acte n, scène vn
LOUIS, COMMINE, COITIEB, OLIVIER-LE-DAIM,' LE COMTE DE DBEUX, bourgeois, cheraliera.
Louis (au comte de Dreux).
Ne vous y jouez pas, comte; par la croix sainte! Qu'il me revienne encor un murmure, une plainte, Je mets la main sur vous, et, mon doute éclairci,
1 VarUt ou vaslet, ancienne forme de valet (diminutif du bas latin VM8U8, vassal), proprement page, puis serviteur.
2 Olivier-U-Daim, barbier et confident, puis ministre de Louis XL
louis n (acte n, scène vu). 529
Je vous envoie à Dieu pour obtenir merci. Le saint de votre &me est le point nécessaire: Dieu la prenne en pitié! le corps, c'est mon affaire; J'y pourvoirai.
Le comte de Dreux. Du moins je demande humblement Que votre Majesté m'écoute un seul moment.
Louis. Ah! mon peuple est à vous! et, roi sans diadème, Vous exigez de lui plus que le roi lui-même! Mais mon peuple, c'est moi; mais le dernier d'entre eux, C'est moi; mais je suis tout; mais quand j'ai dit: Je veux, On ne peut rien vouloir passé ce que j'ordonne, Et qui touche à mon peuple attente à ma personne. Vous l'ave* fait.
Le comte de Dreux. Croyez ....
Louis. Ne me dites pas non.
Enrichi des impôts qu'on perçoit en mon nom, Pour cinq cents écus d'or vous en levez deux mille Sur d'honnêtes bourgeois, et de ma bonne ville, Gens que j'estime fort, pensant bien, payant bien. Regardez ce feu roi que vous comptez. pour rien; Est-il mort ou vivant? Regardez-moi doncl
Le comte de Dreux (en tremblant). Sire .... Louis. Je ne suis pas si mal qu'on se platt à le dire: Quelque feu brille encor dans mon œil en courroux; Je vis, et le malade est moins pèle que vous. Quoique vieux, je suis homme à lasser votre attente, Beau sire: et, moi régnant, le bon plaisir vous tente I Qui s'en passe l'envie affronte un tel danger Que le cœur doit faillir seulement d'y songer. À moi le droit divin, à moi par héritage, Il n'appartient qu'à moi de fait et sans, partage. Pour y porter la main o'est un mets trop royal: A de plus grands que vous il fut jadis fatal. J'ai réduit au devoir les vassaux indociles; Olivier, tu m'as vu dans ces temps difficiles?
Oijvieb. Oui, \ sire, et tel encor je vous ..vois aujourd'hui. Louis. Plus nombreux, Us levaient le front plus haut que lui. La moisson fut sanglante et de noble origine; ,
Mais j'ai fauché l'épi si près de la racine, Chaque fois qu'un d'entre eux contre moi s'est dressé, Qu'on cherche en vain la place où la faux a passé. Elle abattit Nemours: trop rigoureux peut-être, Je le fus pour l'exemple et je puis encor l'être. (au comte.) Avez-vous des enfants?
Le comte de Dreux (bas à. Coitier). De grâce ^ . . .
Carra». : Eh! chassez-nous, Chassez-moi le premier, sire, ou ménagez-vous; La colère fait mal.
Louis. * H est vrai, je m'emporte; Je le peux; je suis bien, très bien; j'ai la voix forte. L'aspect de ce saint homme a ranimé mon sang.
C Pl«ti, Manuel de Littérature française. 10« éd. 34
530 CÀfllMB DELAYIONS a7«6-184«).
Coma*. N'ayez dono foi qu'en lai; mais cet oeil menaçant, Et de tons ces éclats l'inutile bravade Ne vont pas mieux, je pense, au chrétien qu'au malade. Louis. Ooitier!
OornxB. N'espérez pas m'imposer par ce ton; Vous avez tort.
Louis (avec plus de violence). Coitierl
Coitikr. Oui, tort, et j'ai raison; Tenez, le mal est fait, vous changez de visage. Louis. Comment, ta crois?
Ooitœb. Sans doute.
Louis (avec douceur). Eh bien! je me ménage. Coitieb. Non pas; souffrez, mourez, si c'est votre désir. Louis. Allons! ....
Coitieb, Dites: Je veux; tranchez du bon plaisir. Louis. La paix!
Coitieb. Vous êtes roi: pourquoi donc vous contraindre? Mais après, jour de Dieu! ne venez pas vous plaindre.
Louis (à Coitier en lui prenant la main). La paix! (au comte froidement J Pour vous, rendez ce que vous avez pris: Rachetez sous trois jours votre tète à ce prix; Autrement, convaincu que vous n'y tenez guère, Je la ferai tomber, et cela sans colère. (à Coitier.) La colère fait mai.
Le oomti ns Dbsux. Je me soumets.
Louis (aux bourgeois). Eh bien!
De mon peuple opprimé sois-je un ferme soutien? Sur ce qu'on vous rendra récompensez le zèle De messire Olivier, mon serviteur fidèle: Cinq cents écus pour lui qui m'a tout dénoncé!
Ouvra (avec huntititt). Sire
Louis. N'en veux-tu pas?
Ouvra. Votre arrêt prononcé, Que justice ait son cours.
Louis (à Coitier), Et si ton roi t'en presse, N'accepteras-tu rien, toi qui grondes sans cesse?
ComiB (avec un reste d'humeur).
Je n'en ai guère envie, à moins d'être assuré Que mon malade enfin se gouverne à mon gré, Louis (à Coitier). D'accord.
(aux bourgeois.) Deux mille écus ne sont pas une .aJafre, Et c'est pour des sujets une bonne oeuvre à faire. Vous les lui compterez, n'est-ce pas, mes enfants? Il veille jour et nuit sur moi, qui vous défends, Qui vous rends votre bien, qui vous venge et vous aime. Quelque vingt ans enoor je compte agir de même. Je me sens rajeunir, qu'on le sache à Paris; En portant ma santé, dites que je guéris, Et que vers les Rameaux, vienne un jour favorable, Chez un de mes bourgeois j'irai m'asseoir à table. Le ciel vous soit en aide!
louis xi (acte n, scène xn). 531
(au comte qui h retiré avec eux.) Un motl
(à CoitierJ Je n'en dis qu'un.
(au comte.) Pareil jeu coûta cher au seigneur de Melun. Il était comte aussi; partant, prenez-y garde; Votre salaire est prêt, et Tristan vous regarde. Même orgueil, même sort. J'ai dit, retirez-vous,
(aux chevaliers et aux courtisans) Ce que j'ai dit pour un, je le ferais pour tous.
Lie jeune duc de Nemours s'est hasardé à venir à la cour de Louis XI. sons le nom de comte de Réthel et en qualité d'ambassadeur de Charlesle-Téméraire, duc de Bourgogne. H est reçu en audience publique et solennelle par Louis XI, auquel il expose les griefs que le duc croit avoir contre le roi. L'ambassadeur parlant arec une grande hardiesse, Louis niant, selon sa coutume, les faits qu'on lui impute, il s'ensuit une scène violente. Nemours, au nom du duc de Bourgogne, jette son gant au roi et le défie en combat singulier. Le gant est immédiatement relevé par le jeune Dauphin, mais Louis ordonne de le rendre au téméraire chevalier, dont fl estime, dit-il, la valeur, et dont il veut bien excuser l'audace. Le roi examinera les griefe du duc de Bourgogne et fera réparation, s'il y a lieu.
L'audience finie, Louis XI renvoie tout le monde et reste en tète À tête avec Tristan, son grand prévôt