GIL BLÀ8 AU LECTEUR
Avant que d'entendre l'histoire de ma vie, écoute, ami lecteur, an conte que je vais te faire.
Deux écoliers1 allaient ensemble de Penafiel à Salamanque. Se sentant las et altérés, ils s'arrêtèrent au bord d'une fontaine qu'Us rencontrèrent sur leur chemin. Là, tandis qu'ils se délassaient après s'être désaltérés, ils aperçurent par hasard auprès d'eux, sur une pierre à fleur de terre, quelques mots déjà un peu effacés par le temps et par les pieds des troupeaux qu'on venait abreuver à cette fontaine. Ils jetèrent de l'eau sur la pierre pour la laver, et ils lurent ces paroles castillanes: A qui esta encerrada el aima del licenciado Pedro Garcia*. >Ici est enfermée l'âme du licencié Pierre Gardas, c
Le plus jeune des écoliers, qui était vif et étourdi, n'eut pas achevé de lire l'inscription, qu'il dit en riant de toute sa force: >Rien n'est plus plaisant 1 ici est enfermée l'âme .... Une âme enfermée! ... Je voudrais savoir quel original a pu faire une si ridicule épitaphe*. En achevant ces paroles, il se leva pour s'en aller. Son compagnon, plus judicieux, dit en lui-même: >U y a là-dessous quelque mystère; je veux demeurer ici pour l'éclaircir.« Celui-ci laissa donc partir l'autre; et, sans perdre de temps, se mit à creuser avec son couteau tout autour de la pierre. Il fit si bien qu'il l'enleva. Il trouva dessous une bourse de cuir qu'il ouvrit. Il y avait dedans cent ducats, avec une carte sur laquelle étaient écrites ces paroles en latin: Bois von héritier,
TOI QUI AS EU ASSEZ D'E8PRIT POUR DÉMÊLER LE SENS DE L'INSCRIPTION ET FAIS UN MEILLEUR USAGE QUE MOI DE MON ARGENT. — L'écolier, ravi
de cette découverte, remit la pierre comme elle était auparavant, et reprit le chemin de Salamanque avec l'âme du licencié.
Qui que tu sois, ami lecteur, tu vas ressembler à l'un ou à l'autre de ces deux écoliers. Si tu lis mes aventures sans prendre garde aux instructions morales qu'elles renferment, tu ne tireras aucun fruit de cet ouvrage; mais, si tu le lis avec attention, tu y trouveras, suivant e précepte d'Horace, l'utile mêlé avec l'agréable.
Quant au roman même, nous en reproduisons trois fragments: 1) Éducation et premières aventures de Gil Bios. 2) Gril Bios chez l'archevêque de Grenade. 3) Gil Bios au service du duc de Lerme, en qualité de secrétaire.
1. ÉDUCATION ET PREMIERES AVENTURES DE GIL BLAS (I- 1-2). Mon oncle, le chanoine Gil Pérez, me prit chez lui dès mon enfance, et se chargea de mon éducation. Je lui parus si éveillé qu'il résolut de cultiver mon esprit. H m'acheta un alphabet, et entreprit de m'apprendre lui-même à lire, ce qui ne lui fut pas moins utile qu'à moi; car en me faisant connaître mes lettres, il se remit à la lecture, qu'il avait toujours fort négligée; et, à force de s'y appliquer, il parvint à lire couramment son bréviaire, ce qu'il n'avait jamais fait auparavant. Il aurait encore bien voulu m'enseigner la langue latine, c'eût été autant d'argent épargné pour lui: mais, hélas! le pauvre Gil Pérez! il n'en avait de sa vie su les premiers principes; c'était peut-être (car je n'avance pas cela comme un fait certain) le chanoine du chapitre
1 Écolier est ici synonyme d'étudiant Encore de nos jours, on appelle en France École de droit, École de médecine les Facultés de droit et de .médecine; mais on n'appelle plus écolier qu'un élève d'une classe élémentaire.
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le plus ignorant. Aussi j'ai ouï dire qu'il n'avait point obtenu son bénéfice par son érudition.
U fat donc obligé de me mettre sous la férule d'un maître: il m'envoya chez le docteur Godinez, qui passait pour le plus habile pédant d'Oviédo. Je profitai si bien des instructions qu'on me donna, qu'au bout de cinq à six années j'entendis un peu les auteurs grecs, et assez bien les poètes latins. Je m'appliquai aussi à la logique, qui m'apprit à raisonner beaucoup. J'aimais tant la dispute, que j'arrêtais les passants, connus ou inconnus, pour leur proposer des arguments. Je m'adressais quelquefois à des figures hibernoises1 qui fie demandaient pas mieux, et il fallait alors nous voir disputer! Quels gestes! quelles grimaces! quelles contorsions! nos yeux étaient pleins de fureur, et nos bouches écumantes; on nous devait plutôt prendre pour des possédés que pour des philosophes.
