiires de Cicéron, d’après l’édition de Jean , de Spire; et, en 147*, une édition de Quintilien; de plus, un ouvrage sous

Auguste jusqu’à Louis XI, sucresspur de Charles MI, une note pareille, mais augmentée de celte circonstance particulière, que Jenson, au Uett de revenir en F^anf^e apres avoir appris l’art de rimpriinerie à Mayence, était allé s’établir ailleurs.

Marin Sanuti, dans son Histoirt rtes Doges de yenise^ cite pluifieurs fois Jenson comme le fondateur de rimprimerie en Italie, où, par conséquent, U aurait devancé .SAveynbeim et Ponnjtftr, qui n’allèrent s’établir à Ruine qu'en 146S.

Marc-Antoine SabelUcus, dans soa Histoire de la République tîe VenitCy lir. iv, considère comme * la circonstance la plus heureuse du règne du doge Pascal 3fallpk*ri l’inlroduclion de rimjirlmerie à Venise par Nicolas Jenson: or, Pascal Malipicri mourut le 9 mai

11 est à remarquer que SabcUicus était Romain d'adoption; qu’il avait habité Rome jusqu’en qu’il avait été l’élèrc de Domitlus et de Pomponius Letus, coriecteurs des premières impressions romaines; qu'il composai son Histoire de Venise sur les di>curacns originaux des archives publiques; qu'elle fui imprimée en 1487, c’est-à-dire à une époque li-cs-rspprochcc de l'introduction de rimprimerie en Italie, et qu’ayant à faire deux fois mention de cette é|>nque mémorable, il ne parle nullement de Siveynliciiii cl de Pannartz, ni d’Llric Haii, leur émule, dont il avait vu s’établir les presses à Rome.

Il existe dans les archives du sénat de Venise un décret du 18 septembre 1489, où. il est lait mention de l’art d'imprimer comme d'une chose déjà ancienne et vulgaire.

Jenson était si bien reconnu comme le fondateur de l'art en. Italie, que Sixte IV lui conféra en 1474 1 a dignité de comte |valatiii; tandis que le même pontife laissait hanguir dans la misère les prétendus foudateurs Sweynheim et Pannartz, Les distinctions de lu nuble.ssc ne furent accordées qu’à ceux qui firent preuve d’avoir créé ou pcrfoi tionné cc bel art, GuMcmberg, Menlcl cl ScliocfTer. Celte circonstance est encore tout à l’avantage de Jenson.

Voilà les raisonnemens convatneans que VI. Charles Nodier a puisés dans les diverses annales de ritalic, réduites et rapportées dans l’ouvrage dont j’ai parlé.

Il est probable, d’après ces raisonnemens, que ec fut en 14^8 que Jenson se rendît à Mayence ; que c’est la mort de ('liar)rs VH, arrivée en 14C1, qui dérangea ses projets, et rcTnpé'cha de revenir en France, où, huit ans après, vinrent s’établir Llric Céring, M.iilin Krantz et Michel Friburget.

Fournier explique le silence qu’auraient gardé les presses de Jenson dqmis 1461 jusqu’en 1471, en disant que ce typogr.ijihe ayant trouve un grand bénéfice à fournir des caractères |M)ur Ica imprimeries de Venise cl de Rome, cessa d’imprimer l’Hîur se livrer exrlusivcrncril à la gravure, et ne reprit l’impression qu’en 1470. Ceb démontre claircnicnt Teneur dans laquelle sont tombés ceux qui croient que Jenson ne pai^tà Venise qu’eu i4Ç5, et que le premier ouvrage imprimé par lui [le Décor Paellarum) ne fut public qu’eu 1471.

DE LA TYPOr.nAPlIlE FRANÇAISE.

ce titre, Luctus Christianorum ex passione Christi. Il imprima aussi, la même année, un petit livre in-.'i* en italien, intitulé Gloria Mulieruni, qui paraît être une suite naturelle du Décor Puellarum ; d’où provient peut-être l’erreur dans laquelle sont tombés les bibliographes. Tous ces ouvrages furent imprimés avec les caractères romains droits que Jciison avait inventés.

