ARTICLE IL
OmcI.VE DES CARACTÈRES, NOXS DE LEURS ITVERIEUHS ET DES GRAVEURS QUI ORT COOPÉRÉ A LEUR l'EBFECTIOVKEMERT.
Les caractères gothiques employés dans les éditions du quiii/ièine siècle n’ont rien de coinmun avec ceux que les Gotlis apportèrent en Italie et en Espagne, lors de leurs incursions. Celui dont Ulphilas, évêque arien, Gotli de nation, est réputé l'auteur, se nomme gothique ancien. Ce caractère était encore en usage sous le règne de Charlemagne; et on l’employa même encore quelque tenqjs après la mort de ce|^ empereur, en lui faisant subir successivement quelques améliorations'.
Le gothitpie en usage pour la gravure au douzième siècle est le fruit de la bizarrerie et du mauvais goût : c’est l’écriture latine embellie, mais chargée de traits absurdes et superflus. En voici l’alphabet :
Irionalium T/icsauais grammaiico-crilicut et arc/ictologicus ; aiictore Georgio Hicaesio, S. T. B. Oxoniæ f e Theatro Sheldomano^ ann. Dorn. mdccv, des mottètes de tous les airactères dVcriUii'C et de gravure qui ont été en usage jusqu'au quinzième siècle. Cet ouvrage est à la Bibliothèque Royale.
MANUEL
Ce goüiique sVHeiulit dans tous les États de l'Europe, au coiimieiu-cinent du ircizicmc siècle. Les monnaies, les sceaux, les mwlailles, les monumens lapidaires, en fun-nt empreints. Plus tard ce caractère fut adopté par les Flamands, avec quelques modifications.
Le gothique moderne, qui parut vers le milieu du treizième siècle, est celui dont on faisait usage au quinzième, et que Laurent Coster, de Harlem, tra^-a en 1437» sur les planches fixes ou xilographiques qui lui servirent à imprimer V Horarium, le Spéculum, le Donat, et autres ouvrages dont j’ai déjà parlé, et qu’on lui attribue ‘.
En voici un modèle;
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Iji;s lettres du gothique moderne sont connues dans l'Imprimerie sous le nom (le lettres de forme, à cause des traits angulaires pointus qui rendent la forme de ces lettres plus composée. On ne Elisait point usage de ce caractère
• en écriture courante; il n’était employé, en .\llera.igne, en France, en Angleterre, en Hollande, etc., que pour les inscriptions jnibliques, les livres de chœur et autres livres de liturgie.
• Les majuscules du gothique moderne furent nommée-s lettres cadeaux, et les capitales qui commençaient les chapitres reçurent le nom de lettres tourneures , à cause de leur figure longue et tournante,, qu’on embellissait de différentes Couleurs, ainsi que je l’ai dit page a 3 .
* Scion Mccrman, cl r|ficlqucs autres partisans de U Hollande, il paraitrait qu'apri** avoir im~ prhnê ces ouvrages sur planches fixes ou xUographiqurs, Coster aurait esiMiyé de les réimprimer avci: les caractères mobiles en l>ois qu'il avait uilJés. Co fuit est contesté ; la majorité des écrivains s’accorde à dii*c que l’on u'a imprimé à Harlem que sur planches fixes ; l'exisltîiîcc de VfforarTum même n'a pour preuve que hi fcnille de parchemin trouvée par Enschède, à Harlem, et pour principal historien, que Méemian.
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DE LA TYPOGRAPHIE FRANÇAISE. • r,i
Voici un pelit modèle de ces lettres capitales ou touriieures, dégagéc.s de leur entourage et de leurs longues queues :
Les lettres de forme employées par tester, servirent de nio<lèle au.v caractères mobiles en bois avec lesquels on réimprima, s<jit à Ylajence, soit à Strasboui"g, les ouviagcs de ce dernier; elles servirent aussi de règle pour les caractères en fonte dont (lutternberg, Fust et Seboeffer, firent iisag(! jiour la Bible «ans date et le Psautier, qui pariuent doiue ou quinze ans après YHorarium, le Spéculum et le Douai de (ioster.
