‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 478 sur 514 · LE GE5DKE DE M. POIKIBE (ACTE I, 8CÈNE U · texte numérisé non relu

LE GE5DKE DE M. POIKIBE (ACTE I, 8CÈNE U

tous les arbres à fruit, il était né pour Tivre en espalier. Toute son ambition était de fournir aux desserts d'un gentilhomme: ses vœux sont exaucés.

Le duc. Bah! il y a encore des bourgeois de cette pâte-là?

Gaston. Pour te le peindre en un mot, c'est George Dandin1 à l'état de beau-père.

Le duc. Où l'as-tu rencontré?

Gaston. Il avait des fonds à placer et cherchait un emprunteur; c'était une chance de nous rencontrer: nous nous rencontrâmes. Je ne lui offrais pas assez de garanties pour qu'il fit de moi son débiteur; je lui en offrais assez pour qu'il fit de moi son gendre. Je pris des renseignements sur sa moralité; je m'assurai que sa fortune venait d'une source honnête, et ma foi, j'acceptai la main de sa fille.

Le duc. Avec quels appointements?

Gaston. Le bonhomme avait quatre millions,9 il n'en a plus que trois.

Le duc. Un million de dot!

Gaston. Mieux que cela: tu vas voir. H s'est engagé à payer mes dettes, et je crois même que c'est aujourd'hui que ce phénomène sera visible; ci,8 cinq cent mâle francs. Il m'a remis, le jour du contrat, un coupon de rentes de vingt-cinq mille francs: ci, cinq cents autres mille francs.

Le duc. Voilà le million; après?

Gaston. Après? Il a tenu à ne pas se séparer de sa fille et à nous défrayer de tout dans son hôtel; en sorte que, logé, nourri, chauffé, voiture, servi, il me reste vingt-cinq mille livres de rentes pour l'entretien de ma femme et le mien.

Le duc. C'est très joli.

Gaston. Attends donc!

Le duc. H y a encore quelque chose?

Gaston. Il a racheté le château de Presles, et je m'attends, d'un jour à l'autre, à trouver les titres de propriété sous ma serviette.

Le duc. C'est un homme délicieux!

Gaston. Attends donc!

Le duc. Encore?

Gaston/ Après la signature du contrat, il est venu à moi, il m'a pris les mains, et, avec une bonhomie touchante, il s'est confondu en excuses de n'avoir que soixante ans; mais il m'a donné à entendre qu'il se dépécherait d'en avoir quatre-vingts. Au surplus, je ne le presse pas .... il n'est pas gênant, le pauvre homme. Il se tient à sa place, se couche comme les poules, se lève comme les coqs, règle les comptes, veille à l'exécution de mes moindres désirs; c'est un intendant qui ne me vole pas: je le remplacerais difficilement.

M. Gaston de Presles se trompe étrangement sur le véritable caractère de son beau-père et sur les motifs qui l'ont porté à marier sa fille à un gentilhomme rainé. M. Poirier, en montrant tant de condescendance envers son gendre, en promettant de payer ses dettes et en lui fournissant les moyens de satisfaire toutes ses fantaisies, a une arrière-pensée qu'il finit par laisser voir à son ami et ancien associé, M. Verdelet et à sa fille Antoinette.

1 Voyez page 107. 2 C'est-à-dire: quatre millions de francs.

• Dans les comptes de commerce, l'adverbe et se met avant la somme qu'il annonce.

710 EMILE AUOIEB (1880-188»).

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