Des trois artistes rentis d'Allemagne pour propager l’Imprimerie en France, L'iric Géring fut le seul qui, après avtrir exercé cet art à Paris pendant quarante ans, eut la satisfaction de le voir établi et pratiqué par un grand nombre de ses élèves; il mourut le a3 août i5io. Il n’employa jamais d’autres caractères que les gothiques semblables à ceux qu’il avait apportés d’.\llcmagnc.

Ce fut Jossc liadius, l’un des phis célèbres imprimeurs de la capitale, qui, en i5oi, introduisit le caractère romain dtoil dans l’Imprimerie de France.

Un ouvrage ayant pour titre Naviculta stullarum Mulierum, et dont Jos.se Badins est l’auteur, fut le premier que cet habile typographe imprima avec le caractère romain droit. Cet ouvrage, de format in-4", fut traduit depuis en français par J. Droyn.

C est aussi à Venise que le caractère penché (l’iVflûyKe) prit naissance, d'après 1 écriture romaine ordinaire de la cliancellerie, cancellaresca romana cursiva. Ce caractère fut créé ]>our varier les différentes parties des impressions; ce quoi! avait été obligé de faire jusqu’alors en sc servant du demi -gothique.

Voici un exemple de ce caraefère primitif :

.UAJUSCULES.

<^AA‘BBCCTiDeEFqGmJJKL^M,7<(J^

0^PQ^^^STTVVVXTZ^

MIXCSCILES.

abc defgh ijklwr.opq rfstu

Les Italiens ont donné à ce caractère le nom de corsivi; les .MIcmands 1 appellent corsivo, cursiv, curcyj^ ; en France, on le désigna d’abord sous le nom de lettres vénitiennes, parce que les poinçons en furent faits à Venise; alevines, parce qu’Aldc Manuce en fut l’inventeur : ce caractère fut dans la suite novcaai: penché, à cause de sa position oblique; mais le nom éi'italique a prévalu, parce qu’il vient d’Italie.

MANUEI.

Aide Manuce fit graver ce caractère par Francesco de Bologne en i5oi;il obtint un privilège exclusif de <lix ans, que le doge de Venise lui accorda eu i5oa, et dans lequel ces caractères sont appelés cursivi et cancellarü; ut scripti calamo esse videantur.

On SC servit bientôt do Vitalique pour iiiiprimer des livres entiers, quoique ce ne fût pas sa destination. Les (linvrcs d’Horace ‘ et de Virgile ’ furent les deux premiers ouvrages imprimés avec ce caractère par .Vide Manuce.

Simon de Colincs, qui hérita de l’imprimerie de Henri Étienne en épousant .sa veuve en i5ai, fut celui des imprimeurs français qui employa pour la première fois des caractères cursifs ou italiques, imités d’Alde Manuce par Garaluond. Ges caractères, avec lesquels ou imprima aussi en France des ousTages entiers, restèrent en us;ige jusqu’au milieu du seizième siècle, époque où panit la CH rsitie française , dont j’ai parlé page 55.

ItE-S CAIUtCTKRI'S GRECS ET IIÉBRAÏQUtS.

l.a Typographie était encore au berceau lorsqu’on reconnut la nécessité de pré.senter aux yeux des érudits les caractères grecs. C’est aux créatetirs de ITmprinierie que nous devons encore cette invention.

Fn i4fi5 Sclioeffer et Fust ]>ublièrenl unê txlilion des OJJices de Cicéron avec les paradoxes, en tête desquels on voit la proposition grecque grossièrement formée à la vérité, mais compo.sée cependant d’une manière ijuelquefois correcte.

I.es jiassagcs grecs du Lactance que Sweynbeim et Pannartz publièrent à Rome eu i4fiHi montrent plus d’habileté; mais on ne peut attribuer à ces imprimeurs le mérite d’avoir vaincu la difficulté.