Je m'acquis toutefois par là dans la ville la réputation de savant. Mon oncle en fut ravi, parce qu'il fit réflexion que je cesserais bientôt de loi être à charge. — »Or ça, Gil Blas, me dit-il un jour, le temps de ton enfance est passé. Tu as déjà dix-sept ans, et te voilà derenu habile garçon. Il faut songer à te pousser. Je suis d'avis 4e t envoyer à l'université de Salamanque; avec l'esprit que je te roU, tu ne manqueras pas de trouver un bon poste. Je te donnerai quelques ducats pour faire ton voyage, avec ma mule qui vaut bien dix a douze pis tôles; tu la vendras à Salamanque, et tu en emploieras l'argent à t'entretenir jusqu'à ce que tu sois placé, c
D ne pouvait rien me proposer qui me fût plus agréable; car je mourais d'envie de voir le pays. Cependant j'eus assez de force sur moi pour cacher ma joie; et lorsqu'il fallut partir, ne paraissant fusible qu'à la douleur de quitter un oncle à qui j'avais tant d'oblintions, j'attendris le bonhomme, qui me donna plus d'argent qu'il fie m'en aurait donné s'il eût pu lire au fond de mon âme. Avant mon départ, j'allai embrasser mon père et ma mère, qui ne m'épargnèrent pas les remontrances. Ils m'exhortèrent à prier Dieu pour mon 'jncle, à vivre en honnête homme, à ne me point engager dans de malaises affaires, et, sur toutes choses, à ne pas prendre le bien i'autruL Après qu'ils m'eurent très longtemps harangué, ils me firent présent de leur bénédiction, qui était le seul bien que j'attendais d'eux. Aussitôt je montai sur ma mule, et sortis de la ville.
Me voilà donc hors d'Oviédo, sur le chemin de Pegnaflor, au milieu 4e la campagne, maître de mes actions, d'une mauvaise mule et de quarante bons ducats. La première chose que je fis fut de laisser ma amie aller à discrétion, c'est-à-dire au petit pas. Je lui mis la bride "irlecou, et, tirant de ma poche mes ducats, je commençai à les compter 't recompter dans mon chapeau. Je n'étais pas maître de ma joie: je n'avais jamais vu tant d'argent; je ne pouvais me lasser de le regarder et de le manier. Je le comptais peut-être pour la vingtième fois, quand tout à coup ma mule, levant la tète et les oreilles, s'arrêta m milieu du grand chemin. Je jugeai que quelque chose l'effrayait:
1 VHtbemit est l'ancien nom de l'Irlande, Hibernois celui de ses habi- Uata. L'ardeur que les étudiants irlandais apportaient, au moyen âge, tas let dispute* scolastiques a donné à ce mot une teinte de ridicule.
je regardai ce que ce pouvait être. J'aperçus sur la terre un chapeau renversé, sur lequel il y avait un rosaire à gros grains, et en même tempsj'entendis unevoixlamentablequiprononça ces paroles: »Seigneur passant, ayez pitié, de grâce, d'un pauvre soldat estropié; jetez, s'il vous plaît, quelques pièces d'argent dans ce chapeau; vous en serez récompensé dans l'autre monde, c Je tournai aussitôt les yeux du côté que partait la voix. Je vis au pied d'un buisson, à vingt ou trente pas de moi, une espèce de soldat qui, sur deux bâtons croisés, appuyait le bout d'une escopette, qui me parut plus longue qu'une pique, et avec laquelle il me couchait en joue. A cette vue, qui me fit trembler pour le bien de l'Église, je m'arrêtai tout court: je serrai promptement mes ducats, je tirai quelques réaux, et m'approchant du chapeau disposé à recevoir la charité des fidèles effrayés, je les jetai dedans l'on après l'autre, pour montrer au soldat que j'en usais noblement. Il fut satisfait de ma générosité, et me donna autant de bénédictions que je donnai de coups de pieds dans les flancs de ma mule, pour m'éloigner promptement de lui: mais la maudite bête, trompant mon impatience, n'en alla pas plus vite; la longue habitude qu'elle avait de marcher pas à pas sous mon oncle lui avait fait perdre l'usage du galop. Je ne tirai pas de cette aventure un augure trop favorable pour mon voyage. Je me représentai que je n'étais pas encore à Salamanque, et que je pourrais bien faire une plus mauvaise rencontre. Mon oncle me parut très imprudent de ne m'avoir pas mis entre les mains d'un muletier. C'était sans doute ce qu'il aurait dû faire; mais il avait songé qu'en me donnant sa mule mon voyage me coûterait moins; et il avait plus pensé à cela qu'aux périls que je pouvais courir en chemin. Ainsi, pour réparer sa faute, je résolus, si j'avais le bonheur d'arriver à Pegnaflor, d'y vendre ma mule et de prendre la voie du muletier pour aller à Astorga, d'où je me rendrais à Salamanque par la même voiture.
