MAXIMES
(2) L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.
(3) Quelque découverte que l'on ait faite dans le pays de l'amourpropre, fl y reste encore bien des terres inconnues.
(19) Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.
125) Il faut de plus grandes vertus pour soutenir la bonne fortune «pe la mauvaise.
(26) Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.
(34) Si nous n'avions point d'orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres.
(38) Nous promettons selon nos espérances, et nous tenons selon H6 craintes.
(49) On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on s'imagine.
(67) La bonne grâce est au corps ce que le bon sens est à l'esprit.
i M** de Lafavette (1634—1693) s'est fait un nom dans la littérature vu ses romans, qui ont eu la plus grande vogue (Zdide, la Princesse de Qms, la comtesse de Tende, etc.), et. par ses cercles littéraires. Voyez, * rtrtïde Molière, la notice sur les Précieuses ridicules, page 63.
1 Voye*, dans ce Manuel, la Notice sur Mm« de Sévigné, page 134.
* Noos donnons le texte des Maximes d'après l'édition de M. Gilbert •AqwU* fait partie de la collection des Grands écrivains de la France, FoÛiée mos la direction de M. Régnier). On y a suivi le texte de l'édition '«* 1678, la dernière qui ait paru du vivant de La Rochefoucauld.
(79) Le silence est le parti le plus sûr de celui qui se défie de soi-même.
(84) Il est plus honteux de se défier de ses amis que d'en être trompé.
(89) Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement.
(110) On ne donne rien si libéralement que ses conseils.
(112) Les défauts de l'esprit augmentent en vieillissant, comme ceux du visage.
(115) D est aussi facile1 de se trompersoi-mêmesans s'en apercevoir, qu'il est difficile de tromper les autres sans qu'ils s'en aperçoivent.
(127) Le vrai moyen d'être trompé, c'est de se croire plus fin que les autres.
(134) On n'est jamais si ridicule par les qualités que l'on a, que par celles que l'on affecte d'avoir.
(138) On aime mieux diredumaldesoi-mêmequeden'enpointparler.
(140) Un homme d'esprit serait souvent bien embarrassé sans la compagnie des sots.
(147) Peu de gens sont assez sages pour préférer le blâme qui leur est utile à la louange qui les trahit.2
(158) La flatterie est une fausse monnaie qui n'a de cours que par notre vanité.
(164) Il est plus facile de paraître digne des emplois qu'on n'a pas que de ceux que l'on exerce.
(196) Nous oublions aisément nos fautes lorsqu'elles ne sont sues que de nous.
(199) Le désir de paraître habile empêche souvent de le devenir.
(212) La plupart des gens ne jugent des hommes que par la vogue qu'ils ont ou par leur fortune.
(218) L'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu-
(226) Le trop grand empressement qu'on a de s'acquitter d'une obligation est une espèce d'ingratitude.
(243) Il y a peu de choses impossibles8 d'elles-mêmes, et l'application pour les faire réussir nous manque plus que les moyens.
(249) Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix, dan& les yeux et dans l'air de la personne que dans le choix des parolçs.
(250) La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut, et à ne dire que ce qu'il faut.
(294) Nous aimons toujours ceux qui nous admirent, et nous n'aimons pas toujours ceux que nous admirons.
(303) Quelque bien qu'on nous dise de nous, on ne nous apprend rien de nouveau.
(327) Nous n'avouons de petits défauts que pour persuader que nous n'en avons pas de grands.
(342) L'accent du pays où l'on est né demeure dans l'esprit et dans le cœur, comme dans le langage.
(431) Rien n'empêche tant d'être naturel que l'envie de le paraître.
(487) Nous avons plus de paresse dans l'esprit que dans le corps.
1 Variante: Il est aussi aisé de se tromper sans s'en apercevoir, etc.
2 Variante: . . . pour aimer mieux le blâme qui leur sert que . . .
3 Variante: Il n'y a point de choses impossibles . . .
JEAN DE LA FONTAINEnaquit en 1621àChâteau-Thierry, petite nBe de la Champagne, où son père exerçait les fonctions de maître fes eaox et forêts. H fit ses études au collège de Eeims et passa n an au séminaire;2 mais on vit bientôt qu'il n'avait pas de vocation pour l'état ecclésiastique. Son père lui transmit sa charge et k maria à une très jeune femme. Cette union ne fut pas heureuse; •es époux en vinrent bientôt à une séparation. Quant à sa charge de maître des eaux et forêts, La Fontaine l'exerça pendant plusieurs années, sans s'en occuper autrement qu'en se promenant dans les tais et sur les bords des eaux dont l'inspection lui était confiée. Il s'en défit le plus tôt possible en la vendant, selon l'usage du temps.
