AUGIER
NOTICE BIOGBAPHIQUE VT UTTÉBÀIM.1
EMILE AUGIER naquit en 1820 à Valence, en Dauphiné. Ses études classiques terminées, il commença à faire son droit; mais bientôt la passion des vers, qui l'avait tourmenté dès le collège, remporta. Bn 1844, il donna sa première comédie en vers, la Gguë, qui eut une grande vogue au théâtre de l'Odéon. Cette pièce est, soos la forme d'un élégant tableau des mœurs antiques, une haute leçon de morale donnée à l'indifférence égoïste et à la vieillesse prématurée de beaucoup de jeunes gens de notre époque. Nous reproduisons une scène de cette comédie, qui, comme œuvre d'art, passe encore aujourd'hui pour une des meilleures pièces du poète. Cependant il ne sut pas plus que Ponsard* inspirer au public français du goût pour la reproduction des mœurs antiques sur le théâtre moderne. En 1848, Augier donna au Théâtre-Français V Aventurière^ comédie en vers qui, profondément remaniée en 1860, eut un grand et légitime succès. En 1849, il fit représenter au Théâtre-Français Gabriellt, comédie en cinq actes et en vers, qui était en même temps une œuvre morale et qui fut couronnée comme telle par l'Académie française. Après un essai peu réussi dans le genre du drame proprement dit, Augier revint à la comédie et fit représenter, en 1858, d'abord une comédie en vers, Philiberte, charmante pièce de genre où la grâce des détails supplée au vide de l'intrigue, puis, en collaboration avec Jules Sandeau,3 la Pierre de touche, comédie en cinq actes et en prose, et en 1855, avec le même collaborateur, le Gendre de M. Poirier, comédie de caractère, espèce de Bourgeois gentilhomme et de George Dandin* moderne. Cette pièce châtie, avec une grande verve comique, les travers de la noblesse vaniteuse et ruinée et les ridicules mesquins de la bourgeoisie enrichie. Nous l'analysons en partie, et nous en reproduisons plusieurs scènes. En 1858, la même année où il fût élu membre de l'Académie française, Augier donna une nouvelle comédie en cinq actes et en vers, la Jeunesse, dont les situations, les sentiments et le langage ont paru avoir une grande analogie avec P Honneur «* l'Argent de Ponsard, puis, en collaboration avec M. Foussier, le* Lionnes pauvres, une des conceptions dramatiques les plus fortes, mais aussi les plus hardies de notre temps. A cette époque et par cette pièce, Augier entre dans une nouvelle voie: c'est la satire sociale sous la forme dramatique qu'il adopte définitivement pour son genre. En 1861, il fit représenter sur le Théâtre-Français Ze* Effrontés, œuvre hardie qui fut très vivement discutée par la critique, mais qui obtint un succès bruyant et prolongé. En 1862, il donna à cette pièce une suite, un pendant plus téméraire encore, dans le Fil* de Giboyer% comédie qui eut à Paris, pendant six mois, la vogue la plus soutenue, souleva les orages les plus violents et donna naissance à un grand nombre de brochures pour l'attaquer ou la défendre.
1 D'après Vapereau, Dictionnaire des Contemporains.
8 Voyee page 688. » Voyee page 666. * Voyee page 107.
LA CIGUË (ACTE I, SCÈNE i). 705
Nous essayons de faire connaître ces deux pièces à nos lecteurs par une courte analyse du principal caractère et par la reproduction d'une scène des Effrontés.
En 1864, Emile Augier donna, au Théâtre-Français, Maître Guéri* et, en 1866, à l'Odéon, la Contagion, deux comédies en prose d'un intérêt soutenu, dont la première surtout eut un grand succès, mais qui sont loin d'avoir la haute portée des pièces dont nous venons de parler. Un succès plus décisif fut celui qu'obtint, en 1868, au Thé&tre-Français, Paul Forestier, comédie en vers. C'est un grand drame à passions où, malgré 1 élément poétique et le dénoûment moral, l'auteur a atteint les limites de la hardiesse que comporte la mise en scène d'une situation immorale. En 1873, Augier donna au Théâtre-Français, "en collaboration avec Bandeau, un drame en cinq actes, intitulé Jean de Thotnmeray, et en 1878 les Four chambault, comédie en trois actes. Il est mort au mois de novembre 1889.