J'arrivai heureusement à Pegnaflor; je m'arrêtai à la porte d'une hôtellerie d'assez bonne apparence. Je n'eus pas mis pied à terre, que l'hôte vint me recevoir fort civilement. H détacha lui-même ma valise, la chargea sur ses épaules, et me conduisit à une chambre, pendant qu'un de ses valets menait ma mule à l'écurie. Cet hôte, le plus grand babillard des Asturies, et aussi prompt à conter sans nécessité ses propres affaires que curieux de savoir celles d'autrui, m'apprit qu'il se nommait André Oorcuélo; qu'il avait servi longtemps dans les armées du roi en qualité de sergent, et que depuis quinze mois il avait quitté le service pour épouser une fille de Castropol. Il me dit encore une infinité d'autres choses, que je me serais fort bien passé d'entendre. Après cette confidence, se croyant en droit de tout exiger de moi, il me demanda d'où je venais, où j'allais, et qui j'étais. A quoi il me fallut répondre article par article, parce qu'il accompagnait d'une profonde révérence chaque question qu'il me faisait, en me priant d'un air si respectueux d'excuser sa curiosité, que je ne pouvais me défendre de la satisfaire. Cela m'engagea dans un long entretien avec lui, et me donna lieu de parler du dessein et des raisons que j'avais de me défaire de ma mule, pour prendre la voie du muletier. Ce qu'il approuva fort, non succinctement, car il me représenta là-dessus tous les accidents fâcheux qui pouvaient m' arriver sur la route. Il me rapporta même plusieurs histoires sinistres de voyageurs. Je croyais qu'il ne
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finirait point. H finit pourtant, en disant que, si je voulais vendre ma mule, il connaissait un honnête maquignon qui rachèterait. Je ioi témoignai qu'il me ferait plaisir de l'envoyer chercher: il y alla for-le-champ lui-môme avec empressement
Il revint bientôt accompagné de son homme, qu'il me présenta, et dont il loua fort la probité. Nous entrâmes tous trois dans la cour où Ton amena ma mule. On la fit passer et repasser devant le maquignon, qui se mit à l'examiner depuis les pieds jusqu'à la tète. 11 ne manqua pas d'en dire beaucoup de mal. J'avoue qu'on n'en pouvait dire beaucoup de bien: mais quand c'aurait été la mule du pape,1 il y aurait trouvé à redire. H assurait donc qu'elle avait tous les défauts du monde; et, pour mieux me le persuader, il en attestait l'hâte, qui sans doute, avait ses raisons pour en convenir. >Eh bien! me dît froidement le maquignon, combien prétendez-vous vendre ce vilain animal-là ?« Après l'éloge qu'il en avait fait, et l'attestation du seigneur Corcuélo, que je croyais homme sincère et bon connaisseur, f aurais donné ma mule pour rien: c'est pourquoi je dis au marchand qae je m'en rapportais à sa bonne foi; qu'il n'avait qu'à priser la tète en conscience, et que je m'en tiendrais à la prisée. Alors, faisant l'homme d'honneur, il me répondit qu'en intéressant sa conscience je le prenais par son faible. Ce n'était pas effectivement par son fort; ur, au lieu de faire monter l'estimation à dix ou douze pistoles, comme mon oncle, il n'eut pas honte de la fixer à trois ducats, que jf reçus avec autant de joie que si j'eusse gagné à ce marché-là.
Après m'ètre si avantageusement défait de la mule, l'hôte me nena chez un muletier qui devait partir le lendemain pour Astorga. Ce muletier me dit qu'il partirait avant le jour, et qu'il aurait soin r> me venir réveiller. Nous convînmes du prix, tant pour le louage d'une mule, que pour ma nourriture; et quand tout Ait réglé entre -ons, je m'en retournai vers l'hôtellerie avec Corcuélo, qui, chemin disant, se mit à me raconter l'histoire de ce muletier. Il m'apprit 'eut ce qu'on en disait dans la ville. Enfin il allait de nouveau l'étourdir de son babil importun, si, par bonheur, un homme assez tan fait ne fût venu l'interrompre, en l'abordant avec beaucoup de Milité. Je les laissai ensemble et continuai mon chemin, sans -iupçonner que j'eusse la moindre part à leur entretien.
