‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 303 sur 514 · LE PHILOSOPHE SANS LE SAVOIR (ACTE V · texte numérisé non relu

LE PHILOSOPHE SANS LE SAVOIR (ACTE V

la somme qui doit favoriser la faite de ce dernier, cet homme mérite en effet le nom de philosophe. Bientôt Antoine arrive, et, tout éperdu, d'une yoix entrecoupée à chaque instant par des sanglots, il fait un récit des plus confus de ce qu'à croit avoir vu. (Scène V I.)

Antoine. J'étais très loin, mais j'ai vu, j'ai vu .... Ah! monsieur. IL Vanderk. Mon fils!

Antoine. Oui, ils se sont approchés à bride abattue. L'officier a tiré, votre fils ensuite. L'officier est tombé d'abord; il est tombé le premier. Après cela, monsieur .... Ah 1 mon cher maître! Les chevaux se aont séparés .... je suis accouru .... (sanglotant) . . . . Je .... je ... . M. Vanderk. Voyez si mes chevaux sont mis: faites approcher par la porte de derrière, venez m'avertir: courons-y, peut-être n'est-il que blessé. Antoine. Mort mort! j'ai vu sauter son chapeau: mort! A ces mots, Yictorine qui seule dans la maison, ne s'était pas laisser tromper à la joie affectée de M. Vanderk, s'élance sur la scène en criant: Jfortt Ah! qui donc? qui donc?"

C'est en vain que M. Vanderk affecte un air tranquille en présence de Victorine. Il lui ordonne de tacher de parler à part à M** Vanderk et de lui dire qu'il est forcé de sortir à l'instant, que sa femme se doit pas s'inquiéter, mais faire en sorte qu'on ne s'aperçoive pas de son absence. A ces mots, qui ne lui apprennent que trop la triste vérité, Victorine éclate en sanglots et s'écrie: Mort! et qui donc? Monsieur votre fils?" M. Vanderk père. „ Victorine!" Victorine. „J'y vais, monsieur: non, je ne pleurerai pas, je ne pleurerai pas." Tout en disant cela elle éclate de nouveau en sanglots. M. Vanderk père. «Non, restez, je vous l'ordonne: vos pleurs vous trahiraient; je vous défends de sortir d ici que je ne sois rentré.4* Tout à coup Victorine pousse un grand cri de joie, ttie vient d'apercevoir le jeune Vanderk, qui entre et se jette dans les bras de son père. En même temps entrent en scène M. le baron Desptmlle et son fils, l'officier. C'est ce dernier qui éclaircit le mystère en rendant compte de la belle conduite de son adversaire:

«Nous nous sommes rencontrés; j'ai couru sur lui: j'ai tiré: il a foncé1 sur moi, il m'a dit: Je tire en l'air; il l'a fait. Écoutez, m'a-t-O dit, j'ai cru hier que vous insultiez mon père, en parlant des négociants. Je tous ai insulté; j'ai senti que j'avais tort: je vous en fais mes exnues. N'êtes -vous pas content? Éloignez-vous, et recommençons. — Je ne pois, monsieur, vous exprimer ce qui s'est passé en moi: je me sois précipité de mon cheval; il en a fait autant, et nous nous sommes embrassés."

Tonte la famille, impatiente de l'absence de M. Vanderk père et de, *. Vanderk fils, arrive après ce récit; on présente les nouveaux- venus, *t on les invite à dîner.

Mais alors le vieil Antoine entre en scène tout triste pour annoncer à son naître que la voiture est prête. Bien n'égale son étonnement et sa joie tyund il aperçoit le jeune Vanderk sain et sauf an milieu de la famille. Il s'écrie: „Je ne sais si c'est un rêve. Ah! quel bonheur! il fallait que je fasse aveugle!"

En effet, l'invraisemblance de la conduite du vieil Antoine, qui accourt frapper les trois coups funestes sur la foi d'un chapeau ëautant en Voir tt sans s'assurer si son jeune maître est réellement mort, est le seul cj&té faible de cette belle pièce, à laquelle George Sand a donné une suite, (ou le titre de Mariage de Victorine, charmante pièce qui a eu un grand succès au Théâtre-Français de Paris.

1 Foncer sur qn., expression populaire pour ee jeter sur qn.

Page 1