CHAPITRE V
coup-d'œil sur quelques orateurs anciens et modernes.
Il y a trois genres d éloquence oratoire.
L'éloquence délibérative , 1 éloquence judiciaire , et l'éloquence démonstrative.
L'éloquence délibérative a dû naître et se développer dans les républiques ; aussi devons-nous à celles d'Athènes et de Rome les modèles éternels de l'éloquence.
L'orateur,dansles assemblées délibérât ivcs, proposait au peuple la paix, la guerre, une loi nouvelle , enfin un objet important au salut de la patrie. Il en exposait les dangers ou les avantages. Souvent un autre orateur opposait des raisons contraires à celles qui venaient d'être exprimées ; la multitude en décidait, et le plus éloquent devant nécessairement remporter, l'art de la parole devenait le plus important de tous les arts.
L'éloquence judiciaire est celle qui s'occupe de l'accusation ou de la défense. Par elle l'innocence triomphe , et le crime est confondu.
L'éloquence démonstrative renferme lej
panégyriques , les oraisons funèbres , les sermons, les harangues aux rois, aux princes, les discours académiques , etc, " 9
Aristote appartient à l'histoire , à la poésie, à la philosophie, à l'histoire naturelle,. et à l'éloquence, ' v "
Chargé de l'éducation d'Alexandre, il composa un traitjé de logique; cette science, qui est qelle du raison nenxenî , devient 1* base de toutes les .autres, Aristote écrivit encore une poétique , dans laquelle il fixe les iègles de la poésie et de l'éloquence, en peint l'origine et les progrès , en fixe les règles générales et particulières. Sa rhétorique a servi de modèle à Quintilien , dans son livre de Y Institution de l'Orateur, traité de rhétorique, le plus complet que nous ait laissé l'antiquité.
Isocrate établit en Grèce une école d elo-r
quence,
' JsÉE eut pour disciples, Eschine et Dé-r posthènes. Ces deux orateurs furent con^temporainset rivaux; ils occupèrent la trj^
bune avec un succès long-tems balancé*
uigiti
Démosthènes , malgré la perte de la bataille de Chéronée, bataille qu'il avait excitée par ses harangues, ne perdit point l'estime des Athéniens ; on le chargea de pourvoir aux vivres; on lui décerna même une couronne d'or, pour avoir fourni une somme pour réparer les murs de la ville. Eschyne attaqua ce décret, sous prétexte que Démosthènes était comptable : la cause fut plaidée ; nous allons offrir une partie de la défense de ce grand homme ; elle donnera une idée de* son . éloquence. Après avoir parlé long-tems avec sagesse, il s'écrie en s' adressant à Eschyne :
Malheureux! si c'est le désordre public qui te donne de l'audace, quand tu devrais en gémir avec nous , essaie donc de faire voir dans ce qui a dépendu de moi, quelque chose qui ait contribue à notre malheur, ou qui n'ait pas du le prévenir. Partout où j'ai été en ambassade , les envoyés de Philippe ont-ils eu quel qu'avantage sur moi? Non, jamais, non, nulle part ; ni dans la Thcssalie, ni dans la Tbrace , ni dans Thèbes , ni dans Byzance , ni dans l'Illyric. Mais ce que j'avais fait par la parole, Philippe l'a détruit par la force ; et lu t'en pTcnds à moi ! Et tu ne rougis pas de m'en demander compte ! Ce même Démosthènes, dont tu fais un homme si faible , tu veux qu'il l'emporte sur les armées de Philippe ! JEt avec quoi ? avec la parole J
IOO MANUEL
éar il n'y avait que la parole qui fût à moi ; je ne disposais m des bras , ni de la fortune de personne ; je n'avais aucun commandement militaire ; et il n'y a qu« toi d'assez insensé pour m'en demander raison. Mais que pouvait, que devait faire l'orateur d'Athènes? Voir le mal dans sa naissance , le faire voir aux autres ; et c'est ce que j'ai fait : prévenir , autant qu'il était possible , les retards , les obstacles de toute espèce , trop ordinaires dans les républiques alliées et jalouses ; et c'est ce que j'ai fait : opposer à toutes les difficultés le tèle cl l'empressement , l'amour du devoir, l'amitié, la concorde ; et c'est ce que j'ai fait : sur aucun de ces points je de'fic qui que ce soit de me trouver en défaut. Et, si on me demande comment Philippe l'a emporté? tout le monde répondra pour moi : par ses armes , qui ont tout envahi ; par son or, qui a tout corrompu. Il n'était pas en moi de combattre ni l'un ni l'autre ; je n'avais ni trésors , ni soldats.
