‹ Manuel de la typographie française, ou Traité complet de l'imprimerieChapitre 8 sur 22 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

DES PROCÉDÉS QCE l'on EMPLOYAIT PODR FIXER LE.S CARACTÉRE.S SCD LE PAPIER AVANT l’iNVBKTION DE LA TYPOGRAPHIE.

J’ai dit, page 6, cominent, lorsque les caractères furent inventés, on les traça, d’abord sur des feuilles de palmier, ensuite sur l’écorce intérieure du tilleul, sur le papyrus, sur des tablettes enduites de cire, sur des peaux de boucs, de moutons, sur de la toile gommée, sur de la soie, de la corne, etc.' J’ai dit aussi de quel instrument on se servait pour tracer les lettres sur ces différentes substances préparées; j’ai indiqué l’époque où le papier jiartit : mais je n’ai pas dit quels moyens on employait, avant l’invention de l’imprimerie, pour fixer les caractères sur le papier autrement que pai' le secours de 'la plunte.

Ces moyens consistaient d’abonl dans l’usage de ces patrons découpés slans des lames de laiton, de cuivre ou de fer blanc; procédé dont on sç sert encore pour faire des inscriptions, des étiquettes, et autres objets de peu d’importance.

On me permettra d’entrer dans quelques détails sur ce procédé, que bien des personnes croient être d’une invention moderne.

«Les Étrusques, dit le savant M. Jansen, da’ns son Essai sur l’Origine de la <t Gravure, furent les premiers qui l'employèrent en Europe; mais il y a lieu « de croire qu’ils le tenaient des Egj'ptiens; et les ornemens réguliers qu’on voit « sur les momies font penser qu& ces derniers se .sont servis de patrons pour « les y appliquer. Mais il n’y a point de doute à cet égard relativement aux « peintures des vases étrusques, qui ressemblent assez à nos silhouettes. »

Cela s’accorde parfmtement avec ce que dit à ce sujet le comte de Caylus dans son Recueil d’ Antiquités , in-4“, tom. i*', pag. 87 :

«Quand la couverte, noire ou rouge, était sèche, le peintre, ou plutôt le

•En 1747, OH vendu chez M. de Pontchartraili un Pentateuque hebren écrit sur qnjirantc-cinq peaux de veau consuca cnaemble dan» une longueur d'environ cent pied». On écrivait encore »ur d'autres parties aniniales. I..a Bibliothèque de Dresde possède un calendrier mexicain tracé sur peau humaine; l'ancienne Bibliothèque d'Alexandrie possédait les poèmes de l'Iliade et dcTOdyssée écrits en lettres d'or sur la peau d’un serpent. *

MAXT'EL •

«.dessinateur, devait nécessairement calquer ou poncer son dessin; et, selon « l’usage de ce tcraps-là, il n’a pu se servir, pour y parvenir, que de lames de « cuivre très-minces, susceptibles de tous les contours, et découpées comme « l'on fait aujourd'hui ces mêmes lames pour imprimer les lettres et les orne- « mens. Il prenait ensuite un outil fort tranchant, avec letjuel il était le maitre « de faire ce qu’on appelle la réserve, las traits les plus déliés; car il emportait « et ôtait la couverte noire sur ce qui devait être clair. »

On sait que l’empereur Justin, le roi Théodoric, et l’empereur Charlemagne, employaient une lame d’or découpée pour apposer lenr seing. « La raison qui «fait, dit M. Jansen, que les signatures de ces princes ne sont pas toujours a exactement les mêmes, c’est qu’ils changeaient de temps eh temps la lame « découpée qui leur servait à cet usage. »

M. de iilurr cite, d’après Tri.stan (^Comment., tom. ni, pag. C 87 ), une lame de laiton avec quatre lignes d’écriture à jour, qu’il donne comme le plus ancien monument de la gravure en taille douce. comte de Caylus jvrodiiit une autre de ces lames, avec deux lignes d’écriture, sous le nom île Tessere, dans son Recueil d' Antiquilés , tom. iv, pl. lii, pag. 333.