Je demandai à souper, dès que je fus dans l'hôtellerie. C'était un ;oor maigre.9 On m'accommoda des œufs. Pendant qu'on me les apprè- •A je liai conversation avec l'hôtesse, que je n'avais point encore vue. Lorsque l'omelette qu'on me faisait fut en état de m'ètre servie, t m'assis tout seul à une table. Je n'avais pas encore mangé le ï ramier morceau, que l'hôte entra, suivi de l'homme qui l'avait arrêté •ans la rue. Ce cavalier portait une longue rapière3 et pouvait bien "oir trente ans. Il s'approcha de moi d'un air empressé. » Seigneur * -olier, me ditril, je viens d'apprendre que vous êtes le seigneur Gil jjlfc* deSantillane, l'ornement d'Oviédo et le flambeau de la philosophie. K-t-fl bien possible que vous soyez ce savantissime, ce bel esprit dont
1 Jeu de mots. Autrefois mule (du latin muUeus) se disait pour pantoufle, "* on dit encore aujourd'hui la mule du pape pour la pantoufle du pape.
2 C'est-à-dire: un jour où il est défendu aux catholiques de manger h la viande. 8 Vieille et longue épée.
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la réputation est si grande en ce pays-ci? Vous ne savez pas, continua-t-il en s'adressant à l'hôte et à l'hôtesse, tous ne savez pas ce que tous possédez: tous avez un trésor dans votre maison. Vous voyez dans ce jeune gentilhomme la huitième merveille du monde. « Puis, se tournant de mon côté, et me jetant les bras au cou: «Excusez mes transports, ajouta-t-il, je ne suis point maître de la joie que votre présence me cause, c
Je ne pus lui répondre sur-le-champ, parce qu'il me tenait si serré que je n'avais pas la respiration libre : et ce ne fut qu'après que j'eus la tète dégagée de l'embrassade, que je lui dis: »Seigneur cavalier, je ne croyais pas mon nom connu à Pegnaflor. — Comment, connu? reprit-il sur le môme ton: nous tenons registre de tous les grands personnages qui sont à vingt lieur s à la ronde. Vous passez ici pour un prodige, et je ne doute pas que l'Espagne ne se trouve un jour aussi vaine de vous avoir produit, que la Grèce d'avoir vu naître ses sept sages, c Ces paroles furent suivies d'une nouvelle accolade qu'il me fallut encore essuyer, au hasard1 d'avoir le sort d'Antée.* Pour peu que j'eusse eu d'expérience, je n'aurais pas été la dupe de ses démonstrations, ni de ses hyperboles; j'aurais bien connu à ses flatteries outrées que c'était un de ces parasites que Ton trouve dans toutes les villes, et qui, dès qu'un étranger arrive, s'introduisent auprès de lui pour remplir leur ventre à ses dépens; mais ma jeunesse et ma vanité m'en firent juger tout autrement. Mon admirateur me parut un fort honnête homme, et je l'invitai à souper avec moi. »Ah! très volontiers, s'écria-t-il ; je sais trop bon gré à mon étoile de m'avoir fait rencontrer l'illustre Gil Blas de Santillane, pour ne pas jouir de ma bonne fortune le plus longtemps que je pourrai. Je n'ai pas grand appétit, poursuivit-il; je vais me mettre à table pour vous tenir compagnie seulement, et je mangerai quelques morceaux par complaisance, c
En parlant ainsi, mon panégyriste s'assit vis-à-vis de moi. On lui apporta un couvert. Il se jeta d'abord sur l'omelette avec tant d'avidité, qu'il semblait n'avoir mangé de trois jours. A l'air complaisant dont il s'y prenait, je vis bien qu'elle serait bientôt expédiée. J'en ordonnai une seconde, qui fut faite si promptement, qu'on nous la servit comme nous achevions, ou plutôt comme il achevait de manger la première. 11 y procédait pourtant d'une vitesse toujours égale, et trouvait moyen, sans perdre un coup de dent, de me donner louanges sur louanges, ce qui me rendait fort content de ma petite personne. Il buvait aussi fort souvent; tantôt c'était à ma santé, et tantôt à celle de mon père et de ma mère, dont il ne pouvait assez vanter le bonheur d'avoir un fils tel que moi. En même temps il versait du vin dans mon verre et m'excitait à lui faire raison. Je ne répondais point mal aux santés qu'il me portait; ce qui, avec ses flatteries, me mit insensiblement de si belle humeur, que, voyant notre seconde omelette à moitié mangée, je demandai à l'hôte s'il n'avait pas de poisson à nous donner. Le seigneur Corcuélo, qui, selon toutes les apparences, s'entendait avec le parasite, me répondit: »J'ai une truite excellente, mais elle coûtera cher à ceux qui la mangeront: c'est un