• Iæs nombreuses citations <jue l’on voit de ce caractère dans les Nuits attiques d'fulu-Gelle, ouvrage également imprimé à Rome en i4f><) par P. M.lximis; la natrachomiomachia d’Hoiiière, imprimée à Venise en i488; les OEuvres complètes de ce poète sublime, publiées à Florence la même année, lais.saicnt encore beaucoup à désirer. Tous les caractères grecs employés jusqu’à cette époque furent effacés ])ar les éditions que les Aides donnèrent à Venise et à Rome en 149 G et années .suivantes.

« Mais, ni Giunti à Florence, ni le grand .Vide à Venise, ni Gallicrgoà Rome;

* In-8° rcuillcts, tilres ('ompris ( i5oi ).

’ In-8® tic aa8 feuillets ( i5oi }.

laCS éditions de ces deux ouvrages ont etc imitées à Lyon en iSoa: clics onl été c;i1qiiées page pour page et ligne pour ligne j maU les bibliographes signalent dans ces éditions imitées des fautes qui ne permcllent juis de les confondre avec les éditions originales

DE LA TYPOGRAPHIE FRANÇAISE. 6l

«enfin aucun de ceux, dit le savant Bodoni qui s’efforcèrent à cette époque «de faire passer dans leurs types la correction et la rapidité de l’écriture «grecque, ne j>arvinrent à en reproduire l’élégance et la grâce.

«L’habile artiste parisien Claude Garamond se distingua principalement, «parce qu’il donna le premier à celte espèce de caractère autant de charme et «d’agrément qu’on en remarque dans les éditions des Stéfani, des Turnebi et «des Morelli*. r

Claude Garamond grava , par ordre de François 1"', les trois sortes de caractères grecs dont Robert Étienne fit usage dans ses belles éditions du Nouveau Testament En voici un exemple :

riATHP HMDN, 0 Toî^ , ÂytA/r^ttTOl To BV0/À,i <r\f ' 6A9êTU vÎ

/3<t(T(Ag/ct <rV, ytvnSlÎTu TO <tV, ci' éth

Il est à remarquer que c’est précisément dans l’année 147b» ^ l’cu près l’époque à laquelle paruient les premiers ouvrages giTcs, qu’on imprima les premiers livres hébreux. C’est ce que uoiis apprend l’illustre abbé de Rossy, dans son Typographiœ Hebrœo-Ferrariensi. On trouve plusieurs mots hébreux imprimés avec le texte latin dans le Tractatus contra perjidiam Judœorum, publié à Eslingen en i475.

Ce fut Abraliam fils, de Chajim, qui, après avoir pris part aux premières étiitions hébraïques imprimées à Mantouc et à Fermre en 147b, avec les lettres seules ♦, compléta les caractères de cette langue, en imprimant à Bologne, en i48a, avec les points et les accens, le Pentateuque, et en 1488, à Soucino, la fameuse Bible hébraïque qui porte cette date.

Gilles Gourmond, que plusieurs écrivains confondent avec Garamond, est le premier typographe de Paris qui ait gravé et fait usage des caractères hébraïques: il les employa pour la première fois en i5o8, à l’impression d’une grammaire in-4" de cette langue.

' Le savant académicien Joseph de Guignes, niorl en 1 800, a publié (in-.4‘’, 1787) un Essai historique sur la Typographie orientale et ff-ecque, et Principes de

* Daqs son Manuel typographique.

• Célèbres tjpogm]>bc3 d'Ilane.

’ Ces types grecs furent gravés d’après les caractères employés par le savant calligraphe Vcn^cce, dtftis la copie qu'îl fit du Cynegeticon , ou poëme de U chasse par Oppicn, par ordre de Henri TI encore dauphin. Ce manuscrit précieux se trouve à la Bibltolbéqiie Royale; U avait été donné pof François à Diane de Poitiers.

^ Ces éditions ctiient U premier et le scconti rfe$ quatre tyrrlrct tie fa /tirifpnif/ence rnbhinique de Jacob, fils d’Asccr.

MANUEL

Gu

composition typograpiiique (in- 4 “, 1790). Ces deux ouvrages sont très- utiles pour diriger iiii coiu|>owtcur dans la manutention des caractères orientaux.

SflTE I)E L'HISTOIRE DES CARACIÈRES FRANÇAIS.

