SERMENT DES SEIGNEURS FRANÇAIS, SUJETS DE CHARLES-LB-CHAUVB
Si Lodhuwigs sacrement, que son fradre Karlo jurât, conservât, et Karlus meos sendra de sua part non los1 tanit, si io returnar non Vint pois, ne io, ne news oui eo returnar int pois, in nulla adjudha contra Lodhuwig nun li iv er?
On sait que la lutte des petits-fils de Charlemagne entre eux aboutit en 843 au démembrement du grand empire des Francs. Le royaume de l'Ouest, c'est-à-dire la plus grande partie de la Gaule, échut à Charles le Chauve. Mais bientôt un royaume indépendant se forma dans le Midi sous Boson, qui prit, en 879, le titre de roi d'Arles et de Provence. A la fin du onzième siècle, le Midi de l'ancienne Gaule, presque entièrement indépendant du Nord, se trouve partagé entre les comtes de Toulouse et les comtes de Barcelone. L'union des Provençaux et des Catalans acheva la séparation du dialecte du Midi ou langue à! Oc d'avec le dialecte du Nord ou langue dOU.
La langue d'Ocy ou le provençal, après avoir eu, principalement au douzième siècle, sa brillante période de littérature poétique, celle des troubadours* dut faire place à la langue du Nord, lorsque, à la suite des guerres des Albigeois, le Languedoc fut réuni à la France, en 1272. Les patois provençaux, languedociens et gascons, qui se parlent encore dans les campagnes du Midi, ne sont que des débris de la langue d'Oc.
Quant à la langue d'OU, se trouvant en présence de populations ou sous-races distinctes, elle s'était de bonne heure scindée en plusieurs dialectes. On sait que, sous les Carlovingiens et les premiers Capétiens, le système féodal morcela le pays en une foule de principautés locales. Ces divisions, en brisant l'unité et en formant plusieurs centres politiques et littéraires, contribuèrent puissamment à développer les différences linguistiques.
La langue d'Oïl comprenait quatre dialectes principaux: \enormand, le picard, le bourguignon et le dialecte de Ylsle de France* Ce
donne savoir et pouvoir, je sauverai mon frère Charles et en aide et en chaque chose (ainsi qu'on doit, selon la justice, sauver son frère), à condition qu'il en fasse autant pour moi, et je ne ferai avec Lothaire aucun accord qui, par ma volonté, porte préjudice à mon frère Charles ici présent.
1 Variante: lo. 2 Variante: tu er (ego ero).
Traduction: Si Louis garde le serment qu'il a juré (selon Diez, jure selon Raynouard) à son frère Charles, et que Charles mon maître, de son côté, ne le tienne pas, si je ne l'en puis détourner, ni moi, ni nul que j'en puis détourner, ne lui serai en aide contre Louis.
* Les troubadours (du provençal troubar, trouver, inventer) ont cultivé particulièrement la poésie lyrique, à laquelle appartiennent les canzones, les tensons, les plaints, etc. et la poésie satirique, dont les productions sont désignées par le nom de sirventes. Les troubadours ou récitaient leurs vers eux-mêmes avec accompagnement de quelque instrument, ou se faisaient suivre d'un jongleur qui les chantait. Quelquefois ils soutenaient, dans des jeux-partis, des luttes poétiques les uns contre les autres devant des cours d'amour. Parmi les troubadours on cite Guillaume ix d'Aquitaine, Richard Cœur-de-lion, roi d'Angleterre, Bertrand de Born, Bertrand de Ventadour, Pierre Vidal, etc.
* Les limites des trois dialectes picard, normand et bourguignon ne correspondent pas avec exactitude aux limites politiques des provinces dans lesquelles on les parlait Le dialecte de Ylsle de France n'est qu'une branche du dialecte bourguignon. Voyez Burguy, Grammaire de la langue d'OU, pages 15 et 17.