IL INTRODUCTION
Cinéas et de Pyrrhus: un courtisan explique au roi comment il va facilement conquérir et piller le monde entier, tandis qu'un vieux et sage militaire tâche, mais vainement, de les rappeler tous deux à la raison. La guerre commence donc; mais, contre toute attente, la fortune se déclare contre l'agresseur qui 6e croyait si sûr de la victoire. Gargantua, qui est accouru de Paris, y fait merveille. Il se lie d'étroite amitié avec frère Jean des Entommeures, qui représente dans le roman la raison sous l'habit monacal. Ils font la guerre ensemble et sont victorieux. Picrochole dont les armées sont partout complètement battues, est expulsé de son royaume et disparaît. Le vieux roi Grandgousier se montre aussi brave dans le combat que généreux après la victoire: il condamne seulement les vaincus à travailler aux presses de l'imprimerie qu'il vient de fonder. Quant à Gargantua et à frère Jean, ils réalisent leur projet de réforme monastique, eu construisant la riche abbaye de Thélème, vrai paradis terrestre que Rabelais fait habiter par des gens de goût et de savoir.
Les principaux personnages de la seconde partie du roman de Rabelais (Pantagruel) sont: Pantagruel, fils de Gargantua et de Badebec, fille du roi des Amaurotes'en Utopie, et Panurge% le type du farceur savant, vagabond et cynique, espèce de Figaro1 du 16* siècle. C'est à Paris que Pantagruel fait la rencontre de cet original. Comme on lui demande qui il est et d'où il vient, Panurge répond d'abord en allemand, puis en arabe, en italien, en anglais, en basque, en hollandais, en espagnol, en danois, en hébreu, en grec, en basbreton et en latin. Enfin Pantagruel impatiente lui dit: Dea, mon amy, ne sçavez vous parler Françoys? — Si fait > très bien, Seigneur, respondit le compagnon^ Dieu mercy, c'est mu langue naturelle et maternelle.
Le livre de Rabelais a fait, de tout temps, le désespoir des commentateurs qui se sont évertués à en trouver le sens historique. Les uns ont voulu voir dans Grandgousier, Gargantua et Pantagruel le* trois rois de France Louis XII," François Ier et Henri II; les autres, Jean d'Albret, Henri d'Albret et Antoine de Bourbon. Picrochole a été pris pour Ferdinand d'Aragon, Charles-Quint et Maximilien Sforza, Panurge, c'est tour à tour le cardinal d'Amboise, le cardinal de Lorraine et Jean de Montluc, évoque de Valence. D'autre* critiques ne voient dans les personnages de Rabelais que des types créés par l'auteur, qui aurait, il est vrai, emprunté de nombreux traits à d'illustres contemporains, mais qui n'en aurait voulu désigner aucun spécialement. Cependant on ne saurait méconnaître que l'histoire de Gargantua offre de nombreuses allusions à François Ier et à sa cour.
La place que Rabelais occupe dans l'histoire de la langue française est considérable. Il est le premier qui ait observé dans la prose des règles invariables et qui en ait arrêté la syntaxe, tout en lui laissant ses idiotismes. Une foule de ses tours et expressions sont restés. Mais l'autorité de son exemple n'a pu y maintenir un grand nombre d'héllénismes et de latinismes qu'il voulait y importer, tout en se moquant du langage pédant esque des érudits.
1 Voyez page 428.