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DEUXIEME METTRE

Victoire, grande victoire, ma bonne sœur! me voilà revenue de chez notre grande dame, «et succès inespéré, tu vas voir. Puisque j'ai encore une soirée de liberté, la dernière probablement, j'en vais profiter pour te raconter l'entrevue. H me semblera que je cause encore avec toi au coin de ton feu, berçant Chariot d'une main et amusant Lili de l'autre. Obère amours, que font-ils en ce moment? Ils ne s'imaginent pas que je suis toute seule dans une triste chambre d'auberge, car, dans la crainte (Tétre importune à M™ d'Arglade, je suis descendue dans un petit hôtel; mais je serai très bien chez ia marquise, et cette soirée solitaire ne m'est pas mauvaise pour me recueillir et penser à vous autres sans distraction. J'ai très bien fait d'ailleurs de ne pas trop compter sur le gîte qui m'était offert, car M"* d'Arglade est absente, et j'ai dû bravement me présenter moi-même à M»6 de Yillemer.

Tu m'as recommandé de te faire son portrait: elle a soixante ans environ, mais elle est infirme et sort très peu de son fauteuil; cela et sa figure souffrante la font paraître plus Agée de quinze ans. Elle n'a jamais dû être ni belle ni bien faite; mais sa physionomie est expressive et caractérisée. Elle est très brune; ses jeux sont magnifiques, assez dure, mais francs. Elle a le nez droit et tombant trop sur la bouche, qui est laide et qu'on voit encore trop» Cette bouche est dédaigneuse à l'habitude;1 cependant toute la figure s'éclaireit et s'humanise quand elle sourit, et elle sourit facilement Ma première impression s'est trouvée d'accord avec la dernière. Je crois cette dame très bonne par réflexion plutôt que par entraînement, et courageuse plutôt que gaie. Elle a de l'esprit et de l'instruction. Enfin elle ne diffère pas beaucoup du portrait que M*6 d'Arglade nous avaitfait d'elle. Elle était seule quand on m'a introduite dans sa chambre. Elle, m'a fait asseoir près d'elle avec assez de grâce, et voici le résumé de la conversation.

„Vous m'êtes beaucoup recommandée par M™ d'Arglade, que j'estime infiniment. Je sais que vous appartenez à une excellente famille, que vous avez des talents, un caractère honorable et une vie sans tache. J'ai donc le plus grand désir que nous puissions nous entendre et nous convenir mutuellement. Pour. cela, il faut deux <hoses: l'une, c'est que mes offres vous paraissent satisfaisantes; l'antre, que notre manière de voir ne soit pas trop opposée, car ce serait la source de contrariétés fréquentes. Traitons la première question. Je vous offre douze Cents francs par an."

„On me Ta dit, madame, et j'ai accepté. — On m'avait dit à moi que vous trouveriez t>eut-ètre cela insuffisant? — Il est vrai que 1est peu pour les besoins de ma situation; mais madame est juge de la sienne propre, et puisque me voilà-. » . , — * Parlez franchement; vous trouvez que ce n'est pas assez? — Je ne peux pas dire ce motlà. C'est probablement plus que ne valent mes services. — Je ne

C'est-à-dire habitueUementy ordinairement.

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