Maris , pour ce qui est de moi , j'ose dire que j'ai vaincu Philippe ; et comment ? en refusant ses largesses, en résistant à sa corruption. Quand un homme s'est laissé acheter , l'acheteur peut dire qu'il a triomphé de lui ; mais celui qui demeure incorruptible peut dire qu'il a triomphé du corrupteur. Ainsi donc, autant qu'il a dépendu de Démosthcnes , Athènes acte victorieuse , Athènes a été invincible.
Après avoir lu ce passage, on devine qu'Eschyne succomba clans son accusation ; il fut envoyé en exil, et dut se réfugier à
Rhodes; comme il allait partir, Démosthènes l'obligea à recevoir une forte somme d'argent ; sur quoi Esehyne s'écria :
Comment ne pas regretter une patrie où je laisse un ennemi si généreux, que je désespère de trouver nulle part un ami qui lui ressemble !
L'éloquence n'a jamais été déployée avec plus de force et d'art que dans les harangues de Démosthènes , intitulées les Philippiques , surtout dans celle de la Chersonèse.
Les Athéniens jouissaient d'une paix générale, et s'abandonnaient aux plaisirs. Philippe , troisième fils d'Amyntas , et frère de Perdicas, roi de Macédoine, élevé dans la maison dTEpaminondas , n'avait que trop profilé, pour le repos de la Grèce, des leçons qu'il avait reçues d'un tel maître. Ce jeune ambitieux ayant appris la mort de son frère, tué dans une bataille contre les Illyriens , s'échappe de Thèbes , se rend en Macédoine, parvient à se faire nommer tuteur de son neveu, fils de Perdicas, et bientôt s'empare de la couronne ; craignant alors la puissance d'Athènes , il négocie la paix avec
10a MANUEL
elle et l'obtient , tout en méditant sa ruine. Mais Démosthènes devait ,. par la seule puissance de son génie, arrêter souvent ses desseins. L'éloquence de cet orateur était grave , sévère , hardie , impétueuse ; ses harangues ( sont pleines de métaphores, d'apostrophes; la véhémence était son caractère distinctif 5 et ce genre était nécessaire aux Athéniens , qui avaient besoin d'être fortement agités pour qu'ils sortissent de leur indolence, et ouvrissent enfin les yeux sur les projets de
phili PP e - . At v/
Voici une de ses apostrophes aux Athéniens, dans sa harangue qui fit refuser à Philippe le passage des Thermopyles.
Voulez-vous vous promener éternellement dan, le, places publique, , en vous demandant le, uns au, au.res, qu'y a t-il de nouveau ? Eh"! quoi de plus nouveau, qu'un homme de Maeédoine, vainqueur d'Athènes , et arbitre de la Grèce ?
Eschyne , contemporain et rival de Démosthènes , parla en faveur de Philippe , auquel il s'était vendu, et fut écouté ; Philippe s'empara des Thermopyles ; et , poursuivant ses conquêtes, voulut s'emparer- de la Chersonèse ; ce fut alors que Démos-
{ » DE LITTÉRATURE» lo3
thènes prononça la fameuse harangue intitulée la Chersonèse. 11 redoubla de zèle , quand Philippe entra en Laconie. Enfin le roi de Macédoine, ayant attaqué Bizance, cette entreprise réveilla toute la Grèce, et donna comme une nouvelle éloquence à DémQsthènes. Philippe disait lui-même que cet orateur pouvait plus contre lui tjue toutes Jes forces de la Grèce,
Cicéron fut le plus grand orateur de 'Rome, et ne dut le consulat qu'à son éloquence. Il parut à la tribune, lorsquHortentius (Quintus), qu'on appelait le roi du barreau , et qui avait rempli la multitude d'admiration , y régnait encore, Cicéron lutta d'abord contre cet illustre adversaire, dont il obtint l'estime et l'amitié.
