RENAISSANCE. XVI* SIÈCLE, BABELAIS. XXXIX
kroit ung bon prescheur Evangelicquo. Et tant molestement lo pouriajrirent, qu'il feut contrainct soy reposer sus les tours de Tecclise nostre Dame. Auquel lieu estant, considéra les grosses cloches qui estoient «sdictes1 tours: et les fait sonner bien harmonieusement. Ce que faisant, isi Tint en pensée qu'elles serviraient bien de campanes2 au col de sa jmcent, laquelle il vouloit renvoyer à son père, toute chargée de frouciiges de Brye. De faict, les emporta en son logis.
Après avoir enlevé les cloches de Notre-Dame, que les Parisiens te rattrapent qu'avec beaucoup de peine, et avoir payé sa bien- Tenue aux habitants de la capitale par d'autres tours de sa façon, Gargantua commence ses études, entremêlées de bien des passetemps plus agréables. Pendant qu'il y est occupé, le royaume de -on père Grandgousier est envahi, sous un prétexte frivole, par 1= roi Picrochole* Grandgousier rappelle son fils de Paris par la >ttre suivante que nous reproduisons en entier comme un échan- 'Ibm du style de Rabelais quand il est sérieux:
La ferveur de tes estudes requeroit que de long temps ne te revocasse
* restay philosophicque repos, si la confiance de nos amis et anciens
nfederez n'eust de presens frustré la seureté de ma vieillesse. Mais
risque telle est cestê fatale destinée que par iceulx soye inquiété, esquels
:'.za je me reposoie, force m'est te rappeler au subside des gents et
'jeos qui te sont par droict naturel araez.4 Car ainsi comme débiles
■.et les armes au dehors, si le conseil n'est en la maison: aussi vaine
-< restade, et le conseil inutile, qui en temps oportun par vertus n'est
*i«uté et à son effect reduict Ma délibération n'est de provocquer, mais
apaiser: d'assaillir, mais de deffendre: de conquester, mais de garder
:*rs feaoix subjects et terres héréditaires. Esquelles est hostilement
*stré Picrochole, sans cause ny occasion, et de jour en jour poursuit sa
'iri^ise entreprise, avecques excez non tolerables à personnes libères.5
Je me suis en debvoir mis pour modérer sa cholere tyrannicque, luy «.frant tout ce que je pensois luy povoir estre en contentement: et par juseors fois ay envoyé amiablement devers luy, pour entendre, en quoy, ;ir qui, et comment il se sentoit oultraigé: mais de luy n'ay eu response V-e de volun taire défiance, et qu'en mes terres pretendoit seulement irvict de bienséance. Dont j'ay congneu que Dieu éternel l'ha laissé au gavernail de son franc arbitre et propre sens, qui ne peult estre que aesdrat, si par grâce divine n'est continuellement guidé: et pour le .«tenir en office, et réduire à congnoissance me l'ha ici envoyé à montes enseignes. Pourtant, mon fils bien-aimé, le plus tost que faire tyerras, ces lettres veués, retourne a diligence secourir, non tant moy u que toutesfois par pitié naturellement tu doibs) que les tiens, lesquels ',*r raison tu peulx saulver et garder. L'exploict sera faict à moindre *&son de sang qu'il sera possible. Et si possible est, par engins6 plus ipediens, cauteles7 et ruses de guerre, nous saulverons toutes les âmes, *t les envoierons joyeulx à leurs domiciles. Très chier fils, la paix de rlnst, nostre rédempteur soit avecques toy. Salue Ponocrates, Gymnaste m Eademon de par moy.
Du vingtiesme de Septembre. Ton pero Grandgousier.
Tout en se préparant à la guerre, Grandgousier fait encore un ^prtme effort pour ramener Picrochole à des idées pacifiques. Ici Rabelais reproduit sous forme de parodie la scène si connue de
1 Dans les dites. 2 Clochettes (en latin campanae).
' De nixçéç aiguy amer, x°tf bile. 4 Confiés.
5 Bien nées. 6 Moyens. 7 Précautions.