‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 144 sur 514 · VI · texte numérisé non relu

VI

A Paris, mercredi 13« janvier 1672.

— — — Nous soupons tous les soirs avec madame Scarron.3 D!e a l'esprit aimable et merveilleusement droit; c'est un plaisir \ze de l'entendre raisonner sur les horribles agitations d'un certain fjjs4 qu'elle connaît bien, et le désespoir qu'avait cette d'Heudi- -»art5 dans le temps que sa place paraissait si miraculeuse, les rages "Ltinuelles du petit Lauzun, le noir chagrin ou les tristes ennuis •v-ï daines de Saint-Germain;6 et peut-être que la plus enviée7 n'en *»t pas toujours exempte. C'est une plaisante chose que de l'entendre causer de tout cela. Ces discours nous mènent quelquefois bien >in, de moralité en moralité, tantôt chrétienne, et tantôt politique. Nous parlons très souvent de vous: elle aime votre esprit et vos amières; et quand vous vous retrouverez ici, ne craignez point, ma tonne, de n'être pas à la mode.

Mais écoutez la bonté du Eoi, et le plaisir de servir un si aimable maître.8 H a fait appeler le maréchal de Bellefonds dans son cabinet *î lui a dit: «Monsieur le maréchal, je veux savoir pourquoi vous me Teniez quitter. Est-ce dévotion? est-ce envie de vous retirer? est-ce 1 a< r-ablement de vos dettes? Si c'est le dernier, j'y veux donner ordre,

1 Prêt de; voyez page 37, note 4.

* Louis XIV, qni en voulait à la Hollande parce qu'elle s'était par la Triple aUianee (1668), opposée à ses projets ambitieux, trouva en effet V pim* avatUaaeux à $a gloire d'envahir ce pays avec des forces supérmres et de 1 évacuer aussitôt qu'il rot sérieusement attaqué.

* Plus tard M»« de Maintenon; v. page 149. * La cour.

* Bonne de Pons, parente du maréchal d'Albret, mariée au marquis fHtuàioourt, dame renommée par sa beauté et sa coquetterie. Louis XIV sembla quelque temps balancer entre elle et M"« de la Vallière.

* Voyes page 139, note 4.

7 La marquise de Montespan, fille du duc de Mortemart, qui fut, pendant 14 ans, la favorite de Louis XIV.

* «Et mmget au plaisir de servir" est une correction des éditeurs.

144 X°" DE 8ÉVI0NÉ (1626-1696).

et entrer dans le détail de vos affaires." Le maréchal fat sensiblement touché de cette bonté. „Sire, dit-iL, ce sont mes dettes: je suis abîmé; je ne puis voir souffrir quelques-uns de mes amis qui m'ont assisté, à qui je ne puis satisfaire. — Eh bien, dit le Roi, il faut assurer leur dette. Je vous donne cent mille francs de votre maison de Versailles et un brevet de retenue1 de quatre cent mille francs, qui servira d'assurance, si vous veniez à mourir. Vous payerez les arrérages avec les cent mille francs; cela étant, vous demeurerez à mon service. tt En vérité, il faudrait avoir le cœur bien dur pour ne pas obéir à un maître qui entre dans les intérêts d'un de ses domestiques2 avec tant de bonté: aussi le maréchal ne résista pas; et le voilà remis à sa place et surchargé d'obligations. Tout ce détail est vrai.

Page 1