Après la sortie du séminaire, La Fontaine s'était mis à lire avec tëkes Marot, Rabelais, Amyot,8 Boccace et l'Arioste.4 Mais Térence tait son auteur favori. Aussi débuta-t-il par une comédie qui, comme b plupart de ses ouvrages dramatiques, est oubliée aujourd'hui. Ces tihls furent le point de départ de sa liaison avec Molière, qui, à cette époque, parcourait les provinces en qualité de directeur de *roupe et d'acteur, et avec Racine et Boileau.
La Fontaine trouva un puissant protecteur dans la personne de faquet, surintendant des finances, qui était alors à l'apogée de sa Puissance et de sa fortune. H fit au poète une pension, à la condition rie celui-ci lui donnerait des pièces de vers en guise de quittances. Eft 1661, Fouquet, le tout-puissant ministre, fut tout à coup arrêté pr ordre de Louis XIV. On l'accusa de dilapidation des deniers publics et de concussion. On craignit quelque temps pour la vie de Fouquet, tant ses ennemis avaient su irriter le roi contre lui. La Fontaine resta fidèle à son bienfaiteur; il eut le courage de solliciter J clémence du despotique monarque dans son Élégie aux Nymphes k Vauxy poème qui commença sa réputation littéraire.5
Ed 1669, La Fontaine commença à publier les Fables, qui ont taaortaiisé son nom. Les sujets en sont presque tous tirés d'Ésope < de Phèdre; mais le fabuliste français n'en est pas moins original. r* qu'on admire surtout dans ces fables, c'est la forme et la mise en hto. Naïveté, finesse, bonhomie, délicatesse de sentiments, grâce, '«riété de tons, du plus élevé au plus simple, tout est réuni dans les
1 D'après Walkena6r,Héguin de Guérie et G eruzez. 2 $tiefier*@>eminar.
* Voyez r Introduction p. XLH. * boccace (Boccaccio, 1313—1375). 'libre écrivain italien, auteur du Décaméron, recueil de nouvelles qui \) pl*é à la tête des prosateurs italiens, larioste (Ariosto, 1474— "&), célèbre poète italien, auteur du Boland furieux.
1 Va*x, nom d'un château situé près de Melun et bâti par Fouquet. "* magnificences de ce château, pour lequel il avait dépensé des sommes fJM&Mg, forent une des causes de la perte du ministre. Jugé et confBrt par nue commission composée de ses ennemis, Fouquet fut enfermé •a» U forteresse de Pignerol, où il mourut après 19 ans de captivité.
vers de la Fontaine. Ces fables et d'autres poésies, moins dignes d'être mentionnées ici, firent connaître à la France une langue poétique toute nouvelle, fusion heureuse du langage naïf et énergique du siècle de François Ier et de l'élégance du siècle de Louis XTV.
En 1683, après la mort de Colbert, La Fontaine fut élu membre de l'Académie française; mais le roi, dont le fabuliste n'avait jamais eu les bonnes grâces, et qui lui préférait son concurrent Boileau, n'approuva pas l'élection. Cependant l'Académie eut assez d'indépendance pour ne pas se rétracter et pour maintenir son choix. L'année suivante, Boileau ayant été élu à une nouvelle place vacante à l'Académie, le roi permit que La Fontaine prît possession de son fauteuil, en môme temps que Boileau.
Son caractère insouciant et sa négligence en matière d'affaires avaient, de bonne heure, mis La Fontaine dans une position embarrassée. B en fut tiré par madame de la Sablière, femme distinguée par son esprit, son savoir et sa bienfaisance. Le poète vécut vingt ans chez elle, exempt de tout souci. Après la mort de madame de la Sablière, La Fontaine trouva la môme hospitalité chez Hervart, conseiller au parlement de Paris.
Vers la fin de sa vie, une grave maladie, dont il guérit pourtant, tourna les pensées du poète vers la religion; il désavoua ceux de ses écrits qui avaient causé du scandale, et ne s'occupa plus qu'à traduire en vers français des hymnes sacrées. B mourut en 1605, figé de près de soixante-quatorze ans.
Depuis deux siècles, le recueil des fables de La Fontaine est, en France, l'ouvrage le plus populaire. B y est devenu un véritable livre d'éducation et d'enseignement, dans lequel les générations viennent Tune après l'autre se retremper dans la langue du dix-septième siècle. B est évident qu'un pareil livre a dû avoir une immense influence sur le développement de la langue, et que la lecture attentive en est indispensable à tout étranger qui désire savoir le français. Du reste, on a tort de croire que les fables de La Fontaine ne conviennent qu'aux enfants: an contraire, l'étude approfondie doit en être réservée pour un âge plus mûr.
Nous ne pourrons reproduire dans ce Manuel qu'un nombre très restreint de fables: mais nous passerons en revue les douze livres qui composent le recueil des fables de La Fontaine, et nous indiquerons les morceaux qui doivent surtout attirer l'attention du lecteur.1