K La France a été, si j’ose m’exprimer ainsi, dit Fournier, la mère nourrice «de presejue toutes les ancienues fonderies de l’Euro^u; : c’est des mains de ses « artistes que sont sorties les plus grandes et les plus précieuses productions qui « ont servi à les former dans leur origine. »

I.a plus ancienne fonderie de France est la foiulcrie royale, établie par François I"', et dont Tissard fut d'abord directeur.

Vers l’an i 5 ao, Claude Garamond, successeur de ïissard, avait déjà purgé , les caractères de tout ce qui leur restait de gothique, et gravé, d’après les types vénitiens établis par Nicolas Jenson et par Aide Manuce, les caractères romains et italiques qui servirent de modèle à Guillaume Le lié et à Jacques Sanlecque, dont j’aurai occasion de parler plus tard.

Les caractères gothiques se réfugièrent alors en Allemagne, en llollande, en Flandre, où ils ne diffèrent encore aujourd’hui que par leurs formes plus ou moins grossières, plus ou moins carrées ou angulaires, dans les minuscules, ainsi qu’on l’a vu par les modèles que, j’ai donnés plus haut.

caractères de Garamond .se imiltipUèrent considérablement par le grand nombre qu’il en fit, par les matrices qu’il envoya dans les pays étrangers, et par les poinéons qui en furent imités. Parmi les imitations <pii parurent en Italie, en Allemagne, en Angleterre, et même en Hollande, on eut grand soin d’ajouter à chaque nom de caractère celui de Garamond, pour les distinguer de tous les autres; et le petit-romain par excellence était connu dans ces pays sous le nom seul de garamond.

Nous devons dire, à la gloire de notre pati-ie, que les Elzevirs usèrent presqtie uniquement des caractères de Garamond; pendant long-temps même la plupart des imprimeurs d’Europe n’employèrent que des caractères sortis des fonderies de Pari.s. Garamond mourut en i 56 i.

Vers l’an 1578, Robert Granjon, élève de Garamond, et que j’ai déjà cité pour avoir donné la cursà'e française, alla éUiblir une fonderie à Rome dans le palais du Vatican, où il fut appelé par le pape Grégoire XIII. Il travailla, sous les ordres du cardinal de Médicis, à plusieurs caractères romains droits, latins, arabes, syriaques, arméniens, illyriens et moscovites, avec lesquels on imprima ou l’on réimprima presque tous les ouvrages des anciens.

Guillaume Le Bé, graveur et. fondeur habile, vivait du temps de Garamond; sa fondprie date tie 1 55 a. Mais tous les efforts de cet artiste ne pouvant parvenir

DE LA typographie FRA3JÇAISE. (J3

qu’à le mettre quelquefois en rivalité avec son illustre contemporain, il prit le parti d’acquérir à la mort de ce dernier une grande partie de ses poinçons et de ses matrices.

Le Bé fit néanmoins un élève, qui en iSqo jouissait de la plus grande célébrité : on le nommait Jacques Sanlecque. Ce fut lui qui grava les caractères pour la fameuse Polyglotte de Le Jai, imprimée par Vitré, et dont j’ai déjà parlé page 38

La fonderie de Sanlecque passa à son fils Louis, puis à son petit-fils Louis- Eustaclie, qui la conduisait encore vere la fin du dix-septième siècle.

Guillaume Le Bé, fils aîné, succéda à son père. Il augmenta le nombre des poinçons, fit faire queUpies pas à l’art de la gravure, et donna une graniUe réputation à sa fonderie, qui passa à son frère, troisième du nom, puis à la veuve de ce dernier, morte en 1707.

. SUITE DES CARACri'.RUS D’fXRlTURE.

En 16/10, Pierre Moreau, maître écrivain, puis imprimeur à Paris, fit faire les poinçons d’une écriture ronde. Il en présenta et dédia les épreuves à Louis Xfll, qui lui donna pour récompense le titre de son imprimeur ordinaire. Moreau joignit à cette ronde une bâtarde brisée, qu’il avait précédemment inventée.