Ui page placée ci -contre fait partie d’un Douai imprimé sur ])lanclics ü.ves en bois. Celle qui a servi à cette même page est déposée à la Bibliothèque Uoyale. Par les soins obhgeans tle M. Van Praet, j'en ai obtenu une épreuve que j’ai reproduite au moyen du décalque. Les défectuosités que l’on remai-que dans quelques lettres proviennent de la piqùrt! que l«*s vers ont faite à celte planche, ipii jraraît être en bois de noyer.
Il existe encore à la Bibliothèque Boyale une deu.xième planclie faisant jrarlie d’un autre : ell* n’est composée que de seize lignes, au lieu de vingt,
insén-es «lans la planche dont je donne le Jac simile. 11 est visible qu’elle a été sciée par le bas; le rebord inférieur y manque : l’ccil <lu caractère est plus net plus gros cjue clans La première planche; il y a moins d’abréviations, et elles y sont d’une autr»; forme; les lignes sont moins longues; les i sont marqués par im trait perpendiculaire, au lieu d’étre incliné à gauche, en forme d’accent grave, comme dans la planche composée de vingt lignes. J’ai déjà parlé de ces deux planches , pages i a et 1 6 ; et c’est sur la foi de quel<{ues écrivains que j’ai dit tpi’elles appartenaient au Donatus mùtor publié par Guttemberg et Fust '.
De nouvelles rfxherclics et des renseignemens plus précis ont fixé mon .attention sur l’origine de l’Imprimerie; et, malgré ce que j'ai avancé, je sens qu’il serait difficile de dire affirmativement à quel Douai, ou à quels Douais, ont servi les planches xilographiques dont je viens de p.arler. Il est constant
* Ou «ïil que en deux planchas ont étn achctèfft rn Allcmapne par Foucault^ conseiller d'État ^oiiK IxfuU XIV. Klh'if iKis^èrcut ensuite au pn'sident de Maisons, à Dufay, K Morand, ai^ duc de La VaÜMTe; on en voit des épreuves au tome ii de son cattdogue, aioû que je rai déjà dit
MANl'EL
Sa
qu'avaiit l’invention ilc l'Iniprimerie proprement dite on a sculpté beaucoup d’ouvrages de ce nom sur des planclies de bois fixes, soit en Hollande, soit en Allemagne, soit en Belgique. Ab'-crman en décrit trois dans ses Origines lyj>ographicft, tom. ii. Il attribue le troisième aux héritiers de Laurent Coster, et soutient que les «leux premiers ont été imprirtiés en caractères mobiles de bois, par Coster liÿ-mèmc. ('.es trois Donats sont in-/!”, et sans date; et cependant il les dit exécutés entre i l{So et 1 44 o.
Pan/.er, dans le tome ii de scs Annal, typograph. Norimbergæ , indique aussi trois Donats, qu’il croit de Mayence. Il com])rend dans ce nombre, i® celui dont les ])lnnchcs en l)ois sont dépos»'>es à la Bibliothèque Royale; c’est-à-dii-e qu’il pense que ces planches, quoique la gravure ne paraisse pas être la même, ont servi au même ouvrage; a” un antre dont les caractères sont sendjlables », à ceux de la Bible sans date, dont j’ai parlé page ai, et dont on trouve trois lignes à la planche A, placée à la fin de ce Manuel; 3” un qui se rapproche de la Bible de i4Ga, et des Offices de Cicéron imprimés en i465, du moins quant aux lettres majuscules.
Fischer, bibliothécaire à IMayence, dans .son Essai sur les Monumens typographiques de Jean de Guttemberg, page 67 , n’a pu se dépouiller aussi des préventions nationales: tous les Donats qu’il a vus, il les attribue à son illustre compatriote seul.
Prosper Marchand, dans son Histoire de l’origine et des progrès de l’Imprimerie, dit que (iuttemberg, aidé de Meydenbacb et de Fust, gravait des lettres à rebours et en relief sur des planches de bois, et que c’est de cette manière que, peu de temps avant i45o, ils imprimèrent un Abécédaire, un Donat, et même un Calholico/i. .
