COMMINES
Le 15* siècle nous montre le premier véritable historien qui ait écrit ai français. C'est Philippe de Oommines, seigneur d'Argenton [1445—1509). Ses Mémoires, cependant, n'ont été publiés qu'en 1524. Ce n'est plus, comme Froissart, le chroniqueur complaisant qui fait payer innocemment à la vérité les frais de l'hospitalité des princes qm l'hébergent; c'est un homme d'État qui juge les choses et les bommes. Les Mémoires de Oommines sont en même temps l'histoire de sa rie, de ses débuts contre la France, à la cour de Philippe le Bon, foe de Bourgogne, puis de sa désertion en 1472, quand il abandonne Charles le Téméraire et passe au service du roi Louis XI .1461—1488), dont il devient le confident et le conseiller. Les Mémoire* racontent ses services publics et secrets, ses disgrâces sous Charles Vm (1483 — 1498), son emprisonnement à Loches dans une & ces cages de fer imaginées par Louis XI, sa rentrée en grâce, la part qu'il prit aux guerres d'Italie et ses dernières années sous le rigne de Louis XH (1498—1515). Dans ces mémoires, Oommines se nontre politique plein de sagacité, observateur d'un jugement droit et sain, quoique pas toujours exempt d'erreur, narrateur vrai et précis. Son ouvrage offre une transition curieuse à étudier entre la langue du ooyen âge et la langue française du 16* siècle. Voici comment Cornâmes s'exprime en parlant du séjour de Louis XI au château de
Le dict Seigneur, vers la fin de ses jours feit clorre, tout à l'en- 'torT sa maison du Plessis lez1 Tours de gros barreaulx de fer, en forme t* crosses grilles, et aux quatre coingB de sa maison quatre moyneaulx2 > fer. bons, grans et espais. Les dictes grilles estoient contre le mur fc costé de la place, de l'autre part du fossé, et y fist mettre plusieurs vrbches de fer, massonnees au dedans du mur, qui avoient chascune trois y quatre poinctes, et les fist mettre fort près Tune de l'autre. Et davantage ordonna dix arbaJestriers dedans les. dicte fossez, pour tirer j «m qui en approucheroient, avant que la porte fust ouverte et entendoit li'Di couchassent audicts fossez et se retirassent audicts moyneaulx de '*• La porte du Plessis ne s'ouvroit qu'il ne fust huict heures du matin *j ne baissoit le pont jusques a la dicte heure et lors y entroient les Sjcts: et les capitaines des gardes mettaient les portiers ordinaires, et ?:is ordonnoient leur guet d'archiers, tant à la porte que parmi la court, rçmme en une place de frontière estroictement gardée : et n'y entroit que ;« ]« guichet, et que ce ne fust du sceu du Roi, nul excepté quelque aaâtre d'hostel, et gens de ceste sorte qui n'alloient point devers luy. kt-il doncques possible de tenir ung Roi pour le garder plus honnestement et ni estroite prison que lui-mesme se tenoit? Les cages ou il avoit ton les aultres avoient quelques huict piez en quarré, et luy qui estoit *î grand Roi. avoit un* petite cour de chasteau a se pourmener, encores 3 J venoit-il gueres, mais se tenoit en la galerie, sans partir de la sinon par les chambres, et alloit à la messe, sans passer par la dicte cour, "«ldrait l'on dire que ce Roi ne souffrist pas aussi bien que les aultres? rçi ainsi s'enfermoit, qui se faisoit garder, qui estoit ainsi en paour de -* enfante et de tous ses prochains parens et qui changeoit et muoit de /4r en jour ses serviteurs qu'il avait nourris, et qui ne tenoient bien *j honneur que de luy. tellement qu'en nul d'eux ne s'osoit fier, et '^ebainoit ainsi de si estranges chaînes et clostures?
1 La, voyez page XXX, note 3 et 524, note 3.
1 Moineau (moyneau) est encore aujourd'hui un terme de fortification '."« toigne une espèce de bastion.