Les deux discours de Cicéron contre Verrès, celui en faveur de Milon, ses Catilinaires, sa seconde Philippîque, son discours pour la loi Manilia , ses remorcîmens à César pour Marceilus, sont des morceaux admirables dans l'éloquence judiciaire.
Ses discours en faveur de Muréna , d' Ar-
loi MANUEL
chîas , de jSextius , étalent toutes les beautés du genre ; nous en donnerons pour preuve un fragment de relui en faveur de Sextius.
Clodius, sénateur romain, voué à 1 infamie , à la tête des gladiateurs, avait attaqué le forum, où Sextius resta-pour mort. L'autorité % légale rétablie, Clodius osa faire attaquer SexliusparÀibinodamus.Cicéron prit la défensede Taccuaé avec la véhémence impétueuse qui caractérisait Démoslhèncs. Après savoir rappelé le combat qui fut si fatal à Sextius , il peint , des couleurs les plus vives , un tribun du peuple percé de coups , et n'échappant à la mort que par Terreur de ses assassins, qui croient l'avoir vu expirer ; alors il s'écrie :
C'est Sextius , c'est lui qu'on accuse de violence l Et pourquoi ? que! est son crime ? c'est celui de yjvrc encore. Mai s Clodius ne peut pas même le lui reprocher. S'il vît , c'est qu'on ne lui a pas porté le dernier coup f le coup qui devait lui être mortel. A qui t'en prendstu , Clodius? Accuse donc le gladiateur Lcutidus , qui n'a pas frappé où il fallait. Accuse ton satellite Sabinu* de Réate, qui cria si à-propos pour*Sextius : il estmort. Mais toi , que lui reproches-tu ? s'est-il refusé au gjaive? no l'a-t-il pas reçu dans ses flancs, comme les
DE LITTÉRATURE. Io5
gladiateurs du Cirque, à qui on ordonne de recevoir la mort? De quoi esl-il donc coupable, Romains ? Est-ce de n'avoir pu mourir ? D'avoir couvert du sang d'un tribun les marches du temple de Castor? Est-ce de ne s'être pas fait rapporter sur la place lorsqu'il fut rendu à la vie? De ne s'être pas remis sous le glaive? Mais je vous le demande , Romains , si Sextius , que l'on crut mort, fût mort en effet, n'auriez-vous pas pris les armes pour venger le sang d'un magistrat* dont la personne est inviolable ? pour venger la république des attentats d'un brigand? Verriez- vous tranquittement Clodius paraître devant votre tribunal? et celui dont la mort eût fait pousser des cris de vengeance , pour peu que vous vous fussiez souvenu de vos droits et de vos ancêtres , peut-il craindre quelque ebose de voua quand vous avez à prononcer entre la victime et l'assassin ?•••
Pour bien connaître l'éloquence de Cicéron , il faut lire son traité des Orateurs Célèbres, où il s'entretient avec Atticus et Bru tus.
Bossuet, évêque de Meaux, est un des *plus grands modèles de l'éloquence moderne.
L'oraison funèbre de la reine d'Angleterre, veuve de Caries I er ., est remplie de feu,, d'idées, de ces élans d'imagination qui étonnent, et de ces traits sublimes qui transportent d'admiration.