1 Maintenant on dirait: au risque.
2 Artiée (Àntœus), nom du géant étouffé par Hercule.
on. blas (lttbe i). 27$
morceau trop friand pour vous. — Qu'appelez-vous trop friand? dit alors mon flatteur d'un ton de voix élevé; vous n'y pensez pas, mon ami Apprenez que vous n'avez rien de trop bon pour le seigneur Oil Blas de Santillane, qui mérite d'être traité comme un prince, c Je fus bien aise qu'il eût relevé les dernières paroles de l'hôte, *t il ne fit en cela que me prévenir. Je m'en sentais offensé, et je lis fièrement à Corcuélo: » Apportez-nous votre truite, et ne vous embarrassez pas du reste. « L'hôte, qui ne demandait pas mieux, se mit à l'apprêter, et ne tarda guère à nous la servir. A la vue de ce nouveau plat, je vis briller une grande joie dans les yeux du parasite, qui fit paraître une nouvelle complaisance; c'est-à-dire qu'il donna sur le poisson comme il avait donné sur les œufs. Il fût pourtant obligé 4e se rendre de peur d'accident; car il en avait jusqu'à la gorge. Enfin, après avoir bu et mangé tout son soûl, il voulut finir la comédie. «Seigneur Gil Blas, me dit-il en se levant de table, je suis trop routent de la bonne chère que vous m'avez faite, pour vous quitter **ns vous donner un avis important, dont vous me paraissez avoir besoin. Soyez désormais en garde contre les louanges, défiez-vous des gens que vous ne connaîtrez point. Vous en pourrez rencontrer d'autres qui voudront, comme moi, se divertir de votre crédulité, et peut-être pousser les choses encore plus loin. N'en soyez point la dupe, et ne vous croyez point, sur leur parole, la huitième merveille <hi monde. « En achevant ces mots, il me rit au nez et s'en alla.
Cette mésaventure inaugure dignement la vie aventureuse du seigneur Gil Blas de Santillane. À peu de distance d'Àstorga, notre héros tombe dans les mains de voleurs de grands chemins. Cette bande avait pour refuge ni de ces vastes souterrains où, après la conquête de l'Espagne par les Maures, les chrétiens se cachaient pour se soustraire au joug des musulman*. Après avoir forcément passé quelque temps avec les voleurs, Gil Blas réussit à prendre la fuite et à sauver une dame de haute naissance qu'ils avaient prise dans une de leurs expéditions. La dame, dont le mari mit été tué par les voleurs, se retire dans un couvent de Burgos, non ^ans avoir généreusement récompensé son libérateur. Voilà donc notre béros enrichi subitement et bien décidé cette fois à ne plus se laisser prendre pour dupe. Mais il se fait une singulière illusion en croyant une sa prudence le mettra désormais à l'abri des entreprises des fripons. ( eox qu'il rencontre cette fois, et qu'il a lui-même attirés, en étalant sottement ses richesses à l'hôtel, sont de la plus fine espèce. Us sont au rwmbre de trois : le premier, jeune homme à la mine doucereuse et innocente, affectant des habitudes très pieuses, se fait engager au service de 03 Blas qui, en sa nouvelle qualité d'homme riche et comme il faut, i besoin d'un domestique. Les deux autres, se donnant pour des personnes k qualité et pour parents de la bienfaitrice de Gil Blas, savent gagner li confiance du jeune étourdi par des flatteries et des cajoleries de toute «péce. Un beau matin, Gil Blas s'éveille complètement dévalisé, faisant U découverte qu'il se trouve dans un hôtel garni et non pas dans la mai- *m de ses nouvelles connaissances, dont il croyait recevoir l'hospitalité. «Sorti de l'hôtel sans avoir besoin de personne pour porter ses hardes, le futur étudiant de Salamanque ne sait comment continuer son voyage, tans argent, sans ressources, il est sur le point de s'abandonner au iéseapoir. lorsqu'il rencontre un de ses anciens camarades d'école, Fabrice, 3» d'un barbier d'Oviédo, et on condition dans la ville. Celui-ci lui [«rsuade de renoncer à son projet d'aller à Salamanque et de se faire '«âme loi domestique à ValladoUd.
C Plota, Manuel de Littérature française. 10« éd. 18
C'est ainsi que commence la longue période de la domesticité de notre héros. U sert successivement un chanoine, un médecin, le fameux docteur Sangrado, qui guérit toutes les maladies par des saignées et de l'eau chaude, et finit par initier Gil Blas à ce secret fort simple de son art; il sert des gentilshommes, des comédiens, etc. Ces conditions fournissent à l'auteur autant d'occasions de titras tracer des tableaux de mœurs très variés, mais d'une vérité quelquefois peu édifiante. A cela se mêlent des aventures dangereuses qui peignent bien le peu de sûreté qui régnait alors en Espagne, où Ton ne faisait guère le plus petit voyage sans une bonne escorte. Dans une de ses aventures, Gil Blas a le bonheur de rendre un service signalé à la famille d'un riche seigneur. C'est par un membre de cette famille, don Fernand de Leyva, qu'il est recommandé à l'archevêque de Grenade, chez qui nous le trouvons dans le second fragment du roman que nous reproduisons. Le prélat avait exprimé le désir de prendre à son service un homme qui eût de la littérature et une belle main, pour mettre au net les homélies qu'il prononçait dans la cathédrale de Grenade. Ne voulant pas faire imprimer ses sermons, il désirait en posséder une copie écrite avec soin et correctement.
n. GIL BLAS CHEZ L'ARCHEVÊQUE DE GRENADE.
