‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 488 sur 514 · LE BOKAN D'UN JEUNE HOMME PAUVRE · texte numérisé non relu

LE BOKAN D'UN JEUNE HOMME PAUVRE

lue ta ailles grossir la foule envieuse et ridicule des soupirants de coulisse, des vagabonds d'atelier et des grands hommes de tabagie, — peu importe, — tu es perdu! Je te le répète, André: règle ton cœur et règle ta vie; tout est là. Dans tes nuits de défaillance, évoque à ton aide les ombres des vaillants et des forts, évoque ces illustres bénédictins de notre art, les seuls peut-être qui aient heurté du front les voûtes de l'idéal,1 Palestrina, notre Moïse — Beethoven, notre Homère, — Mozart,3 notre Molière et notre Shakespeare à la fois . . . Ceux-là n'étaient pas seulement de grands hommes ... ils étaient des saints! . . . (Avec émotion.) — Et si j'ose me nommer après ces colosses, songe aussi quelquefois, mon ami, à ton vieux maître; du sein de la gloire qui t'attend sans doute, retourne quelquefois ton regard vers mon obscurité. (Sa voix se trouble.) Nous allons nous quitter, mon ami; nous allons rompre la chaîne de nos études communes et de nos enthousiasmes partagés; . . . c'est un déchirement pour mon cœur, je ne te le cache pas . . . Jamais je n'ai semé sur un sol plus heureux . . . jamais moisson plus féconde ne paya les soins de l'humble laboureur ... Je te remercie, André, des joies que tu m'as données, et je prie Dieu qu'il t'en récompense ! ... Et maintenant (il se lève, très ému), maintenant, adieu, mon enfant, adieu, mon disciple bien-aimé . . . Embrasse-moi!

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