‹ Manuel de laryngoscopie et de laryngologieChapitre 11 sur 23 · J2.JI · texte numérisé non relu

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du larynx, qui peut occasionner des troubles graves et persistants de la déglutition et de la phonation.

Ainsi que je vous l'ai fait observer, en vous parlant de la marche générale de Tangine scrofuleuse, cette affection n'envahit le larynx qu'après avoir étendu ses ravages sur le pharynx, les piliers et le voile du palais, et alors les lésions se présentent sur l'epiglotte avant d'envahir les parties plus inférieures du larynx.

Dans cette région, il se forme d'abord des. ulcérations, puis, à la suite, se développent de grosses végétations bourgeonnantes, qui devenant de plus en plus volumineuses, peuvent rétrécir l'orifice glottique, au point de nécessiter la trachéotomie. C'est là un fait rare assurément, mais dont il faut, dans certains cas, prévoir la possibilité.

Lorsque, sous Tinflucnce d'un traitement approprié, la marche progressive de l'angine scrofuleuse se trouve arrêtée, ce qui, heureusement, est la terminaison la plus ordinaire , on voit peu à peu ces lésions si profondes de l'arriôre-gorge, se réparer en laissant à leur suite des cicatrices d'une coloration nacrée, sans saillie, au-dessus de la muqueuse, et présentant plutôt une légère dépression ; ces cicatrices ont une forme étoilée, que l'on peut considérer comme caractéristique. L'ensemble de ces caractères peut, dans certains cas, servir à formuler un diagnostic rétrospectif.

La deuxième forme de la période ulcéreuse profonde succède le plus ordinairement, au lupus de la face. Dans cette variété, il n*y a pas de véritable ulcération, le lupus altère et mine en quelque sorte les parties qu'il va détruire, puis il les ronge ou semble même les atrophier; on voit la muqueuse, qui avait pris une teinte vineuse, se déprimer et s'enfoncer peu à peu et simuler une ulcération, et Ton peut assister à un travail de réparation ou cicatriciel, sans qu'il y ait eu véritable ulcération superficielle.

L'on pourrait comparer la marche de ce travail envahissant du lupus pharyngé à celui que tout médecin a pu constater aux ganglions strumeux de certains enfants, chez lesquels on voit ^ un ganglion volumineux se ramollir, diminuer insensibjpment de volume au point de devenir moins saillant que la peau; ce ganglion ne suppure pas, mais lorsqu'il est guéri on voit cepondant persister une cicatrice étoilée et nacrée avec une auréole de colwation vineuse.

Lorsque dans Tune de ces deux formes de l'angine ulcéreuse profonde les parties osseuses ou cartilagineuses sont atteintes, il se produit une nécrose avec exfoliation de la partie mortifiée, et suppuration sa- «ieuse accompagnée d'une odeur très fétida.

Marche. — Durée La marche de l'angine scrofuleuse ëf»t toujours

insidieuse; c'est à peine avec des lé.sions souvent très graves et très étendues, si les malades accusent un peu de sécheresse de la gorge. Ce symptôme négatif a bien son importance, car c'est la seule maladie dans laquelle on le constate à un tel degré, de sorte qu'il peut ainsi devenir un signe pathognomonique.

La durée de cette affection est toujours très longue, mais un très petit nombre de malades parcourent le cycle des trois périodes. La plupart des scrofuleux restent pendant de longues années atteints de lésions de la première période, la maladie reste stationnaire, et cette affection ne s' accompagnant d'aucun signe fonctionnel bien manifeste, passe le plus souvent inaperçue, si Tattention du médecin n'est pas attirée du côté de la gorge, par une complication intercurrente ou si son attentioil n'est pas éveillée par la persistance d'un coryza chronique.

Lorsque la maladie arrive à la seconde période, les signes fonctionnels quoique peu en rapport avec l'étendue des lésions, sont cependant assez prononcés pour éreiller l'attention du malade.

L'existence de ces lésions de la deuxième période est déjà l'indice d'une atteinte plus grave de l'organisme entier; et si par l'application d'un traitement

local, auquel il ne faudra pas oublier d'ajouter un traitement général et hygiénique, on ne parvient pas à modifier l'état local et général du malade, on voit les ulcérations gagner rapidement en étendue et en profondeur. C'est surtout à cette seconde période, que l'on voit souvent survenir une complication de tuberculose pulmonaire qui devient alors le point capital, et doit concentrer toute Faction thérapeutique.

Diagnostic différentiel, — L'angine strumeuse no se présente que chez les individus qui ont eu antérieurement d'autres manifestations scrofuleuses : kerato-conjonctivites chroniques, blepbarites, impétigo du cuir chevelu, coryza chronique, engorgoments ganglionnaires, etc. Tous ils ont présenté dans leur enfance un léger embonpoint précoce, des yeux brillants avec paupières saillantes et cils un peu longs, ainsi qu'un teint très coloré et d'une nuance un peu cramoisie. Cet ensemble de phénomènes qui passent dans le public pour des signes de santé parfaite, ne trompe pas l'œil exercé du médecin, et leur constatation lui fera porter le diagnostic de lymphatisme pour le présent et d'angine scrofuleuse probable à plus ou moins longue échéance ^ un traitement préventif convenablement institué, n'arrive pas à modifier cet état.