(Livra Vn, chapitre 8 ©t 4.)
Le jour suivant l'archevêque me fit appeler de bon matin. C'était pour me donner une homélie à transcrire; mais il me recommanda de la copier avec toute l'exactitude possible. Je n'y manquai pas; je n'oubliai ni accent, ni point, ni virgule. Aussi la joie qu'il en témoigna fut mêlée de surprise. »Père éternel! s'écria-tril avec transport, lorsqu'il eut parcouru des yeux tous les feuillets de ma copie, vit-on jamais rien de plus correct? Vous êtes trop bon copiste pour n'être pas grammairien. Parlez-moi confidemment, mon ami. N'avezvoue rien trouvé en écrivant qui vou6 ait choqué? Quelque négligence dans le style, ou quelque terme impropre? Cela peut fort bien m'être échappé dans le feu de la composition. — Oh! monseigneur, lui répondisse d'un air modeste, je ne suis point assez éclairé pour faire des observations critiques; et quand je le serais, je suis persuadé que les ouvrages de votre Grandeur braveraient ma censure. « Le prélat sourit de ma réponse. Il ne répliqua point; mais il me laissa voir, au travers de toute sa piété, qu'il n'était pas auteur impunément.
J'achevai de gagner ses bonnes grâces par cette flatterie. Je lui devins plus cher de jour en jour, et j'appris enfin de don Fernand, qui le venait voir très souvent, que j'en étais aimé de manière que je pouvais compter ma fortune faite. Cela me fut confirmé peu de temps après par mon maître même, et voici à quelle occasion. Un soir il répéta devant moi avec enthousiasme, dans son cabinet, une homélie qu'il devait prononcer le lendemain dans la cathédrale. Il ne se contenta pas de me demander ce que j'en pensais en général, il m'obligea de lui dire les endroits qui m'avaient le plus frappé. J'eus le bonheur de lui citer ceux qu'il estimait davantage, ses morceaux favoris. Par là je passai dans son esprit pour un homme qui avait une connaissance délicate des vraies beautés d'un ouvrage. » Voilà, s'écria-t-il, ce qu'on appelle avoir du goût et du sentiment! Va, mon ami, tu n'as pas, je t'assure, l'oreille béotienne.* En un mot, il fut
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si content de moi, qu'il me dit avec vivacité: „Sois, Gil Blas, sois désonnais sans inquiétude sur ton sort; je me charge de t'en faire un des pins agréables. Je t'aime ; et pour te le prouver, jeté fais mon confident. **
Je n'eus pas sitôt entendu ces paroles, que je tombai aux pieds de sa Grandeur, tout pénétré de reconnaissance. J'embrassai de bon cœur ses jambes cagneuses, et je me regardai comme un homme qui était en train de s'enrichir. „Oui, mon enfant, reprit l'archevêque, dont mon action avait interrompu le discours, je veux te rendre dépositaire de mes plus secrètes pensées. Écoute avec attention ce que je vais te dire. Je me plais à prêcher. Le Seigneur bénit mes homélies; elles touchent les pécheurs, les font rentrer en eux-mêmes et recourir à la pénitence. J'ai la satisfaction de voir un avare, effrayé des images que je présente à sa cupidité, ouvrir ses trésors et les répandre d'une prodigue main, d'arracher un voluptueux aux plaisirs et de remplir d'ambitieux les ermitages. Ces conversions, qui sont fréquentes, devraient toutes seules m'exciter au travail. Néanmoins, je t'avouerai ma faiblesse; je me propose encore un autre prix, un prix que la délicatesse de ma vertu me reproche inutilement: c'est l'estime que le monde a pour des écrits fins et limés. L'honneur de passer pour un parfait orateur a des charmes pour moi. On trouve mes ouvrages également forts et délicats; mais je voudrais bien éviter le défaut des bons auteurs qui écrivent trop longtemps, et me sauver avec toute ma réputation.**
