‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 394 sur 514 · HISTOIRE DU CONSULAT ET DE L'EMPIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU CONSULAT ET DE L'EMPIRE

NAPOLÉON APFBBBTO LA CAPITULATION DI PABIS. (Vohuw XVII, Uttc LUI)

Parti le 28 mars de Saint-Dizier,1 Napoléon avait couché avec l'armée à Doulevent, était reparti le 29, avait passé l'Aube à Dolancourt, et était venu coucher à Troyes,8 laissant en arrière Tannée qui ne pouvait pas franchir les distances aussi vite que lui. En route il avait reçu un message de M. de la Valette,8 qui lui signalait le danger imminent de la capitale, la masse d'ennemis qui la menaçaient au dehors, l'activité des intrigues qui la menaçaient au dedans, et snr ce message il avait encore accéléré sa marche. Le 80, au matin, il avait poussé jusqu'à Villeneuve-l'Archevèque, et là, cessant de marcher militairement, voulant apporter au moins à Paris le secours de sa présence, il avait pris la poste, et tantôt à cheval, tantôt dans un misérable chariot, il s'était avec M. de Oaulainoourt4 et Berthier* dirigé sur Paris. Il avait envoyé en avant, comme on l'a vu, le général Dejean, pour annoncer son arrivée et presser instamment les maréchaux de prolonger la résistance. Vers minuit, ayant couru toute la journée, soit à cheval, soit en voiture, il était enfin parvenu à Fromenteau, impatient de savoir ce qui se passait. Déjà on apercevait une nombreuse cavalerie précédée de quelques officiers. Sans hésiter,

1 Saùtt-Dieter, sur la Marne, en Champagne, frontière de la Lorraine. 1 Troyes, ville de 47000 habitants, ancienne résidence des comtes de Champagne.

• Lie comte de la' Valette était alors directeur des postes.

• Oaulaincourt, duc de Yicence (1778—1827), grand-écuyer de l'Empire.

• Berthier, voyez page 648, note 8.

660 THIKES (1797-18T7).

Napoléon appela ces officiers à lui »Qui est là? demanda-t-il. — Général Belliard,1* répondit le principal d'entre eux. — C'était en effet le général Belliard, qui, en exéeution de la capitulation de Paris, se rendait à Fontainebleau, afin d'y chercher un emplacement convenable pour les troupes des deux maréchaux. Napoléon se précipitant alors à bas de sa voiture, saisit par le bras le général Belliard, le conduit sur le côté de la route, et là, multipliant ses questions, il lui donne à peine le temps d'y répondre, tant elles sont pressées. — »Où est Tannée? demande-t-il tout de suite. — Sire, elle me suit. — Où est l'ennemi? — Aux portes de Paris. — Et qui occupe Paris? — Personne: il est évacué! — Gomment évacué 1 .... et mon fils, ma femme, mon gouvernement, où sont-ils? — Sur la Loire. — Sur la Loire? .... Qui a pu prendre une résolution pareille? — Mais, Sire, on dit que c'est par vos ordres. — Mes ordres ne portaient pas toile chose .... Mais Joseph,9 Olarke,* Marmont,4 Mortier,5 que sont-ils devenus! qu'ont-ils fait? — Nous n'avons vu, Sire, ni Joseph, ni Glarke, de toute la journée. Quant à Marmont et à Mortier, ils se sont conduits en braves gens. Les troupes ont été admirables. La garde nationale elle-même, partout où elle a été au feu, rivalisait avec les soldats. On a défendu héroïquement les hauteurs de BeUeville. ainsi que leur revers vers la ViÛette. On a même défendu Montmartre, où il y avait à peine quelques pièces de canon, et l'ennemi croyant qu'il y en avait davantage, a poussé une colonne le long du chemin de la Révolte pour tourner Montmartre, s'exposant ainsi à être précipité dans la Seine. Ah! Sire, si nous avions eu une réserve de dix mille hommes, si vous aviez été là, nous jetions les alliés dans la Seine, et nous sauvions Paris, et nous vengions l'honneur de nos armes! . — . . Sans doute, si j'avais été là, mais je ne puis ôtrte partout! .... Et Glarke, Joseph, où étaient-ils? Mes deux cents bouches à feu de Yinoennes,6 qu'en a-t-on fait? et mes braves Parisiens, pourquoi ne s'est-on pas servi d'eux? — Nous ne savons rien, Sire. Nous étions seuls et nous avons fait de notre mieux. L'ennemi a perdu douze mille hommes au moins. — Je devais m'y attendre! s'écria alors Napoléon. Joseph m'a perdu l'Espagne, et il me perd

la France Et Glarke! J'aurais bien dû en croire ce pauvre

Bovigo, qui me disait que Olarke était un lâche, un traître, et de plue un homme incapable. Mais c'est assez se plaindre, il faut réparer le mal, il en est temps encore. Oaulaincourtl ma voiture* ....-- Ces mots dits, Napoléon se met à marcher dans la direction de Paris, en commandant à tout le monde de le suivre, oomme s'il pouvait

1 Belliard (1769-1832), général de cavalerie, chef de l'état-major général.

2 Joseph Bonaparte, voyez page 476, note 4.

• Olarke, duc de Feltre (1769—1818), ministre de la guerre depuis 1807, nommé, en 1816, maréchal de France par le roi Louis XVIII.

4 Marmont (1774—1862), duc de Raguse, maréchal de l'Empire, passa en 1814 au service des Bourbons; mais il perdit leur cause à Paris, dans les journées de Juillet 1880.

5 Mortier, duc de Trévise (1768—1886), maréchal de l'Empire. Hfot une des victimes de l'horrible attentat de Fieschi, qui essaya de faire périr le roi Louis-Philippe au moyen d'une machine infernale.

9 £n 1814 le château de Vincmmes n'avait d'importance que comme arsenal et comme prison d'Etat.

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