Zapf attribue à Fust un Donat en caractères mobiles de fonte, que Fi.schci^ soutient encore appartenir à Guttemberg.
« Il parait certain «pie l'on a publié quelques éditions de Donat en caractères a mobiles de bois, taillés à la main, ou détachés des ]>lanches solides. Il est de a fait qu’à la naissance de la Typographie on en a imprimé une grande quantité a en caractères mobiles fon«lus. Mais quels sont les artistes (]ui nous ont lais.sé a des éilitions tabellaires ou xilographiques de ces Donats? Quel est le lieu où a elles ont été exécutées? Les Balaves, prévenus, ne contemplent dans ces a Donats que, Coster et Harlem... Les Germains, passionnés pour leur patrie, a n’y admirent que Guttemberg et >fayence. Les bibliographes, partagés entre aces deux opinions, ne sortent point de ce cercle. *
a Où est donc le titre primitif sur lequel ces deux systèmes sont fondés? a Nulle part jusqu’à présent. Existe-t-il un prototype évident d’un Donat de a Guttemberg ou de Cxistcr, avec lequel on puisse confronter les Donats ina connus? Aucun. H est donc absurde de prononcer que tel Donat appartient
DF. I.A TyPOOnAPHIF. franc.ai.se. 53
n à Mayence, et tel autre à Harlem; il est même injuste de n’en acconler aucun «à l’association de Fust et Schoeffer. » (LsstBiNrr, Origine de V Imprimerie.')
M. Daiinoii s’exprime ainsi dans son écrit, si savamment et si profondément mé<iité (^Analyse des opinions diverses sur l'origine de t Imprimerie') ; «Nous « dirons que parmi les Doruits sans date, quelqu<«-nns sont probablement sortis « des pres-ses de Giittpmbcrg entre i445 et i45«; mais dans ces premiers üonats «de Mayence nous ne verrons que des impre.ssions xilograpbiques, aussi bien «que dans ceux qui paraissent a*ir été publiés auparavant en Hollande, et * «spécialement k Harlem.»
I,a digres.sion à laquelle je viens d’élre obligé de me livTer au sujet des Donats, ayant interrom])u mes observations sur les lettres de forme, je m’empresse d’y revenir.
Ces lettrfïs de forme, les Anglais les appellent Idac^ letters; les Italiens les désignent sous le titre de leUere francese; les Flamands, sous celui de lettres ,'iaint-Pierre;ct la j)lupart des autres peuples les lumimenl caractères allema/ids, hollandais ou flamands, attendu que ce genre de lettres est devenu propre à ces trois nations, qui en ont adouci les angles et les pointes, et ont cbaiigé quelque chose dans la liguie des capitales; ce qui a fait donner à ces caractères, à rallcmand surtout, le nom de demi-gothique. Voici un modèle tle ce dernier:
StAJCSCÜLES.
23 e î) (g 5 0 3 £ SOI 91 0 ^ Û 5R © i U 2} 2B 3 .
MIXCSCULES.
abcbcfgI)t;tlmnopqritin)ttJ]n)3.
Les promiors imprimeurs qui so rendirent à Paris en 1 ^ 70 , et dont j ai déjà parlé page 3/|, ny apportèrent pas d’autres caractères que ceux dont on se servait alors en Allentagne, et que dans ce pays on nommait mânchsschri/ï,
lorsque, à la même épofpie, Hobert Tuniour et Caxton apportèrent de la Hollande rimprimerie en Angleterre*, ils n’avaient non plus d'autre caractère
• IjC; morrn qnr* rAnglcterrr rmploya ponr acqni^rir U connaissance de rimprimerie est assez cnrietix. fait est raconté dans un manuscrit anglais, dont Atkins a ptiblié un fragment, et rapporté p^»r l\ï. Daunuu, dans son Anaty^se dts opinions diverses sur Corigine de V Imprimerie . Je copie : *
" On lit <|uc Thomas Roiirrhier, archevêque de Cantorbérj, détermina Henri VI à introduire
MANUEL
que le gothique, ou lettres de forme, le seul employé pendant les quarante années qui suivirent l'origine de rimprimcrie.