«Ainsi, mon cher Gil Blas, continua le prélat, j'exige une chose de ton zèle: quand tu t'apercevras que ma plume sentira la vieillesse, lorsque tu me verras baisser, ne manque pas de m'en avertir. Je ne me fie point à moi là-dessus. Mon amour-propre pourrait me séduire. Cette remarque demande un esprit désintéressé. Je fais choix du tien, que je connais bon. Je m'en rapporterai à ton jugement. — Grâce an ciel, lui dis-je, monseigneur, vous êtes encore fort éloigné de ce temps-là. De plus, un esprit de la trempe de celui de votre Grandeur se conservera beaucoup mieux qu'un autre, ou, pour parler plus juste, tous serez toujours le même. Je vous regarde comme un autre cardinal Ximénès, dont le génie supérieur, au lieu de s'affaiblir par les années, semblait en recevoir de nouvelles forces. — Point de flatterie, interrompit-il, mon ami! Je sais que je puis tomber tout d'un coup. A mon âge, on commence à sentir les infirmités, et les infirmités du corps altèrent l'esprit. Je te le répète, Gil Blas, dès que tu jugeras que ma tête s'affaiblira, donne-m'en aussitôt avis. Ne crains pas d'être franc et sincère; je recevrai cet avertissement comme une marque <f affection pour moi. D'ailleurs, il y va de ton intérêt: si par malheur pour toi il me revenait qu'on dît dans la ville que mes discours n'ont plus leur force ordinaire, et que je devrais me reposer, je te le déclare tout net, tu perdrais avec mon amitié la fortune que je t'ai promise. Tel serait le fruit de ta sotte discrétion.**
Le patron cessa de parler en cet endroit pour entendre ma réponse, qui fut une promesse de faire ce qu'il souhaitait. Depuis ce momentslà il n'eut plus rien de caché pour moi: je devins son favori. Tous tes domestiques.1 excepté Melchior de la Bonda, ne s'en aperçurent pas «as envie. C'était une chose à voir que la manière dont les gentils-
1 Voyex page 144, note 2.
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honuhes et les écuyers vivaient alors avec le confident de monseigneur. Ils n'avaient pas honte de faire des bassesses pour captiver ma bienveillance; je ne pouvais croire qu'ils fussent Espagnols. Je ne laissai pas de leur rendre service, sans être la dupe de leurs politesses intéressées. Monsieur l'archevêque, à ma prière, s'employa pour eux. Il fit donner à l'un une compagnie, et le mit en état de faire figure dans les troupes. Il en envoya un autre au Mexique remplir un emploi considérable qu'il lui fit avoir, et j'obtins pour mon ami Melchior une bonne gratification. J'éprouvai par là que, si le prélat ne prévenait pas, du moins il refusait rarement ce qu'on lui demandait.
Tandis que je rendais ainsi service aux uns et aux autres, don Fernand de Leyva se disposait à quitter Grenade. J'allai voir ce seigneur avant son départ, pour le remercier de nouveau de l'excellent poste qu'il m'avait procuré.
Deux mois après que ce cavalier fut parti, dans le temps de ma plus grande faveur, nous eûmes une chaude alarme au palais épiscopal: l'archevêque tomba en apoplexie. On le secourut si promptement, et on lui donna de si bons remèdes, que quelques jours après, il n'y paraissait plus, mais son esprit en reçut une rude atteinte. Je le remarquai bien dès la première homélie qu'il composa. Je ne trouvai pas toutefois la différence qu'il y avait de celle-là aux autres assez sensible pour conclure que l'orateur commençait à baisser. J'attendis encore une homélie pour mieux savoir à quoi m'en tenir. Oh! pour celle-là, elle fut décisive. Tantôt le bon prélat se rebattait,1 tantôt il s'élevait trop haut ou descendait trop bas. C'était un discours diffus, une rhétorique de régent' usé, une capucinade.
Je ne fus pas le seul qui y prit garde. La plupart des auditeurs, comme s'ils eussent été aussi gagés pour l'examiner, se disaient tout bas les uns aux autres: Voilà un sermon qui sent l'apoplexie. — - Allons, monsieur l'arbitre des homélies, me dis-je alors à moimême, préparez-vous à faire votre office. Vous voyez que monseigneur tombe; vous devez l'en avertir, non -seulement comme dépositaire de ses pensées, mais encore de peur que quelqu'un de ses amis ne fût3 assez franc pour vous prévenir. En ce cas-là, vous savez ce qu'il en arriverait; vous seriez biffé de son testament.
Après ces réflexions j'en faisais d'autres toutes contraires: l'avertissement dont il s'agissait me paraissait délicat à donner. Je jugeais qu'un auteur entêté de ses ouvrages pourrait le recevoir mal : mais, rejetant cette pensée, je me représentais qu'il était impossible qu'il le prît en mauvaise part, après l'avoir exigé de moi d'une manière si pressante. Ajoutons à cela que je comptais bien de4 lui parler avec adresse, et de lui faire avaler la pilule tout doucement. Enfin, trouvant que je risquais davantage à garder le silence qu'à le rompre, je me déterminai à parler.
Je n'étais plus embarrassé que d'une chose; je ne savais de quelle façon entamer la parole. Heureusement l'orateur lui-même me tira de
1 C'est-à-dire: se répétait inutilement. * Régent de collège, maître.
8 Remarquez le subjonctif fût; d'après le temps du verbe régissant on s'attendrait au présent du subjonctif soit. Gil Blas se représente son silence calculé comme simultané à la franchise des autres. De là l'imparfait
* Aujourd'hui le verbe compter est suivi de l'infinitif sans préposition.
GIL BLÀS (LIVRE Vil). 277
cet embarras, en me demandant ce qu'on disait de lui dans le monde, et si Ton était satisfait de son dernier discours. Je répondis qu'on admirait toujours ses homélies; mais qu'il me semblait que la dernière n'avait pas si bien que les autres affecté l'auditoire. »Comment donc, mon ami, répliqua-t-il avec étonnement, aurait-elle trouvé quelque Aristarque!1 — Non, monseigneur, lui repartis-je, non. Ce ne sont pas des ouvrages tels que les vôtres, que Ton ose critiquer: il n'y a personne qui n'en soit charmé. Néanmoins, puisque vous m'avez recommandé d'être franc et sincère, je prendrai la liberté de vous dire que votre dernier discours ne me parait pas tout à fait de la force des précédents. Ne pensez-vous pas cela comme moi?«
Ces paroles firent pâlir mon maître, qui me dit avec un souris3 forcé: Monsieur Gil Blas, cette pièce n'est donc pas de votre goût?
— Je ne dis pas cela, monseigneur, interrompis-je, tout déconcerté. Je la trouve excellente, quoiqu'un peu au-dessousdevosautresouvrages.
— Je vous entends, répliqua-t-il; je vous parais baisser, n'est-ce pas? Tranchez le mot. Vous croyez qu'il est temps que je songe à la retraite? — Je n'aurais pas été assez hardi, lui dis-je, pour vous parler si librement, si votre Grandeur ne me l'eût ordonné. Je ne fais donc qoe lui obéir, et je la supplie très humblement de ne me point savoir mauvais gré de ma hardiesse. —A Dieu ne plaise, interrompit-il avec précipitation, à Dieu ne plaise que je vous la reproche. Il faudrait que je fusse bien injuste. Je ne trouve point du tout mauvais que vous me disiez votre sentiment. C'est votre sentiment seul que je trouve mauvais. J'ai été furieusement la dupe de votre intelligence bornée. « —
Quoique démonté, je voulus chercher quelque modification pour rajuster les choses; mais le moyen d'apaiser un auteur irrité, et de phœ un auteur accoutumé à s'entendre louer! »N'en parlons plus, «fit-il, mon enfant. Vous êtes encore trop jeune pour démêler le vrai du faux. Apprenez que je n'ai jamais composé de meilleure homélie que celle qui a le malheur de n'avoir pas votre approbation. Mon esprit, grâce au ciel, n'a rien encore perdu de sa vigueur. Désormais je choisirai mieux mes confidents; j'en veux de plus capables que vous de décider. Allez, poursuivit-il, en me poussant par les épaules hors de son cabinet, allez dire à mon trésorier qu'il vous compte cent ducats, et qoe le ciel vous conduise avec cette somme! Adieu, monsieur Gil Blas, je vous souhaite toutes sortes de prospérités avec un peu plus de goût.«
Après avoir ainsi perdu, avec un poste avantageux, l'espérance d'un mnir assuré, Gil Blas recommence sa vie aventureuse. Un danger sénen, qui le menace à Grenade, le décide à sortir de cette ville et à aller i Tolède. De là il passe à Madrid pour tâcher de faire fortune à la cour. En attendant, il s'installe dans un hôtel garni, mange ses épargnes et se tari tous les jours à l'heure des audiences, au palais du roi, dont les anti- 'bmbres étaient ouvertes à tout le monde. II y retrouve son ami Fabrice, loi s'est fait poète et qui, selon la coutume du temps, est le pensionnaire H le commensal, c'est-à-dire le domestique homme de lettres de quelques grands seigneurs. C'est par l'entremise de Fabrice que Gil Blas trouve un ï**te d'intendant dans la maison d'un seigneur sicilien, demeurant à Madrid. L* zèle qu'il déploie pour le service de son patron volé par des dômes-
1 Critique célèbre qui florissait du temps de Ptolémée Philadelphe. s ESa prose moderne on dirait plutôt un sourire forcé.
tiques fripons est très mal récompensé. G-il Blas, tombé dangereusement malade, est abandonné par son maître, qui retourne en Sicile, après avoir fait déposer le malade dans un hôtel» où une garde-malade infidèle, un médecin et un pharmacien avides ont soin de le dépouiller du fruit de ses économies. Mais bientôt la fortune le dédommage de cette disgrâce. H est présenté au premier ministre, le duc de Lerme, qui l'admet au nombre de ses secrétaires.