‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 371 sur 514 · BERTRAND ET RATON (ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

BERTRAND ET RATON (ACTE II, SCÈNE V

Marthe. Ciel!

Jean. Ne tous effrayez pas! ça va bien, ça prend une bonne tournure.

Eric (avec colère). T'expliqueras-tu?

Jean. Je traversais avec lui la rue de Stralsund, quand nous rencontrons deux soldats aux gardes qui nous examinent, .... nous suivent, .... puis s'adressant à votre père: Maître Burkenstaff, lui dit l'un d'eux en étant son chapeau, au nom de son Excellence le comte Struensée, je vous invite à nous Suivre; il désire vous parler.

Eric. Eh bien? <

Jean. Voyant un air si doux et si honnête, votre père répond: Messieurs, je suis prêt à vous accompagner. Et tout cela s'était passé si tranquillement que personne dans la rue ne s'en était aperçu, mais moi, pas si bête! .... je me mets à crier de toutes mes forces: A moi! au secours! on arrête mon maître, Raton Burkenstaff! . . . à moi, les amis!

Éric. Imprudent!

Jean. Pas du tout; car j'avais aperçu un groupe d'ouvriers qui se rendaient à l'ouvrage; ils accourent à ma voix; en les voyant courir, les femmes et les enfants font comme eux, on ne peut plus passer, les voitures s'arrêtent, les marchands sont sur le pas de leurs portes, n les bourgeois se mettent aux fenêtres. Fendant ce temps, les ouvriers avaient entouré les deux soldats aux gardes, délivré votre père, et l'emmenaient en triomphe, suivi de la foule, qui grossissait toujours; mais en passant rue d'Altona, où sont nos ateliers, ça a été un bien autre tapage! Le bruit s'était déjà répandu qu'on avait voulu assassiner notre bourgeois,1 qu'il y avait eu un combat acharné avec les troupes; toute la fabrique s'était soulevée et le quartier aussi, et ils marchent au palais en criant: Vive Burkenstaff! qu'on nous le rende!

Éric Quelle Me!

Marthe. Et quel malheur!

Éric D'une affaire qui n'était rien, faire une affaire sérieuse, qui va compromettre mon père et justifier les mesures qu'on prenait contre lui!

Jean. Hais du tout; ...» n'ayez donc pas peur, .... il n'y a plus rien à craindre! ça a gagné les autres quartiers. On casse déjà les réverbères et les croisées des hêtels : .... ça va bien, c'est amusant. On ne fait de mal à personne; mais tous les gens de la cour que l'on rencontre, on leur jette de la boue, à eux et à leur voiture! ça approprie les rues .... Et tenez, .... tenez; .... entendezvous ces cris? voyez-vous ce beau carrosse3 arrêté près de notre boutique, et qu'on essaye de renverser?

Éric s'élance dans la rue, interpose son autorité, éloigne les gens du ; euple qui ont assailli la voiture, et délivre Mademoiselle de Falkenskield, tille du ministre de la guerre, dont lui, Éric, a été quelque temps le secrétaire particulier. Son entretien avec M11» de Falkenskield est interrompu par l'arrivée du comte de Rantzau, qui avait promis de porter à Eric son brevet de lieutenant, aussitôt qu'il l'aurait obtenu du ministre de la guerre, H qui rient remplir sa promesse. M. de Rantzau raconte à Eric et à sa iière Marthe que l'émeute fait des progrès, que les mécontents sont en train ce crier devant le palais du roi, et que Eaton Burkenstaff est devenu l'idole 4u peuple. Jean, le garçon de boutique, vient compléter ces nouvelles.

Bourgeois, voyez page 511, note 1. 2 Carrosse, voyez p. 122, n. 2.

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