Ces deux sortes de caractères d’écriture, dont l'usage était devenu général, et que Moreau fit fondre sur trois corps, servirent, en i 643 , à imprimer limitation de Jésfis-Christ, de Thomas à-Kcmpis, in-fol.; les Saintes Métamorphoses, in-4'*, en iG 44 » temps où ces lettres furent déjà connues sbus le nom de lettres financières; et, en 1648 , le Virgile, in- 4 *’. H employa dans ce dernier ouvrage la plus grande bâtarde pour le texte latin ; la bâtarde moyenne pour la traduction française, et. la plus petite pour les notes niai^inales; il se servit lie la ronde pour le privilège.

* Crttc impresiion dura dlx-sept ans, c’est-â-dirc d« iGa8 à i6.^5. Les poinçons de ce» caracteresy s«don qnclque» aulcurs» et le» caractères seulement, selon d’autres, furent détruits par Vitré , afin que personne ne pfil imprimer ce fiimeux ouTrage après loi. Cette assertion est démentie, en ce qui concerne les poinçons, ]>ar le savant MMdémicien ée Guignes, dans son recueil ayant pour titre Notice des manuscrits de la Bibliothèque du Roi. 11 assure qu‘lls ont été retrouvés, sans dire néanmoins d’une manière positive ce qu’ils son^ devenus. Au reste^ il existait en France des caractères orientaux avant l'impression de la Polyglotte; car un traité conclu entre Henri IV et le sultan Aclimetjfn jfio^, fut imprimé À Paris en tureel en français, de F Imprimerie des langues orien^ taieSf arabique, turquesque , persique , etc,;ce qui prouve qu’il y avait alors à Paris des cai-aetcres arabes , turcs , persans, et autres.

Ce traité est surtout remarquable par rarticle iv, dans lequel il est dit que toutes tes nations commerçantes, y compris les Anglais, pourront coniracrcer librement sous la bannière et sous Li protection de la France, et sous robcissancc des consuls français.

MANUiL

Exemple de la Bâtarde irisée.

H A jrSCULES.

M 1 a uset LES.

aJBcôefj&ïJ^lmnopcfi^G t’a voc'g^

La bâtarde et la ronde <le Moreau furent retouchées en 1721 par Jacques Coloiiibat, graveur et imprimeur du Roi. Cet habile typographe publia en même temps, avec ces mêmes caractères embellis, un Mémoire concernant les tailles'^ par M. Aubar.

A'ers le milieu du dix- huitième siècle, le célèbre Fournier introduisit en France, sous le nom générique de financière, trois sortes de caractères d'écriture, savoir , la ronde, la bâtarde et la coulée *.

Gando, graveur-fondeur, contemporain de Fournier, imita ces caractères.

Luce, fondeur du Roi , donna <pielcjue.s éclaircissemcns à ce sujet dans les observations qu’il fit sur ses épreuves des financières en 1771: « L’écriture «ronde, dit-il, que toute l’Europe nomme écriture française, est la plus belle «de toutes les écritures, et la plus agréable à lire; elle n’est, k proprement «parler qu’une gothique simpliCée par les célèbres écrivains du règne de «Louis XIV, qui en ont arrondi tous les angles, et rendu le coup d’oeil plus «agréable. Elle a été fort en usage sur la fin du dernier siècle (le dix-septième); «mais comme il est difficile de la bien^crire, et qu’elle n’est pas assez coulante «pour l'expédition des bureaux, on a fait choix de la bâtarde et de la coulée, « qui s'écrivent plus fôcilcment, réservant la ronde pour les ouvrages de marque; «ce qui prouve la distinction que nos habiles écrivains en ont fait, et en feront « dans tous les temps. »

Quelques autres graveurs habiles firent aussi paraître à cette époque des caractères d’écriture; on distingua surtout ceux de -Gillé, fondeur du Roi,

• On trouve des niodêle& de ces caractères d'écriture dans le Manuel t/pographique de Fournier.

q<ii publia sous le titre de financière six corps différens 'dont le sncci'S fut com^jlct. lin voici deux al|>liabrts :

Ronde. — m .vjcscilks.

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MINrSCLf.FS.

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