LA SATIRE MÉNIPPÉE
Nous avons encore à parler ici de la fameuse Satire Ménippée.9 Il est vrai qu'elle contient un grand nombre de vers; mais la prose domine dans ce pamphlet politique, destiné à soutenir Henri IV après coup et à combattre la Ligue quand le plus fort du danger était passé; car la Ménippée ne date que de 1593. C'est l'œuvre collective de quelques hommes de grande science et de joyeuse vie, comme Tétaient parfois les savants du 16e siècle. C'étaient: Pierre Le Rot, chanoine de Rouen, qui en eut la première idée, puis Pithou, grand jurisconsulte, Nicolas Rapin, Gilles Durand, avocat au parlement, Florent Chrestien, philologue estimé, précepteur de Henri IV, Jean Passerat, professeur au Collègo de France, * et Jacques Gillot.
Une partie de la Ménippée, intitulée la Vertu du Catholicon est dirigée contre les stipendiés de l'Espagne. Les auteurs mettent eu scène deux charlatans, l'un Espagnol (le légat, cardinal de Plaisance), l'autre Lorrain (le cardinal de Pellevé), débitant à tout le monde du catholicon, espèce de drogue merveilleuse, avec laquelle on peut totre à loisir perfide et déloyal, assassiner ses ennemis, etc. Dans l'autre partie, l'Abrégé des Etats de Paris, les auteurs imaginent une réunion des principaux personnages des états et y font faire aux ligueurs des discours où ils se trahissent eux-mêmes et dévoilent leurs motifs intéressés et ceux de leurs amis. Jusqu'à la harangue de d'Aubray, l'ironie domine dans la Satire Ménippée; ce discours est sérieux et
1 C'est-à-dire affranchi, selon le sens du latin Ubertinus,
2 Ménippe de Gadara, philosophe cynique, qui vécut à Thèbes au 4e siècle av. J.-G, composa des satires. C'est à son exemple que le savant Romain Terentius Vairon, contemporain de César, donna le nom deMenippeae à ses satires en prose mêlée de vers. C'est donc comme imitateurs de seconde main que les savants français ont choisi le titre de leur pamphlet.
3 Voyez page 409, note 1.