SCÈNE IV
Don Diègue. 0 rage! ô désespoir! ô vieillesse ennemie! N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie? Et ne suis-je blanchi dans les travaux guerriers Que pour voir en un jour flétrir tant de lauriers?
1 Expression hardie permise à un poète. En prose on aurait dit; dont quelqu'un de ma race ait vu rougir son front.
LE cm (ACTK I, SCÈNE- IV, v). 5
Mon bras qu'avec respect toute l'Espagne admire, Ion bras, qui tant de fois a sauvé cet empire, Tint de fois affermi le trône de son roi, Trahit donc ma querelle, et ne fait rien pour moi! 0 cruel souvenir de ma gloire passée!
Œuvre de tant de jours en un jour effacée! Nouvelle dignité, fatale à mon bonheur!
Précipice élevé, d'où tombe mon honneur! Fut-il de votre éclat voir triompher le Comte, Et mourir sans vengeance, ou vivre dans la honte? Comte, sois de mon prince à présent gouverneur: Ce haut rang n'admet point un homme sans honneur Et ton jaloux orgueil, par cet affront insigne, Malgré le choix du Roi, m'en a su rendre indigne. Et toi, de mes exploits glorieux instrument, lais d'un corps tout de glace inutile ornement, Fer, jadis tant à craindre, et qui, dans cette offense, ITas servi de parade et non pas de défense, Va, quitte désormais le dernier des humains, Passe, pour me venger, en de meilleures mains.