LE XYH* SIÈCLE JUSQU'A CORNEILLE, MALHERBE. XLV
d'une grande éloquence. Nous en reproduisons l'apostrophe lancée contre le Paris de la fin du seizième siècle:
aO Paris qui n'es plus Paris, mais une spelunque de bestes farouches, on* citadelle d'Espagnols, Wallons et Napolitains, un asyle et fleure retnkte de voleurs, meurtriers et assassinateurs, ne veux-tu jamais te ressentir de ta dignité et te souvenir qui tu as esté, au prix de ce que tu es, ne veux-tu jamais te garir de cette frénésie qui, pour un légitime et gracieux roy, Va engendré cinquante roytelets et cinquante tyrans? Te voilà aux fers, te voilà en l'inquisition d'Espagne, plus intolérable mille fois, et plus dure à supporter aux esprits nez libres et francs, comme sont les Français, que les plus cruelles morts dent les Espagnols se sauroient aviser. Tu n'as pu supporter une légère augmentation de tailles et d'offices et quelques nouveaux edicts qui ne t'importoyent nullement; et tu endures qu'on pille tes maisons, qu'on te rançonne jusques au sang, qu'on emprisonne tes sénateurs, qu'on chasse et bannisse tes bons citoyens et conquiers; qu'on pende, qu'on massacre tes principaux magistrats; tu le vois et ta l'endures, tu ne l'endures pas seulement, mais tu l'approuves *4 le loues, et n'oserois et ne sçaurois faire aultrement Tu n'as peu apporter ton roy si débonnaire, si facile, si familier, qui s'estoyt rendu comme concitoyen et bourgeois de ta ville, qu'il a enrichie, qu'il a embellie de *omptueax bastiments, accreue de forts et superbes remparts, ornée de privilèges et exemptions honorables: que dis-je, peu supporter? c'est bien pis: ta l'as chassé de sa ville, de sa maison, de son lict: quoy chassé? tu l'as ponrsuivy: quoi poursuivy? tu l'as assassiné, canonizé l'assassinateur, et feict des feux de joye de sa mort; et tu vois maintenant combien ceste mort t'a prouffitét"