Iû6 MANUÈL
L'oraison funèbre de Madame , enlevée i la fleur de l'âge, et morte entre les bras de l'orateur chrétien , arracha à ses auditeurs des sanglots qui l'obligèrent à s'interrompre après ces paroles foudroyantes:
O nuit désastreuse! nuit effroyable! où retentit tout d'un coup , comme un éclat de tonnerre , cette épouvantable nouvelle : Madame se meurt.... , Madame est morte
Son émotion s'étant calmée par le sublime empire de la religion , il reprit :
Qui de nous ne serait frappé à ce coup, comme si quelque tragique accident avait désolé sa famille ? Au premier bruit d'un mal si étrange , on accourt à Saint- Cloud de toute part ; on trouve tout consterné , excepté te coeur de cette princesse. Partout on entend des cris ; partout on voit la douleur et le désespoir , et l'image de la mort. Le roi , la reine , monsieur , toute la cowc' 9 tout le peuple, tout est abattu, tout est désespéré, et il me semble que je vois l'accomplissement de ces paroles du prophète : le roi pleurera^ le prince sera désole\ et les mains tomberont au peuple , de douleur et d^étonnement. 4
Mais les princes et le peuple gémissaient en vain; en vain , monsieur , en vain le roi même , tenaient madame serrée par de si étroits embrassemens ; alors ils
pouvaient dire ces paroles de Saint- Ambroise ; je serrais les bras , mais j'avais déjà perdu ce que je tenais. La princesse leur échappait parmi des embrassemens si tendres, et la Mort, plus puissante, l'enlevait d'entre ces mains royales? Quoi donc! elle devait périr sitôt! Dans la plupart des hommes , les changemens se font peu à peu, et la Mort prépare ordinairement à son dernier coup. Madame , cependant , a passé du matin au soir, ainsi que l'herbe des champs. Le matin, elle fleurissait, avec quelles grâces, vous le savez ! Le soir, nous la vîmes aéchée ; et les fortes expressions avec lesquelles l'écriture sainte exagère l'insconstance des choses humaines , devaient être pour cette princesse, si précise et si littérale. » . y
En parlant de la dernière heure de Madame , il dit encore :
Au lieu de l'histoire d'une belle vie, nous sommes réduits à faire le récit d'une admirable, mais triste mort À la vérité , messieurs , rien n'a jamais égalé la fermeté de son Âme , ni le courage paisible , qui , sans faire d'effort , s'est trouvé par sa naturelle situation , audessus des accidens les plus redoutables. Oui, madame fut douce envers la Mort , comme elle l'était envers le monde. Son grand cœur ne s'aigrit, ni ne s'emporta contre cllq. Elle ne la brava pas non plus avec fierté % contente de l'envisager sans émotion , et de la recevoir sans trouble. Triste consolation , puisque , malgré son grand courage , nous l'avons perdue î etc.
ïo8 MANUEL
Fléchier, évâque de Nismes et académie cien , s'est montré grand oratear dans l'oraison funèbre de Turenne. Que d'images renfermées dans ce peu de mots !
Turenne meurt : tout se confond, la fortune chancelle , la victoire se lasse, la fortune s'éloigne ; les bonnes intentions des alliés se ralentissent, le courage des troupes est abattu par la douleur et ranimé par la ▼engeance ; tout le camp demeure immobile. . . . . .
Bourdaloue jésuite , est parmi nous lf fondateur de l'éloquence chrétienne. On en jugera par le fragment tiré de son sermon prêché devant le Roi, pour la fête de la Toussaint, dont le texte est : La récompense de la vie des Saints 1 .
Se fatiguer, s'épuiser, souvent s'immoler pour des récompenses incertaines , auxquelles on parvient difficilement , et dont tous les jours , après de vaincs expériences , on a le chagrin de se voir , ou malheureusement frustre , ou même injustement exclu; c'est la triste et fatale destinée de ceux qui s'attachent an monde. Àu contraire , travailler pour une récompense sûre , et servir un maître auprès duquel on peut compter qu'il n'y eut , qu'il n'y aura jamais de mérite perdu , c'est ce gttl a fait sut la terre le Lonheur des élus de Dieu , et
de ces saints prédestines dont nous honorons aujourd'hui la glorieuse mémoire. Ils servaient un Dieu fidèle «dans sa promesse ; ils avaient en vue une récompense /qui ne pouvait leur manquer. Voilà , dit Sainl-Chry— sostnme, ce qui les a rendus capables de tout entreprendre et de tout souffrir. Je souffre, disait un d'entre eux , plein de cette force héroïque, que la foi d'une mérité si constante lui inspire ; c'était Saint-Paul. Je souffre ; mais , bien loin de m'en affliger , je m'en glorifie. Et pourquoi? parce que je sais, ajoute -t- il , quel est celui auquel j'ai confié mon dépôt ; et que je suis Assuré qu'il n'est que trop puissant pour me le garder jusqu'à ce grand *jour où chacun recevra selon ses ouvres.
Fénélon , archevêque de Cambrai, dans sa
Démonstration de V existence de Dieu , n'est pas
moins admirable que les orateurs chrétiens
dont nous venons de lire quelques passages.
Il tire sa démonstration du grand spectacle
de la nature i écoutons le; qui oserait parler,
lorsqu'il peut l'entendre ?
