‹ Manuel de la typographie française, ou Traité complet de l'imprimerieChapitre 12 sur 22 · MINUSCULES · texte numérisé non relu

MINUSCULES

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CVBACTÉBES ROMAINS ET ITALIQUES AIODF.RNES , POUR LT.MPRIMERIE ROYALE.

En i6<)3, Louis XIV ordonna de graver de nouveaux caractères pour l’Iinprimerie Royale Philippe Grandjean, premier graxeur du Roi, s'adjoignit pour ce travail Alexandre, son élève et .son ami. la» caractères qui ont le plus assuré la ré|)utation de ces «leux artistes sont le neuvième, qui a servi à l’impression du Recueil des médailles de Louis .XIV, et le onzième, avec lequel on a fait la préface de cet ouvrage.

lyC but de rordonnance était de faire distinguer au premier coup d’œil les caractères de l’Imprimotie Royale d’avec ceux de toutes les imprimeries* de France. MM*Jaugeon, Desbillettes et le P. Sébastien Truchet, de V.\cadémie

' C'e&t le €.11*1110.11 de RîcLeUcu qui établit au Louvre ITnijirimerle Royale sous LouU XIII. Les frais de cet établiuement monli rent à trois cent aoixanic mille francs. Snlilet des Noyers en fut le surintendant, .Sébastien Cramoùy, le directeur, et Triebet-Dufréne, le priocii>al correcteur ou jinite.

MANUEL

OG

royale des sciences, furent chaigés de fournir les modèles de cette sorte de caractère, qui fut nommé romain du Roi.

Alexandre et Grandjean, en imitant ce caractère de Oaraniond pour la forme de la lettre, crurent devoir y mettre des marques distinctives qui furent critiquées par tous les Typographes. Cœ graveurs avaient chargé les lettres longues de traits hoiizonUmx qui les défiguraient. Une 1 , par exemple, était tranchée haut et bas d’une ligne transversale ; de plus elle était flanquée d’un trait latéral dans le milieu. Tous ces petits arrêts multipliés heurtaient la vue et nuisaient à la netteté du coup d’œil, qui consiste principalement dans la simplicité. •

La Fonderie Royale fut confiée à Grandjean, qui la dirigea jnstpi’ii sa mort, dans sa maison de la rue des Postes, depuis habitée par Fournier. Grandjean mourut en t 7 t 4 ) âgé de quarante-huit ans. Alexandre, qui lui succéda dans son titre et dans ses fonctions, suivit la Fonderie Royale au Louvre, où elle fut transportée en 17^5, pour être réunie à l’Imprimerie et former une Typographie cdmplète.

Alexamh’c eut pour successeur Luce, à qui nous devons le caractère désigné ■SOUS le nom de perle, plus petit que la parisienne.

Vers le milieu du dix-huitième siècle , Luce voulut faire quelques changemens aux types de Grandjean et d’Alexandre. Il remplaça, dans les nouvelles fontes de caractères qu’il fit pour l’Imprimerie du Louvre en lySa, le Irait qui coupait obliquement l’extrémité d’en haut des lettres longues par un trait fin horizontal du côté gauclie seideinent, en laissant néanmoins l’ancien trait à l’extrémité d’en bas. Luce a donné des modèles de cette nouvelle espèce de caractères , ainsi que des autres , dans son Essai d'une nouvelle Typographie, I vol. in- 4 °, qui parut à Paris en 1771', et dont j’ai déjà eu occasion de parler à propos des caractères d’écriture.

la^ caractères de Grandjean et d’Alexandre, retouchés par Luce, .sont ceux dont on se sert encore communément à l’Imprimerie Royale pour l’impression des lois. Eu voici un modèle:

M. de Harlay, archeveque de Paris, étant informe que Louis XIV, qui devait venir à Notre-Dame pour une bénédiction de drapeaux, ne se souciait pas detre harangué, se contenta de dire au Poi, lorsqu’il entra dans l’église au milieu des aPcIamations ; Sire, vous voyez que je suis le seul auquel Votre Majesté ferme la bouche.

UE LA ryPOGHAPUrF. FIVA>CAISE,

UE LA GHA\ l AF. ET UE I.A EOXUEBIE AL UIX-HI ITIÈME SIÈCLE.

Tai intorroinpu en quelque sorte la chroiiulogic'de ce récit tjpograpliique après la mort de la veuve Le Bé, afin de m’occuper des graveurs-fondeurs f[ui ont consacré leur burin à perfectionner les types de rimprimcrie Royale, et à reproduire les divers genres de caractères d’écriture en us;ige au dix-septième siècle et au coimucncement du dix-liuitièinc. ic vais reprendre maintenant le cours de ma narration bistorique au point où je l’ai «piittéc.

Le lecteur n’attend pas tle moi, je pense, que, dans un ouvrage spécialement consacré à la science de rim|îrimcrie, je lui donne une nomenclature sèche des noms de tous les graveurs et fondeurs qui ont paru en Europe depuis Schoefler jusqu’à nos contemporains: il n’exige sans doute que des rcnscigncmens exacts, des notions certaines, des jjrincipes fixes sur l’.\rl typographique, sur les hommes qui ont le plus contribué à scs progi'cs, et sur ceux qui ont introduit, propagé, illustré cet art en France. Je crois avoir rempli une partie de cette obligatjipn dans mon Histoire de l'Imprimerie, et dans tout ce que renferme déjà ce titre delxikme. Je vais e.ssaycr de compléter ce i-écit, en me rapprochant succinctement de la fin du di.x-huitièrac siècle, éjvoque où la Tyjiographic en France acquit de nouveaux titres de gloire, que trente années n’ont fait que consolider.

