‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 104 sur 514 · ACTE I, SCÈNE m · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE m

HABPAGON, LA FLÈCHE.7

Harpagon. Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne réplique pas! Allons, que Ton détale de chez moi, maître juré filou, vrai gibier de potence!

1 C'est-à-dire: n'était pas fait pour. * Construction latine.

8 H se rapporte au prince (Louis XIV). * C'est-à-dire: H a détesté son ingratitude envers vous; v. p. 14, n. 8. * On dirait en prose: H sait,

quand on y pense le moins, récompenser une bonne action.

6 On a souvent traité ce dénouement de faible, mais, la situation étant donnée, il n'était guère possible d'en trouver un autre: c'était même le seul qui fût vraisemblable historiquement Légalement Tartuffe restait impuni: une lettre de cachet seule en pouvait faire justice, despois.

7 Domestique du fils d'Harpagon.

l'ayabe (agis i, scène m). 97

La Fléchi (à part). Je n'ai jamais rien vu de si méchant que ce oaadit vieillard, et je pense, sauf correction,1 qu'il a le diable au corps.

Habfason. Tu murmures entre tes dents.

La Flèche. Pourquoi me chassez-vous?

Habpaoon. C'est bien à toi, pendard, à me demander des raisons : sors vite, que je ne t'assomme.

La Flèche. Qu'est-ce que je vous ai fait?

Habpaoon. Tu m'as fait que je veux que tu sortes.

La Flèche. Mon maître, votre fils, m'a donné ordre de l'attendre.

Habpaoon. Va-t'en l'attendre dans la rue, et ne sois point dans aa maison, planté tout droit comme un piquet, à observer ce qui se pœe, et faire ton profit de tout. Je ne veux point avoir sans cesse ferant moi un espion de mes affaires, un traître dont les yeux tiudits assiègent toutes mes actions, dévorent ce que je possède, e: farettent de tous côtés pour voir s'il n'y a rien à voler.

La Flèche. Comment diantre2 voulez-vous qu'on fasse pour vous Tokr? Êtes-vous un homme volable, quand vous renfermez toutes 'ittes, et faites sentinelle jour et nuit?

Habpagok. Je veux renfermer ce que bon me semble, et faire aotmelle comme il me plaît. Ne voilà pas de mes mouchards,8 qui Fument garde à ce qu'on fait? (Bas à part.) Je tremble qu'il n'ait «npçonné quelque chose de mon argent. (Haut.) Ne serais-tu point taaune à aller faire courir le bruit que j'ai chez moi de l'argent caché?

La Flèche. Vous avez de l'argent caché?

Habpaoon. Non, coquin, je ne dis pas cela, (bas.) J'enrage! -'Wtj Je demande si malicieusement tu n'irais point fqjre courir le brait que j'en ai.

La Flèche. Hé! que nous importe que vous en ayez ou que ths n'en ayez pas, si c'est pour nous la même chose?

Harpagon (levant la main pour donner un soufflet à La Flèche). Ta fais le raisonneur. Je te baillerai4 de ce raisonnement-ci par « oreilles. Sors d'ici, encore une fois!

La Flèche. Eh bien! je sors.

Habpagok. Attends. Ne m'emportes-tu rien?

La Flèche. Que vous emporterais-je?

Habpaoon. Viens çà, que je voie. Montre-moi tes mains.

La Flèche. Les voilà.

Habpaoon. Les autres.'

La Flèche. Les autres?

Habpaoon. Oui.

La Flèche. Les voilà.

Habpaoon (montrant les hauts-de-chausses de La Flèche). N'as-tu n» mis ici dedans?

La Flèche. Voyez vous-même.

Habpaoon (bâtant le bas des hauts-de-chausses de La Flèche). '* grands hauts-de-chausses sont propres à devenir les receleurs des ' toes qu'on dérobe; et je voudrais qu'on en eût fait pendre quelqu'un.

1 On dirait aujourd'hui: sauf erreur. 2 Voyez page 73, note 5.

1 Pour: Ne voûà-t-U pas, etc. Mouchard veut dire espion. 4 BmBert vieux mot signifiant: donner, mettre, livrer,

C Fteta, Mmmtl dé Littérature françaitê. 10e éd. 7

La Flèche (à part). Ah! qu'un homme comme cela mériterait bien ce qu'il craint! et que j'aurais de joie à le voler!

Habpagon. Hé?

La Flèche. Quoi?

Harpagon. Q'est-ce que tu parles de voler?

La Flèche. Je vous dis que vous fouillez bien partout, pour voir' si je vous ai volé.

Harpagon. C'est ce que je veux faire.

(Harpagon fouille dans les poches de La Flèche.)

La Flèche (à part). La peste soit de l'avarice et des avaricieux.

Habpagon. Gomment? que dis-tu?

La Flèche. Oe que je dis?

Harpagon. Oui: qu'est-ce que tu dis d'avarice et d'avaricieux?

La Flèche. Je dis que la peste soit de l'avarice et des avaricieux.

Harpagon. De qui veux-tu parler?

La Flèche. Des avaricieux

Harpagon. Et qui sont-ils, ces avaricieux?

La Flèche. Des vilains et des ladres.

Harpagon. Hais qui est-ce que tu entends par là?

La Flèche. De quoi vous mettez-vous en peine?

Harpagon. Je me mets en peine de ce qu'il faut.

La Flèche. Est-ce que vous croyez que je veux parler de vous?

Harpagon. Je crois ce que je crois; mais je veux que tu me dises à qui tu parles quand tu dis cela.

La Flèche. Je parle .... je parle à mon bonnet.

Harpagon. Et moi, je pourrais bien parler à ta barrette.1

La Flèche. M'empôcherez-vous de maudire les avaricieux?

Harpagon. Non, mais je t'empêcherai de jaser, et d'être insolent. Tais-toi!

La Flèche. Je ne nomme personne.

Harpagon. Je te rosserai, si tu parles.

La Flèche. Qui se sent morveux, qu'il se mouche.2

Harpagon. Te tairas-tu?

La Flèche. Oui, malgré moi.

Harpagon. Ah! ah!

La Flèche (montrant à Harpagon une poche de son justaucorps). Tenez, voilà encore une poche: étos-vous satisfait?

Harpagon. Allons, rends-le moi sans te fouiller.8

La Flèche. Quoi?

Harpagon. Oe que tu m'as pris.

La Flèche. Je ne vous ai rien pris du tout.

Harpagon. Assurément?

La Flèche. Assurément.

Harpagon. Adieu: va-t'en à tous les diables!

1 Barrette, vieux mot pour bonnet. Parler à la barrette de quelqu'un était une locution proverbiale qui signifiait: a) parler à qn. sans le ménager; b) frapper quelqu'un à la tète. Aujourd'hui les acteurs du Théâtre-Français y substituent: Je pourrais bien parler à tes oreilles.

2 Proverbe populaire qui signifie: Que ceux qui reconnaissent en eux le défaut, le tort contre lequel on parle s'appliquent ce qu'on en dit.

8 C'est-à-dire: sans te faire fouiller, ou sans que je te fouille.

l'avabb (acte i, scène IY, vn). 99

La Flèche (à part). Me voilà fort bien congédié! Habpagoh. Je te le mets sur ta conscience, au moins.

SOÈNB IV.

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