Dans la marche de l'angine scrofuleuse, il est un

fkit. capital et dont la connaissance peut avoir une grande importance dans certains cas de diagnostic difficile, c'est le mode de début et d'envahissement de la maladie. L'angine scrofuleuse débute toujours par la partie supérieure de la face postérieure du pharynx ; de ce point ^lle a une première poussée en avant du côté du voile du palais et des piliers; puis il y a souvent quelque temps de rémission, et Ton voit du point de départ primitif une seconde poussée qui se dirige vers Tépiglotte, les éminences aryténoïdes et les cordes vocales. L'existence ' d'un coryza chronique est une complication à peu près constante de l'angine scrofuleuse et peut également servir d'élément de diagnostic. En l'absence d'antécédents scrofuleux, il est un signe négatif très important et sur lequel je crois utile d'insister de nouveau à propos du diagnostic, c'est l'absence de signes fonctionnels : lorsque l'on examine la gorge d'un malade qui ne se plaint que d'un peu de sécheresse et que l'on constate l'existence d'ulcérations assez étendues, il n'est même pas besoin d'y constater les glandes volumineuses et violacées, les ulcérations lardacées et les mucosités adhérentes pour pouvoir affirmer sans crainte d'erreur que l'on a affaire à une angine scrofuleuse.

TRAITEMENT DE L'aNGINE SCROFULEUSE.

Le traitement de l'angine scrofuleuse doit s'adreisser

en ractne temps contre l'état local et contre Tétat général.

Contre l'état local, l'on a eu successivement recours à toutes les solutions caustiques plus ou moins violentes. Dans un certain nombre de cas, la solution iodée a donné de bons résultats au professeur Isambert. Voici la formule la plus employée :

Iode métallique 15 à 25 centigr.

lodure de potassium 50 —

Glycérine 10 grammes.

En applications trois ou quatre fois par semaine sur lel^ glandes et les surfaces ulcérées.

La solution au chlorure de zinc au trentième ou au cinquantième réussit quelquefois contre les ulcérations superficielles. Enfin, lorsqu'il y a des ulcérations profondes et que Ton désire modifier énergiquement les surfaces ulcérées, on peut avoir recours à la solution suivante :

Acide chromique 1 gramme.

Eau distlilée 20 —

Il est bon, surtout; lorsque l'on a des surfaces assez considérables à cautériser, de ne pas employer de solutions plus concentrées d'acide chromique.

Depuis quelques années, j'ai employé très fréqueminent des solutions créosotées, les résultats que j'ai obtenus ont été favorables surtout contre les périodes

de débu4. Ht pharyngite sèche et Vangine ulcéreuse superficielle; la formule dont je me sers le plus ordinairement est la suivante :

Créosote pure 1 gramme.

Alcool 20 --

Glycéirine 20 — •

Sous l'influence de ces cautérisations, la pharyngite sèche est heureusement modifiée, mais les glandes hypertrophiées ne sont que très peu modifiées.

Dans le but d'arriver à obtenir la diminution des glandes, j*ai employé une solution alcoolique d'une plante du BrésJ, le tayuya, qui est employée dans ce pays contre les engorgements ganglionnaires syphilitiques. Mon expérimentation repose déjà sur un assez grand nombre de cas, et c'est encore jusqu'à présent le médicament qui m'a donné les résultats les plus favorables. J'emploie ce médicament en solution alcoolique concentrée, et je fais chaque jour pratiquer un badigeonnage du pharynx, mais, pour en activer l'action, je suis obligé d'avoir recours en même temps à des cautérisations avec une solution d'acide chromique au quinzième que je pratique une fois par semaine. C'est ce traitement mixte que je vous conseille d'employer, parce que dans un certain nombre de cas, le traitement par la teinture de tayuya seule n'a pas une action assez énergique et ne donne pas des résultais assez rapides.

Le traitement générai est le Tjomplément néces*saire du traitement local, il consistera en préparations toniques sous toutes les formes : viande crue, vin de quinquina, vin de gentiane, tisane et bains de feuilles de noyer, sirop d*iodure de fer, huile de foie de morue créosotée, ainsi que les modificateurs hygiéniques généraux, les bains de mer, Texercice en grand air, la campagne, etc.

' A rintérieur, je fais prendre également de la teinture de tayuya à la dose de 15 à 20 gouttes par jour, et autant que je puis me prononcer d'après une expérience qui remonte à près de deux ans, c'est un médicament qui est appelé à rendre de très grands services contre toutes les manifestations de la scrofule.

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