‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 178 sur 514 · ACTE IV, SCÈNE m · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE m

BUBBHU8, NÉRON.

Bubssus. C'est à vous à choisir, vous êtes encor maître. Vertueux jusqu'ici, vous pouvez toujours l'être; Le chemin est tracé, rien ne vous retient plus; Vous n'avez qu'à marcher de vertus en vertus. Mais si de vos flatteurs vous suivez la maxime, Il vous faudra, Seigneur, courir de crime en crime, Soutenir vos rigueurs par d'autres cruautés, Et laver dans le sang vos bras ensanglantés. Britannicus mourant excitera le zèle De ses amis, tout prêts à prendre sa querelle. Ces vengeurs trouveront de nouveaux défenseurs, Qui, même après leur mort, auront des successeurs: Vous allumez un feu qui ne pourra s'éteindre. Craint de tout l'univers, il vous faudra tout craindre, Toujours punir, toujours trembler dans vos projets, Et pour vos ennemis compter tous vos sujets.

Ah! de vos premiers ans l'heureuse expérience Vous fait-elle, Seigneur, haïr votre innocence? Songez-vous au bonheur qui les a signalés? Dans quel repos, 6 ciel! les avez-vous coulés! Quel plaisir de penser et de dire en vous-même: ^Partout, en ce moment, on me bénit, on m'aime;

1 Dans ce moment Burrhus rentre en scène.

BRITJJÏN1CU8 (ACTE IV, SCÈNE IIl). 183

On ne roit point le peuple à mon nom s'alarmer; Le ciel dans tous leurs pleurs1 ne m'entend point nommer; Leur sombre inimitié ne fuit point mon visage; Je rois voler partout les cœurs à mon passage!" Tels étaient vos plaisirs. Quel changement, ô dieux! Le gang le plus abject vous était précieux. Cn jour, il m'en souvient, le sénat équitable Vous pressait de souscrire à la mort d'un coupable; Vous résistiez, Seigneur, à leur sévérité: Votre cœur s'accusait de trop de cruauté; Et plaignant les malheurs attachés à l'empire, ,Je voudrais, disies-vous, ne savoir pas écrire/1 Non, ou vous me croirez, ou bien de ce malheur M& mort m'épargnera la vue et la douleur. On ne me verra point survivre à votre gloire. Si tous allez commettre une action si noire, (il se jette à genoux) Me voilà prêt, Seigneur: avant que de partir, Faites percer ce cœur qui n'y peut consentir; Appelez les cruels qui vous l'ont inspirée; Qu'ils viennent essayer leur main mal assurée. Xu6 je vois que mes pleurs touchent mon empereur; Je Tois que sa vertu frémit de leur fureur. Ne perdes point de temps, nommez-moi les perfides Qui tous osent donner ces conseils parricides. Appelez votre frère, oubliez dans ses bras . . . XtzoN. Ah! que demandez-vous?

Burrhus. Non, il ne vous hait pas, Seigneur; on le trahit; je sais son innocence; Je roua réponds pour lui de son obéissance. J? cours. Je vais presser un entretien si doux.

Néron paraît s'attendrir. Peut-être renoncera-t-il aux idées de vengafioe qu'il nourrit contre son frère. Il renvoie Burrhus et lui ordonne fe l'attendre avec Bptannicus.

Alors naratt Narcisse. Lorsque Néron lui aToue qu'on le réconcilie "ee ton frère, le traître, avec un art infernal, sait réveiller dans le cœur fe Néron les mauvais sentiments que la voix de Burrhus a réprimés.

1 D y a ici svllepse du nombre, leurs ne s'accordant pas grammatica-

kaent avee peuple (ni plus bas avec sénat). Racine aime cette figure:

Entre le pauvre et vous, vous prendrez Dieu pour juge;

Tons souvenant, mon fils, que, caché sous ce lin,

Comme emœ vous ffetes pauvre et comme eux orphelin. (MMUê^tvrf)

* Animadrecsurus in latrines duos Burrhus, profectus taras, vir egre-

fl*, et tibi principi notas, exigebat a te ut scriberes, in quos et ex qua

'«*» taimadverti velles. Hoc sœpe delatum, ut aliqaando fieret instabat.

Isritns inrito cum chartam protuOsset, traderetque, exclamasti: „Vellem

**m titteras!" (Seneca, De dementia H, 1.) «Cette réponse, niaisement

Ptûanthropique, si elle eût été sincère, était, venant de Néron, qui ne

**wpuit pas d'esprit, une preuve d'hypocrisie. Ses précepteurs n'avaient

g*4a sy tromper, et Burrhus, qui la recueille pour ta colporter, et

«râjae qui ^ prône, étaient-ils dupes ou compères? Le doute est

PTOit, car il y a des temps où les gens de bien mômes ne manquent

}n de complaisance.* ozauzEz.

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