‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 26 sur 514 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

3. RENAISSANCE. XVI* SIÈCLE.1 Le nom de Renaissance, abrégé de Renaissance des arts et de* lettres, a été donné à la seconde moitié du 15e siècle et à la première moitié du 16e, parco que les savants et les artistes byzantins qui. après la prise de Constantinople par les Turcs en 1453, émigrèrent en Italie, firent pour ainsi dire renaître en Occident la connaissance des arts et des lettres de l'antiquité, surtout l'étude de la langue et de la littérature grecques. Il ne faut pourtant pas prendre ce mot trop à la lettre. Ni en France, ni en Allemagne et moins encore en Italie, l'étude de l'antiquité classique n'avait entièrement péri pendant le moyen âge. Mais ce fut au 15e siècle et au 16* que, grâce à l'impulsion donnée par les savants grecs et à l'invention de l'imprimerie, les lettres grecques et latines reparurent avec un nouvel éclat. En France, la Renaissance ne prit son essor qu'au seizième siècle, surtout pendant le règne de François Ier (1515—1547). Ce prince doit en grande partie son titre de Père des Lettres à sa sœur Marguerite de Valois, mariée d'abord au duc d'Alençon et en secondes noces à Henri d'Albret, roi de Navarre. Femme d'un esprit cultivé, apprenant le grec et le latin, écrivain distingué elle-même, la reine de Navarre recherchait et protégeait les gens de lettres, même ceux qui étaient entachés d'hérésie, et elle intercédait souvent pour eux auprès de son frère François I6r.

poésie épique et lyrique.

Clément Marot (1495— 1544) doit être placé au premier rang parmi ceux des protégés de la reine de Navarre qui penchaient vers la nouvelle doctrine religieuse. Sa vie fut fort agitée, mêlée de faveurs et de persécutions. Malgré la protection de Marguerite de Valois et de François Ier, Marot eut à subir deux emprisonnements et autant d'exils, et il mourut loin de sa patrie dans le délaissement. Comme poète, Marot a tout le sel et toute la grâce de l'esprit gaulois, mais il manque d'élévation, et quand il a essayé de la haute poésie, il a perdu sa naïveté sans atteindre à la noblesse. Il a pleinement réussi dans Vèpigramme et le madrigal, et il est inimitable dans la poésie badine. Son épltre au roi François Ier pour lui emprunter de l'argent, parce qu'il a été volé par un valet, est un chef-d'œuvre.

J'avois ung jour un valet de Gascongne Gourmant, yvroingne et asseuré menteur, Pipeur,2 larron, jureur, blasphémateur, Sentant la hart8 de cent pas à la ronde, Au demeurant, le meilleur filz du monde.

Ce vénérable hillot* fat adverty De quelcque argent que m'aviez départy,5

1 D'après Geruzez, Demogeot, Nisard, Hist. de la Littérature fr.y Saïote-Beuve, Tableau de la poésie fr. au 16e siècle, et Barthe, Litt. f'r.

2 Qui pipe (c'est-à-dire triche, trompe) au jeu.

3 Sentant la hart (la corde), c'est-à-dire que sa conduite semblait le prédestiner à la potence. Ce dernier vers est devenu proverbial.

4 D'autres éditions portent ilôt (aujourd'hui ilote), c'est-à-dire ici valet.

5 Dont vous m'aviez gratifié.

RESAI3SAKCE. XVI* SIÈCLE, POÉSIE, LA PLÉLVDF. XXXIII

Et que ma bourse avoii grosse apostume:1

Si se leva plustost que de coustume

Et me va prendre en tapinois2 icelie,

Puis la vous mist tresbien soubz son esselle,

Argent et tout (cela se doit entendre)

Et ne croy point que ce fust pour la rendre:

Car oncques puis n'en ay ouy parler.

Àdvisez donc, si vous avez désir De rien9 prester, vous me ferez plaisir; Car, puis uug peu, j'ay basty à Clément, Là où j'ay faict un grand déboursement: Et à Marot, qui est ung peu plus loing: Tout tumbera, qui n'en aura le soiug*.

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