SEDAINE
MlCHEL-JEAN SEDAINE naquit à Paris en 1719 et mourut en 1797. Son père, qui était architecte, ayant dissipé son bien, n'avait pu donner aucune éducation à ses enfante. A sa mort, Sedaine, pour nourrir sa mère et deux frères plus jeunes que lui, se fit tailleur de pierres. A force de travail et de bonne conduite, il devint paître maçon et finit par être secrétaire de l'Académie d'architecture.
Bientôt cet homme remarquable, qui ne dut qu'à lui seul tout ce qu'il savait, se voua entièrement aux lettres et travailla pour le théâtre. Il donna au Théâtre-Italien un grand nombre d'opéras comiques, qui eurent presque tous un succès prodigieux, dû, en grande partie, il est vrai, à la musique de Grétry et de Monsigny.1 Les plus connus sont Rose et Colas, le Déserteur et Richard Casur^de-ÙcfiL
Deux pièces qu'il donna au Théâtre-Français ont fait la réputation littéraire de Sedaine, le Philosophe sans le savoir , qui est son chefd'œuvre, et la Gageure imprévue. Toutes les deux se jouent encore sur la première scène de Paris. Nous donnons une courte analyse et quelques scènes de la pièce intitulée:
LE PHILOSOPHE SAJtfS LE SAVOIR.
L'action de cette comédie ou plutôt de ce drame bourgeois, le seul de ce genre qui ait eu un véritable succès en France,2 se passe ches tin commerçant, M. Vanderk, gentilhomme de naissance, qui, forcé de quitter son pays à cause d'une affaire d'honneur, est entré dans le commerce et y a fait fortune. Il a deux enfants, une fille qu'il est sur le point de marier à un jeune magistrat, appartenant À la noblesse de robe, et un fils qui sert dans la marine en qualité d'officier, mais qui se trouve pour le moment en congé, dans la maison paternelle. Ce jeune homme, d'un caractère doux et de mœurs réglées, s'est pourtant pris de querelle, dans un café, avec un officier de cavalerie qui proférait des injures contre les négociants en général, injures dans lesquelles le ieune Vanderk a vu une allusion à son père. Cette querelle a eu lieu la veille même des noces de sa sœur, et la rencontre est fixée an lendemain. Cette fâcheuse aventure, qu'il s'efforce de cacher à sa famille, est soupçonnée par la jeune Victorine, fille d'Antoine, l'intendant, le factotum de M. Vanderk, qui est dans la maison sur le pied d'un ami plutôt que d'un domestique. Cette Victorine, qui a été élevée avee Mademoiselle Vanderk, dont elle est la compagne et l'amie, est le type de la candeur et de la naïveté: c'est une des plus charmantes créations qu'il y ait au théâtre. Au second acte, elle arrête un moment le jeune Vanderk, auquel sa sœur vient de faire cadeau d'une belle montre à répétition (Acte II, scène X).
Victorine. Attendez donc.
M. Vanderk fils. Que veux-tu?
Victorine. Voyons donc votre nouvelle montre.
1 Grétry, v. page 400, note 2; Monsigny,
2 Voyez l'article Diderot, page 380.
né en 1729, mort en 1817.
U PHILOSOPHE SANS LB SAVOIB (ACTE m, SCÈNE V).
IL Vandbrk fils. Est-ce que ta ne l'as pas vue?
Victorine. Que je la voie encore! Ah! qu'elle ait belle! des diamants! à répétition! il est onze heures 7, 8, 9, 10 minutes, onze heures dix minutes. Demain, à pareille heure .... Voulez -tous que je vous dise tout ce que vous ferez demain?