‹ Manuel de littérature françaiseChapitre 80 sur 514 · FRAGMENT DE LÀ SEPTIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

FRAGMENT DE LÀ SEPTIÈME LETTRE

De la méthode de diriger les intentions, selon les casuistes.

D me parla des maximes de ces casuistes touchant les gentilshommes à peu près en ces termes:*

Vous savez, me dit-il, que la passion dominante des personnes de cette condition est ce point d'honneur qui les engage à toute heure & des violences qui paraissent bien contraires à la piété chrétienne; de sorte qu'il faudrait les exclure presque tous de nos confessflRaux, si nos pères1 n'eussent un peu relâché de la sévérité de la religion pour s'accommoder à la faiblesse des hommes. Hais comme ils voulaient demeurer attachés à FÉvangile par leur devoir en Dieu, et aux gens du inonde par leur charité pour le prochain, ils ont eu besoin de toute leur lumière pour trouver des expédients qui tempérassent tas choses avec tant de justesse, qu'on pût maintenir et réparer son honneur par les moyens dont on se sert ordinairement dans le monde, sans blesser néanmoins sa conscience, afin de conserver tout ensemble deux choses aussi opposées en apparence que la piété et l'honneur.

Hais autant que ce dessein était utile, autant l'exécution en était pénible; car je crois que vous voyez assez la grandeur et la difficulté de cette entreprise. — Elle m'étonne, lui dis-je assez froidement. — Elk vous étonne? me dit-il: je le crois, elle en étonnerait bien d'autres. Ignora-Tous que, d'une part, la loi de FÉvangile ordonne »de ne point rendre le mal pour le mal, et d'en laisser la vengeance à Dieu?c et que, de l'autre, les lois du monde défendent de souffrir les injures sans en tirer raison soi-même, et souvent par la mort de ses ennemis? Arez^roos jamais rien tu qui paraisse plus contraire? Et cependant, qaand je vous dis que nos pères ont accordé ces choses, vous me dites simplement que cela vous étonne. — Je ne m'expliquais pas assez,

1 On appelait casuistes des théologiens dont les études avaient pour otjet de résoudre des cas de conscience, c'est-à-dire de décider si telle ■etkm est bonne on mauvaise, si elle constitue un péché mortel ou non, etc. -

* Pascal feint de se faire instruire par un casoiste.

* Jlrst (pakes), qui s'emploie souvent dans un sens absolu des anciens ptrrn es fJBJUse, se dît aussi de tous les ecclésiastiques et désigne ici les

les deux notes précédentes.

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