Je ne njûis ouvrir les yeux sans admirer l'art qui éclate dans toute la nature :1e moindre coup-d'œil suffît pour apercevoir la main qui fait tout.
Que les hommes accoutumés à méditer les îclées abstraites, et à remonter aux premiers principes, connaissent la divîrttté par son idée , c'est in* chemin.
IIO MANUEL
sur pour arriver à la source de toute vérité. Maïs pluj ce chemin est droit et court , plus il est rude et inaccessible au commun des hommes , qui dépendent de leur imagination.
C'est une démonstration s; simple, qu'elle échappe, par sa simplicité , aux esprits incapables des opérations purement intellectuelles ; plus cette voie de trouver le premier être est parfaite, moins il y a d'esprits capables de la suivre.
Mais il y a une autre voie moins parfaite , et qui est proportionnée aux hommes les plus médiocres. Les hommes les moins exercés au raisonnement, et les plus attachés aux préjugés sensibles , peuvent , d un seul regard , découvrir celui qui se peint dans tous ses
ouvrages
Ain.i vivent les hommes. Tout leur présente Dieu , et ils ne le voient nulle part. // était dans le monde, et le monde a été fait par lui ; et cependant le monde ne l'a point connu ; ils passent leur vie sans avoir .perçu cette représentation si sensihle de la Divinité, tant la fascination du monde obscurcit leurs yen* ! Sou- ,ent même ils ne veulent pas les ouvrir , et ils affectent ie Us tenir fermes , de peur de trouver celui qu'ils ne cherchent pas. Enfin , ce qui devrait le plus servir a lcU r ouvrir les yeux, ne sert qu'à les leur fermer davantage , je veux dire la constance et la régular.té des mouvemens que la suprême sagesse a mis dans «•univers. St.-Augustin dit que ces merveilles se sont avilies par leur répétition continuelle. Cicéron dit précisément de même. A force de voir tous les jours les
Digitiz
DE LITTÉRATURE. ' m
mêmes choses , l'esprit s'y accoutume aussi bien que les yeux. Il n'admire , ni n'ose se mettre en aucune manière en peine de chercher la cause des effets qu'il voit toujours arriver de la même sorte; comme si c'était la nouveauté, et non pas la grandeur de la chose même qui dût nous porter à faire cette recherche.
Nous ne pouvons transcrire ici toute cette démonstration si belle , si éloquente et si claire ; mais ce court fragment donnera sans doute le désir de la lire dans son entier.
Thomas est le modèle des panégyristes.
Pour feire connaître l'éloquence dans ses plus belles inspirations , nous citerons sa péroraison 4e l'oraison funèbre de Marc- Aurèle,
Quand le dernier terme approcha , il ne fut point étonne' ; je n>e sentais élevé par ses discours. Romains, le grand hpjrorae mourant a je ne sais quoi d'imposant jet d'auguste. Il semble *ju'a mesure qu'il se détache de la terre , il prend quelque chose de cette nature divine fit inconnue qu'il va rejoindre. Je ne touchais ses mains défaillantes qu'avec respect ; et le lit funèbre où il attendait la mort , me semblait june espèce de sanctuaire.
Cependant l'armée était consternée , le soldat gémissait sous ses tentes ; la nature elle-même semblait en deuil ; le ciel de la Germanie était plus obscur ; des
tiî MANUEL
tempêtes agitaient la cime des forêts qui environnaient le camp , et ces objets lugubres semblaient ajouter encore à notre désolation.
Il voulut quelque temps être seul ; soit pour repasser sa vie en présence de l'être suprême , soit pour méditer encore une fois avant de mourir. Enfin il nous fit appeler ; tous les amis de ce grand homme, et les principaux de l'armée , se rangèrent autour de lui ; il était pâle, les yeux presque éteints, et les lèvres presque glacées. Cependant nous remarquions tous une grande inquiétude sur son visage. Prince , il parut se ranimer un moment pour toi; sa main mourante te présenta a tous les vieillards qui avaient servi sous lui. Servez-lui de père, leur dit-il, servez-lui de père ; et alors il te donna des conseils tels que Marc-Aurèlc devait les donner ; Rome et l'univers le perdirent.
Ces exemples suffisent pour donner une idée des trois genres d'éloquence , délibéralire, judiciaire et démonstrative.
DE LITTÉRATURE. Il3