II. PÉRORAISON
Tirons donc, messieurs, tirons de notre douleur des motifs de pénï tence, et ne cherchons qu'en la piété de ce grand homme de vraie* et solides consolations. Citoyens, étrangers, ennemis, peuples, rois empereurs le plaignent et le révèrent; mais que peuvent-ils contribue] à son véritable bonheur?2 Son roi même, et quel roi! l'honore de ses regrets et de ses larmes, grande et précieuse marque de tendresse e1 d'estime pour un sujet, mais inutile pour un chrétien. Il vivra, je l'avoue, dans l'esprit et dans la mémoire des hommes; mais l'Écriture m'apprend que ce que l'homme pense, et l'homme lui-même n'est que vanité. Un magnifique tombeau renfermera ses tristes dépouilles ; niai* il sortira de ce superbe monument, non pour être loué de ses exploithéroïques, mais pour être jugé selon ses bonnes ou mauvaises œuvres. Ses cendres seront mêlées avec celles de tant de rois qui gouvernèrent ce royaume, qu'il a si généreusement3 défendu; mais après tout, que leur reste-t-il à ces rois non plus qu'à lui des applaudissements du
1 Aujourd'hui le verbe s'attendre ne se construit plus qu'avec la préposition à, devant un substantif aussi bien que devant un infinitif, mai* au 17« siècle, on disait souvent s'attendre de, suivi d'un infinitif.
On ne s'attendait guère
De voir Ulysse en cette affaire. (Là fontaine, Fabia, x, 8j Mes transports aujourd'hui s'attendaient d'éclater. (Racine, Bérénice m, V
2 Aujourd'hui on dirait plutôt: en quoi peuvent-ils contribuer . . . . mais les auteurs du siècle de Louis XIV aiment à employer contribua activement; c'est la construction latine.
Si j'ai contribué quelque chose à l'agrément de votre style ....
(M»« DE SftVXGNÉ.)
3 C'est-à-dire avec tant de grandeur d'âme, v. page 11, note 5.