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THIERS

LOUIS-ADOLPHE THIERS naquit à Marseille, en 1797, d'une famille de commerçante en draps, ruinée par la révolution. Parent d'André et de Joseph Chénier* par sa mère, il dut à la famille de celle-ci d'entrer, avec une bourse, au lycée de Marseille. Après avoir fait des études brillantes, il alla à l'Age de dix-huit ans faire son droit à Ait, où il se lia avec Mignet3 d'une amitié inaltérable. Reçu avocat en 1890, Thiers s'aperçut bientôt qu'il était moins fait pour la carrière du barreau que pour celle des lettres, et pe voua exclusivement à l'étude de l'histoire et de la philosophie. Après avoir remporté le prix à l'Académie d'Aix, qui avait proposé pour sujet V Éloge de Vauvenargues,* Thiers vint chercher fortune à Paris, où son ami Mignet l'avait déjà précédé. Pauvres et sans protecteurs, logés dans une petite chambre au quatrième étage, les deux amis travaillaient jour et nuit à se frayer une voie. Thiers parvint enfin à entrer à la rédaction du Constitutionnel, où le style vif et ferme de ses articles politiques et littéraires le fit bientôt remarquer. En môme temps il eut des succès dans les salons de l'opposition, et il poursuivit ses études historiques.

En 1823 parurent les deux premiers volumes de son Histoire de la Révolution française, dont il ne termina le dixième et dernier volume qu'en 1827. Cet ouvrage, remarquable par la clarté du style et l'intérêt dramatique du récit, excita surtout les sympathies de la jeunesse libérale de la Restauration, mais il ne commença à devenir populaire en France qu'après les événements de 1880, et lorsqu'il eut été retouché plusieurs fois par l'auteur. La critique cependant lui reprocha avec justice une sorte de fatalisme historique. En effet, l'auteur de Y Histoire de la Révolution se fait tour à tour l'homme du parti le plus fort et l'apologiste de quiconque triomphe, et il montre une indulgence excessive pour les vices, la corruption et les crimes des acteurs du grand drame de la révolution.

Thiers prit, comme journaliste, une part très active aux combats que le libéralisme livra aux différents ministères de la Restauration, notamment au ministère Polignac. En 1829 il fonda, avec Mignet et Armand Garrel, le National, le journal qui a travaillé le plus ouvertement à renverser les Bourbons. Après les journées de Juillet, Thiers, qui n'était d'abord que pour la résistance légale aux ordonnances, fut un des fondateurs de la royauté de la maison d'Orléans. Aussi fut-il nommé conseiller d'État et secrétaire général au ministère des finances. Depuis cette époque, Thiers fut, pendant tout le règne de Louis Philippe (1830—1848), un des personnages politiques les plus marquants. Tantôt ministre (il eut successivement le portefeuille de l'intérieur, celui des travaux publics

1 En partie d'après Vapereau, Dictionnaire des Contemporains.

1 Voyez page 486. • voyez page 649. 4 Vauvenargues, v. page 364.

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