‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 44 sur 514 · XLVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLVI INTRODUCTION

herbe a exercé en France une espèce de dictature littéraire, qui fut combattue quelque temps par Régnier et d'autres, mais qui finit par s'imposer. Du reste les poésies qu'il publiait furent la sanction de 6es doctrines. Ses odes et ses «tances sont pleines de force, d'harmonie et de noblesse.

Dans la première moitié du 17e siècle, la langue française, comme la monarchie, marchait à grands pas vers l'unité. C'est là le grand mérite de Malherbe d'avoir facilité ce mouvement en trouvant une langue qui n'était ni au-dessous de la délicatesse des classes élevées, ni au-dessus de l'intelligence de la foule, une langue commune à la cour, à la ville, au peuple. Nous reproduisons de ce poète les stances suivantes adressées à un ami pour le consoler de la mort de sa fille.

Ta doulour, du Perier, sera donc éternelle,

Et les tristes discours, Que te met en Pesprit Paniitié paternelle,

L'augmenteront tousjours?

Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trospas, Est-ce quelque dédale, où ta raison perdue

Ne se retrouve pas?

Je sçais de quels appas son enfance estoit pleine,

Et n'ai pas entrepris, Injurieux amy, de soulager ta peine

Âvecque son mépris.

Mais elle estoit du monde, où les plus belles choses

Ont le pire destin; Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.

Racan (1589—1670) fut le disciple favori de Malherbe. Il a moins de force, mais autant de grâce naturelle. Du reste son mérite a été fort exagéré par ses contemporains. Les Bergeries de Racan sont une longue pastorale dramatique, renfermant quelques beaux passages, mais en somme fort ennuyeuse.

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