Il est probable que c’est- encore de ce même procédé que l’on a fait iLsage pour la confection des grandes lettres qui décorent nos anciens manuscrits et nos premiers monumens typographiques. Cette idée s’accorderait asse^ avec celle <lu célèbre Fournier, qui difqfie ces grandes capitales, dans la confection tlesqnelles entrent souvent trois ou quatre couleurs différentes, n’ont pu être exécutées qye par rentrées. J’abandonne,' au surplus, cette réflexion aux typographes qui peixsent que l’on a pu- se servir d'un autre moyen.

Des grandes lettres cupitales,.lcs calligraphes passèrent aux majuscules et aux minuscides, pour faire des livres entiers par le moyen de ces lames de laiton déepupées. ,

M. llcinecke ‘ parle d’un manuscrit en grosses lettres, contenant des vêpres, lies vigiles, des offices des saints, dont une partie est écrite à la plume, et ilont le reste est fait par le procédé dont je parle. Il se trouve" relié en un volume avec le Psautier de i 457 , et se conseiye au monastère de Roth, dans le voisinage de Memmingen eu Bavière.

Ce genre d’écriture fut princijvalement employé pour les grands livres <le prières ou de plain-cliant. Ce procédé était encore en usage, au dernier siècle, dans quelques maisons religieuses de l’Allemagne.

M. Breikopf dit avoir vu dans l'église de la Chartreuse d’Erfurt trois grands in-folio exécutés de cette manière, avec de belles letti-es écrites, ou pliitéit peintes, dont l’un, Proprium Sanclorurn secundum riturn Saçri Ordinis Carlu~

' hlce gvnérale d'une Cu/leclion d'Ettampes, etc., p.ig. 771.

siensis, exécuté en 1747» deux volumes de OJ/iciis temporù, a Dominicu Passionc usque ad Advenlum conscripta, avec du chant noté. Ces deux derniers livTcs ont été faits en à la Chartreuse qui existait jadis prés de jAfeveiice.

d’où ils furent transportés ensuite à Erfurl.

Il existait aussi, il y a quelques années, dans celte même Cliartreuse, un manuscrit, qui prohableiïient est unique en son genre, et qui fut terminé le aG .septembre 17G0. tie manuscrit, qui traite de l’office divin, est du père Thomas Bauer : il est composé- de deux cent cinquante - deux pages grand in-folio, sur parchemin. Le titre est encadré d’ornemens et de festons de fleurs qui pourraient passer pour un chef-d’œuvre en leur genre. 11 y a deux vases que le pinceau le plus exercé ne saurait rendre d’une manière plus agré.ible; une couronne de fleurs, d’oi'i parlent des rayons tl’or, est posée au milieu, au-dessus du nom de I. IL S., écrit en lettres d’or, et pos»’- sur un cœur percé tle flèches : de cliaque côté, il y a deux oiseaux d’une nuance verdâtre, tenant des guirlaiules de fleurs dans leur bec. I.a beauté du texte répond parfÿtement à celle du titre.

L’origine de tous ces objets d’embelli^ment est bien antérieure à l’éitoque où l’Imprimerie prit naissance. l.a préparation de l’encre de diverses couleurs^ en or, en argent; celle du parchemin, du vélin; la décoration des grandes lettres capitales : lotit ce luxe bibhographique était connu dans le siècle*d’.\uguste *. Ovide nous en donne une idée dans la première élégie de sou livre, qu’il envoie à . Rome , lorsqu’il lui dit que sa parure soit conforme à l’état d’exil où son maître se trouve; que sa couverture ne soit point en couleur de pourpre; que le titre soit en vermillon et les feuillets sans cedria (résine); que les deux faces ne soient point polies par la pierre ponce, etc.