Mais la plupart des imprimeui's qui existaient vers la fin du quinzième siècle n’ont fait usage dans leurs éditions que des lettres de somme, pi-esqiic entièrement dégagées des angles et des pointes ipie l’on remarque dans les lettres de forme. *
Voici uti modèle du cor])s unique de ce caractère :
M AJUSCUI.KS.
■ bct)ïfsl)ililmnopqr0tuti|c?).
Ces lettres de somme, beaucoup plus petites que les lettres de forme, et dont on ne se servait guère que pour les livres d’école, furent ainsi noininèes, parce cpi’clles servirent à imprimer la Somme de saint Thomas d’.Tquiu. Ou sait (|ue, dans la langue ancienne, somme veut dire un livre qui traite en ahiégé de foutes les parties trime science, d’une doctrine, etc.
I/écrilurc la plus «n usage en France et en Allemagne, aux tpiatorzièmc et quinzième siècles, se nommait bâtarde, que l’on appelle mainttmant bâtarde ancienne. Elle était ainsi noinhiée, parce qu’cllè dérive de la gothique. Les majuscules de ce caractère se nommaient cadeaux, comme celles tles lettres tle forme ' et de somme. Ce fut un .Allemand nommé Ileihnan, demeurant à Paris,
«i'imprimcrie en Anglrterre. 11 s'agisÀnit de &cduîre un ouvrier de la ville de Hrirloin, où Jean
• GuUeniberg vniail d’invcnlcr crt art. Il fallul 1,000 iinirc*s d’argent : rarcliev«V|uc en fournît "îo, ■ et le roi trouva le reste. On dép^ba Robert Tumour et Caxton. Ils eurent besoin de jM*écau- « lions extrêmes, car on avait déjà empoisonné à Harlem plusieurs étrangers qui y étaient venu^ «avec une mission ]>arcUie. Turiiour s'y inlrodiiisit masqué: pour Caxton, qui fiiis*iit un grand '> commerce avec les Hollandais, U se fit voir à son ordinaire. Après avoir passt* <]uel<{ue temps
• à Harlem, Turnour écrivit u Hefirt M que raffaire était fort avancée*, niais qu’il était cejiendaiit <r indis{K'nsable d’envoyer encore 5oo marcs d’argent. Knfiu, tant fut procédé, qu'un ouvrier fort
• habile, nommé Corsel ou rorsclU, changea d'habit, sc glissa hors de la ville, s'embarqua avec «les deux embaucheurs, et vint fonder une imprimerie à Oxfonl. k
• Je dois relever ici une erreur dans larpielle sont tomlièes quelques personnes, et même des iinprimetirs, qui confomlciil le» capitaies avec les majuscules d’un caractère quelconque. I-os capitales sont les grandes lettres dont on se sert jxmr conunencer un cluipilre, et que l'on a désignées successivement .sou* les nom» de letlres tourneures, grautles letircs montantes ornées^ et ennu,
nie Saint -Jean- de -Latran, qui en fit les premiers poinçons, vers l'an 1490 . Lu voici l’aljiliabet :
, M AICSCUÏ-F.S.
MIXOSCÜLCS. •
a6cbc f gÇ'iîîf wit)iit)o^ qr2f«tuç>^ 3^
A la bâtarde ancienne succéda la cursive française. Nicolas Granjon, graveur français, fit les première poinçons de ce caractère à Lyon, en i556. Le Roi lui accorda pour i-éconipensc le ])rivilége de s’en sci-vir seul pendant dix ans.
Le premier oilsrage imprimé avec la cursive française est la civilité puérile et honnête, 1 vol. in-8", qui parut aussi en i55G. Ou met encore aujourd’hui ce livre d;uis les mains des enfans, pour les jiréparer à la lecture des vieux manuscrits. En voici l’alphabet: