‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 24 sur 514 · FROISSAIT · texte numérisé non relu

FROISSAIT

Jean Froissart (1337 — 1410), le plus célèbre des chroniqueurs, est le principal représentant de la prose française du 14* siècle. Il a aussi composé de nombreuses poésies, mais il est surtout connu par sa Chronique de France, d Angleterre, (F Ecosse et d'Espagne, qui est un tableau presque universel de ce qui s'est passé en Europe depuis 1322 jusqu'à la fin du 14e siècle. Tandis que Villehardouin et Joinville sont de grands personnages qui dictent des mémoires sur les événements où ils ont joué un rôle marquant, Feoissabt est un simple prêtre et un chroniqueur de profession qui écrit les exploits des autres. Ce fut pendant un perpétuel voyage que Froissart rassembla tous les matériaux de son œuvre. Il fit un séjour de cinq ans en Angleterre, où il fut, en 1362, clerc de Philippa de Hainaut, femme d'Edouard III, visita l'Ecosse, s'attacha ensuite au prince de Galles (le Prince Noir) et au duc de Glarence, accompagna le premier en France et en Espagne, le second en Italie, parcourut toutes les parties de la France et fut souvent à Paris. Il se fixa quelque temps auprès du duc de Brabant, fut ensuite clerc du comte de Blois et devint enfin chanoine à Chimay, dans le Hainaut. Partout il interrogeait avec une avide curiosité ses compagnons de route ou ses nobles hôtes, et écrivait, quelquefois sous la forme de la conversation, les histoires telles qu'on les lui racontait. Destiné à l'état ecclésiastique, il avait dû, dans sa jeunesse, apprendre le latin,1 et il possédait quelque culture littéraire. Il a un admirable talent de narration, mais il ne connaît ni critique, ni distribution systématique.

Voici comment Froissart raconte de quelle manière le vieux roi aveugle de Bohème, Jean de Luxembourg, s'y prit pour combattre à la bataille de Crécy (1346):

Li vaillant et gentil roy de Behaigne, qui s'appelait messire Jean de Lucembourc, entendit par ses gens que la bataille estoit commencée; car quoiqu'il fttst la armé et en grand arroi, si ne véoit-il goûte et estoit aveugle. Lors demanda- t-il après le roy d'Alemaigne son fils et dist: „Ou est messire Charles,2 mon filz?u Cils respondirent: ^Monseigneur, nous ne gçavons; nous créons bien qu'il soit d'autre part et qu'il se combatte.41 Adonc dist li roy a ses gens une grand' vaillance: ^Seigneurs, vous estes mes hommes, mes amis et mes compaignons ; a la journée d'hui je vous prie et resquiers très especialement que vous me mené si avant que je puisse ferir un cop d'espee.44 Et cils qui de lez8 luy estoient, et qui son honneur et leur avancement amoient, li accordèrent: si que, pour eux acquitter et qu'ils ne le perdesissent en la presse, ils se lièrent par les freins de leurs chevaux tous ensemble et mirent li roy leur seigneur tout devant pour mieutz accomplir son desirier, et ainsi s'en alerent sus leurs ennemis.

1 Car on me fist latin apprendre

Et si je varioie au rendre

Mes liçons, j'estoie batus. (Poésies de Froissart.) 1 Charles IV (1346—1378). » Uz de lotus = prît de.

LTTTÉBATURE DU MOYEN AGE, COMBINES. XXXI

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