La veuve Le Ré, troisième du nom, morte en 1707, légua son établissement à quatre de scs filles, qui conlinnèi'eiil à le conduire, sous la direction de Fournier père, pendant près de vingt-quatre ans. En 1730, cet établissement devint la propriété de Foiiniier aîné, frère de celui dont j’ai parlé plus haut, et tpie les Typognijibes ont si justement surnommé l'artiste.

.\près la mort de Fournier aîné, cette fonderie demeura dans les mains de ses trois filles, qui la dirigèrent long-temps avec succès; mais, lors du décès <le celle des trois sœurs qui avait toujours été à la tête de la maison, on vendit les poinçons, les matrices et les moules à divers fondeurs, et cet éudjlissement fut détruit.

En 1736, Fournier jeune ' entreprit de graver lui-même toute une fonderie. 11 y travailL'i pendant vingt-huit ans;^t les types qui sortirent du burin de cet

* Pierre-Simon Foamier nnquU à Paris en 171^, et mourut dans la mt'inc \illc le 8 octobre 1768. Âux t2ilens dluibile fondeur et de t^'pograpliC) il joignit réruditioii d'un savant <H>nsomrai 5 dans cette partie. Personne jusqu'à lui n'avait répandu plus de lumières et de vérité sur Tbistoire et l'Art de l’Imprimerie. Il publia en 1737 Table <Us proportions qu'il faut obsener entre les caractères

pour déurminer leur hauteur et fixer leurs rapports- En 1758 parui’cnt scs Dissertations sur Vorigùie et tes progrès de l'Imprimerie et de la taille en boisf deux parties in-8®, form.inl uu volume. Son dernier ouvrage, ayant pour litre Manuel typographique, parut en 1764. J*ai parlé de ccl ouvrage dans mon Avertissement.

M.VNUKI.

artiste célèbre alinieiitércnt une grande partie des imprimeries de France : car il en était fort peu (jui eiii]>loyassent alors d’autres caractères que ceux de Founiier. I^s tnlitions publiées à cette épotjue, et avec ces mêmes caractères, sont encore très-recherclus’s.

Fournier a vérilableineiit consen-é dans scs caractères romains les belles formes des antiques caractères vénitiens : aussi fut-il préféré à tous les graveurs de son temps, jusqu’à ce que François-Ambroise Didot vint le surpasser en élégance et en beauté.

Jusqu’au milieu du dix-buitième siècle, on avait conservé dans les imprimeries les caractères italiques ordinaires, imités de ceux d’Alde .Manuce par Garaniond et scs successeurs. Fournier cntrciJiit, en 1737, île donuer à ces caractères une forme plus gracieuse, en ménageant des jileiiis et des déliés qui approchassent plus de notre belle écriture. Cet italique ohûnl la préférence sur tous ceux de cette époque; mais Daskerville à Londres, Ibarra en Espagne, Hodoni à l’arme, et François- .Ambroi.se Didot à Paris, perfectionnèrent encore à tel point ce caractère, qu’il ne jiaraissait guère possible d’aller au-delà, si le dernier t\ pogiaphe que je viens de citer n’avait laissé des fds jaloux de marcher sur ses traces et de survivre à sa gloire.

Exemple des caractères de Fournier'.

Henri IV étant fatigué de la grande retraite qu'il avait été obligé de faire pour venir au secours de Cambray, et passant par Amiens, on vint lui faire une ijrjngue. L’orateur la commença par les titres de u trèi-grjnJ, trii-cUmcnt, iris-magnanime... Ajouter amù, dit le roi , cl trit^Us ; je v,iis me repoier, j'icautcrai le reste une autre fois, n

Fournier jeune ruina sa santé par .son aptitude constante au travail; il mourut à l’âge de cinqtiantc-six ans. Son fils, qui lui succéda dans son établissement, n’ajouta rien à sa rt'pulalion. Les poinçons et les matrices de cette fonderie ayant été dis[)ersés, elle n’existait plus au couitnencement du dix-neuvième siècle.

f-cs graveurs-fondeurs contemporains de Fournier jeune étaient Briquet, I.amesle, C.apon, Colombat père et fils, qui en 1763 ci'-dèrcnt à M. Hérissant. Les successeurs immédiats de ce grand artiste furent Gando et Gillé pères. Tous les caractères de ce dernier sont graves d’après les mcalèlcs de Garamond et de Fournier.

' <>» carjctcrrs soni un peu nrrondU par l'usure, et l'impression n’en parait pas très-belle; m.ris il nous a , été ùn|)ossibIe de nous eu pnicurcr de plus neufs, et nous avonsVllê obligés de placer dans ce Manuel un modèle ili'rectuenx, qui, au surplus, ne peut être apprécié que par les véritables typographes.

Fagnon, vers la même époque, perfectionna plusieurs poinçons, dont il vendit <les matrices et des moules aux fondeurs. Les caractères provenant des frappes de cet artiste se rencontrent encore dans les anciennes imprimeries.

Après ce temps, c’est-à-dire depuis environ 1760, l’art de la gnivure demeura stationnaire, et l’on peut dire qu’il s’écoula au moins trente anné-cs sans que la France pût compter un graveur-fondeur digue de marcher sur les traces de Gando et de Gillé pères; ce qui facilita parmi nous l’introduction des caractères de B.iskerville , beaucoup plus allongés et moins bien finis que ceux (|ue produit aujourd’hui r.Vnglctene, et qui, sous tous les rapports, sont dignes de rivaliser avec quelques-uns de ceux de nos plus grands maitres.

Caractères de liasficn'iUe.

M.iJCSCL'LES IIOM.VINES.

M1XDSCUI.ES ROMAINES.

La considération naît des relations personnelles : elle est une suite de l’estime et du devenir.

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