A*rc purpurto 'vtltM ’vaecinxA tucco: •

iVre mfAK», ncr cedm ckaiia notHur:

Tlec fragiti geminæ polittntur pumice fnmtts.

On conserve dans la Bibliothèque du Roi de Suède le manuscrit original d’Ulphilas, évêque arien qui florissait vers l’an 370. Ce manuscrit est une

■ Le parchemin fut inventé à Pergame, sou» le règne dn roi Eumènes, environ deux cents an» avant Jësus-Christ II était blanc , jaune ou j>ourpre; mats cette dernière couleur fut ‘particulièrement alTectée aux livres sacrés et aux diplômes des empereurs. On u'ccrivait que d’un seul côté : cela dura jusqu’au neuvième siècle. C’est à cette iqio<|uc que les moines imaginèrent de racler le parchemin pour en effacer lécriture, et le faire servir de nouveau. Ce fuiicSIe usage a détruit une foule d’ouvrages précietlx y qui nous auraient éclairés sur Thistoire et les mœurs des siècles obscurs de l'antiquité.

Saint Jérôme et la plupart des savans accordent l'invention du vélin à Cralès, académicien d'Athènes, environ trois cents ans avant Jésus-Christ.

MANÜEL

traduction des quatre Evangi^listes en langue gothique : on le ncrmme Codex argenteus, parce que les lettres sont en or et en aident, sur vélin couleur de poudre.

Os divers omemens devinrent, avec lé temps, si nécessaires aux manuscrits, qu’il se forma une classe particulière d’écrivains qu’on appelait rubricalores , illuminatores, rniniatores, miniculatores , qui se sont maintenus même pendant le premier siècle de nmj)rimerie, ainsi qu’on le peut voir par les premiers livres imprimés au quinzième siècle, non-seulement dans les grandes lettres capitales, mais encore dans les majuscules du discours, on l’on remarque de l’or, de l’argent, du pourpre, du vert, du bleu, etc.; aussi les imprimeurs avaient-ils de ces tubricateurs ou enlumineurs parmi leurs ouvriers. ( Voyez plus haut, la note insérée aux pages a3 et suivantes.)

Le second moyen que l’on employa pour rendre la pensée sur le vélin ou sur le papier, autrement que par l’u.vage du stylet, de la plume ou du pinceau, e.ÿ celui que l’on pratique encore en Chine, malgré l’intro<luction de la Tvjkh graphic.

J’ai déjà eu l’occasion de’ dire, page lO, que l’Imprimerie xilographique ou tabellaire avait, selon l’opinion d’Ange Roccha, pris naissance chez les Chinois, trois cents ans avant Jésus-Christ, et que le P. Couplet, missionnaire à la Chine en i65g, datait seulement cette invention de l’an f)3o de notre ère.

A'^oici comment les Chinois se servent de ce moyen :

Quand on veut imprimer un ouvrage, on le fait transcrire d’abord par un bon écrivain ou calligraphe, sur un seul côté de papier mince et tran.sparcnt Le graveur colle chacune des feuilles, du côté de l’écriturC) sur une planche de bois dur et poli; puis, avec une pointe tranchante, il suit les traits, et taille les caractères en relief, abattant’ ou évidant tout le reste du bois où il n’y a rien de tracé.

les Chinois' se servent encore de ce procédé pour imprimer au cylindre leurs papiers de tentiure, leurs toiles, etc.

C’est d’après ce même procédé que, vers la fin du règne da Charles V, l’an 1376 , on commença à graver en France les cartes à jouer.

Il n’est pas douteux que la confection des planches et l’impression des livres d’images, qui ont pani dans les quarante premières années du quinzième siècle, ne dérivent du procédé inventé par les Chinois, et 'n’aient servi de modèle aux premiers essais sur l’Imprimerie, tentés en Hollande et en .Alle'magne vers l’an i44o-

DE LA TYPÜCRAPHIE EnAN(.:AISE.

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