VIE DE VOLTAIRE
beaucoup ri de l'ouvrage, dont l'auteur dut lui lire le manuscrit, en demanda la suppression à Voltaire comme un sacrifice d'amitié. Voltaire la promit et eut la perfidie de faire néanmoins imprimer le libelle, que le roi fit alors brûler par la main du bourreau. Telle fat la principale cause qui amena la rupture définitive entre le roi et le célèbre écrivain (1763).
Voltaire, forcé de quitter la Prusse, négocia avec la cour de France, dans l'espérance d'y retrouver le poste qu'il avait abandonné. 0 fallut y renoncer; Paris môme lui fut interdît. U habita d'abord les Délices, sur le territoire de Genève, où il composa Tancrède, et Suit par se fixer, en 1758, à Ferney, dans le pays de Gex, sur la frontière de France, au pied du Jura et sur les bords du lac de Genève. Il avait alors soixante-quatre ans. Il passa dans cette résidence les vingt dernières années de sa vie. De là il exerça une véritable dictature sur l'esprit de ses contemporains. Son château devint le rendez-vous des hommes de lettres et des princes, dont il recevait les hommages comme un tribut.
Pendant son séjour à Ferney, Voltaire prit la défense de Calas, •le Sirven, de Lally, victimes de déplorables erreurs judiciaires. Il publia les Commentaires sur Corneille, afin de doter une nièce de ce j^and poète, écrivit Y Histoire de la Russie sous Pierre le Grand 1759 à 1763), composa une foule de poésies des genres les plus divers, *atires, épUres, contes, épigrammes, et même quelques tragédies, écrivit <es romans en prose, si pleins d'esprit, mais aussi de malignité et de cynisme. En même temps il entretenait une correspondance étendue, animait de son esprit les auteurs de Y Encyclopédie, lançait une foule •e pamphlets, où il employait contre ses adversaires l'arme du ridicule, mais trop souvent aussi l'invective et l'injure. Il soutenait outre la religion chrétienne une lutte acharnée et publiait, sous le voile de l'anonyme, un grand nombre d'écrits impies.
Voltaire avait quatre-vingt-quatre ans, lorsqu'il se détermina, à la sollicitation de Madame Denis, sa nièce, à quitter un moment Ferney, I*ror aller visiter Paris, où il n'avait pas reparu depuis vingt-huit ans. u accueil qu'il y reçut fut un véritable triomphe. L'Académie, la Comédie française, les citoyens de tous les rangs, depuis les grands ^igneurs jusqu'aux artisans, rivalisèrent d'empressements pour fêter l'écrivain le plus célèbre du siècle. Son buste fut couronné en plein théâtre. Tant d'émotions lui devinrent fatales: il y succomba après trois mois de séjour à Paris, en 1778. Il mourut dans l'hôtel du laarquis de Villette, sur le quai des Théatins, qui a pris depuis et qui ,K)rte encore aujourd'hui le nom de quai Voltaire. Le clergé de Paris refusa d'inhumer le corps d'un écrivain qui s'était signalé par tant ^œuvres impies; il fut transporté secrètement à l'abbaye de Scellières, "n Champagne, par les soins d'un abbé, son neveu, avec une rapidité qui rendit inutile le refus de sépulture expédié par l'évêque de Troyes. En 1791, les cendres de Voltaire furent exhumées pour être transférées au Panthéon (église Sainte-Geneviève), où l'on montre encore son tombeau.
L'influence de Voltaire a été immense, en mal comme en bien. S'il a. par un très grand nombre de ses écrits, propagé l'incrédulité et le mépris de toute religion positive, nous ne devons pas oublier, d'un autre côté, que c'est à Voltaire que le monde est redevable de l'immense
bienfait de la tolérance religieuse dont il a été, pour ainsi dire, l'apôtre pendant sa vie entière, comme il a, en toute occasion défendu les droits de la justice et de l'humanité contre l'injustice et l'oppression.
Gomme poète, il a surtout brillé dans la tragédie, mais il est inférieur de beaucoup à Corneille et à Racine. Dans l'épopée, il a la gloire de s'être placé au premier rang; il est incomparable dans la poésie légère.
Gomme prosateur, Voltaire n'a point de rivaux pour la netteté, la vivacité, l'élégance et le naturel du style. C'est surtout au point de vue de leur importance littéraire que nous accordons dans notre Manuel une large place aux extraits empruntés à ses écrits.
Nous donnerons des fragments et des analyses des ouvrages suivants de Voltaire: 1) la Heneiàdé, 2) la tragédie de Zaïre, 3) I'Histoibe de Charles xii, 4) le Siècle de louis nv, 5) Jeankot et Colin, roman. Enfin nous reproduisons deux Lettres de Voltaire, que nous faisons suivre d'une lettre de Frédéric le Grand.