IV. A MADAME DE MAISON-FOBT
D ne vous est pas mauvais de vous trouver dans des troubles 4 esprit; vous en serez plus humble, et vous sentirez par votre expérience que nous ne trouvons nulle ressource en nous, quelque esprit que nous ayons. Vous ne serez jamais contente, ma chère fille, que lorsque vous aimerez Dieu de tout votre cœur. Salomon vous a dit, il y a longtemps, qu'après avoir cherché, trouvé et goûté de tous les plaisirs, 0 confessait que tout n'est que vanité et affliction d'esprit, hors aimer Dieu et le servir. Que ne puis-je vous donner toute non expérience! que ne puis-je vous faire voir l'ennui qui dévore tes grands, et la peine qu'ils ont à remplir leurs journées 1 ne voyezvous pas que je meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait eu peine à imaginer, et qu'il n'y a que le secours de Dieu qui m'empêche d y succomber? J'ai été jeune et jolie, j'ai goûté des plaisirs, j'ai *té aimée partout; dans un âge un peu avancé, j'ai passé des années 4ans le commerce de l'esprit,8 je suis venue8 à la faveur: et je vous proteste, ma chère fille, que tous les états laissent un vide affreux,
1 Colbert (1619—1688), ministre et secrétaire d'État, contrôleurgénéral des finances.
3 Dans des relations qui avaient pour principal objet la culture et W» jousMoees de l'esprit.
1 On dirait aujourd'hui: parvenue.
152 Mme DE MADTTKNON (1685-1719).
une inquiétude, une lassitude, une envie de connaître autre chose, parce qu'en tout cela rien ne satisfait entièrement. On n'est en repos que lorsque Ton s'est donné à Dieu, mais avec cette volonté déterminée dont je tous parle quelquefois; alors on sent qu'il n'y a plus rien à chercher, qu'on est arrivé à ce qui seul est bon sur la terre; on a des chagrins, mais on a aussi une solide consolation, et. la paix au fond du cœur au milieu des plus grandes peines.