SAINTE-BEUVE
Charles-Augustin sainte-beuve naquit eni804 à Bon-
logne-sur-Mer, où son père était contrôleur général des droits réunis,5 Sa mère, femme d'un esprit distingué et d'une famille originaire d'Angleterre, l'instruisit de bonne heure dans la littérature de ce pays. Après avoir fait ses humanités au Collège Charlemagne, à Paris, le jeune homme, combattant l'instinct qui l'entraînait vers la poésie, étudia la médecine pour se faire un état, ce qui ne l'empêcha pu d'écrire en même temps pour le Globe des articles d'histoire et de critique. L'apparition des Odes et Ballades de Victor Hugo exerça sur lui une influence extraordinaire; bientôt il renonça à la médecine, se consacra entièrement aux lettres et s'attacha à la cause de la révolution romantique en s'enrôlant dans le Cénacle.1 En 1828, il fit paraître son Tableau historique et critique de la poésie française au XVIe siècle, un des meilleurs ouvrages de critique de notre époque. Vinrent ensuite les Poésies de Joseph Delornu, moins bien accueillies du public, puis les Consolations (1830), poésies qui se distinguent par la peinture des détails de la vie intérieure.
Après la révolution de 1830, Sainte-Beuve s'attacha un moment aux s&int-simoniens,4 mais bientôt il les quitta, peu satisfait de la nouvelle religion sociale. Dès lors il travailla pour différents journaux, mais surtout pour la Revue des Deux Mondes, où il continua 666 remarquables Portraits littéraires, commencés en 1829. En 1837, Sainte-Beuve entreprit un voyage en Suisse. Hy conçut le projet d'écrire une Histoire de Port-Royal, 5 œuvre de longue haleine qu'il n'acheva qu'en 1848. En 1840 il accepta de M. Thiers une place de bibliothécaire à la bibliothèque Hazarine. En 1845 il entra à l'Académie française.
En 1850, Sainte-Beuve reprit au Constitutionnel sous le titre de Causeries du lundi ses portraits littéraires, qui ont fini par former une série de volumes. Après avoir exercé de 1857 à 1861 les fonctions de maître de conférences à l'École normale,6 il reprit sa collaboration régulière au Constitutionnel. En 1865, il fut appelé au Sénat. Il est mort à Paris, en 1869.
Sainte-Beuve s'est fait dans la critique une place à part D est vrai qu'il a eu tour à tour des sympathies et des admirations pour des écrivains de tous genres; mais Û possède un art si merveilleux de mêler la biographie anecdotique à la critique, un talent si original pour faire d'une manière délicate la dissection anatomique d'un écrivain, qu'on le lit toujours avec fruit et avec plaisir. Son style est en général piquant, imprévu, quelquefois bizarre et tourmenté. L*5 tours si originaux de la langue du XVIe siècle s'y rencontrent avec la phraséologie vague du XIXe*
1 D'après Vapereau, Dictionnaire des Contemporains.
2 Droits réunis, c'est-à-dire impôts, qu'on appelle aujourd'hui <#"' tributions indirectes.
• Voyez page 502 (Victor Hugo). * Voyez page 584, note 4
8 Voyez page 54 (Pascal), page 165 (Racine) et page 500 (Victor Cousin)-
• Voyez page 602, note 2.
CÀU8EUBS DU LUNDI. 623