‹ Manuel de littératureChapitre 12 sur 39 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

coup - d'œil sur quelques historiens anciens et modernes.

lShistoire est le récit des événemens passés* La clarté , l'ordre et la liaison sont les quàlités essentielles qui doivent caractériser là narration historique. La clarté fixe 1 attention du lecteur sans la fatiguer ; Tordre plaît à son esprit et à sa raison ; la liaison l'attaéhe aux moindres détails , et ne lui perrtiet pas de quitter l'ouvrage , qu'il n'en ait vu l'ensemble, qu'il ne soit arrivé à la fin.

l e style de l'histoire doit être en général simple, sage, grave. Lorsqu'on écrit pour l'instruction des hommes, c'est à leur jugement et non à leur imagination que l'on s'adresse. Ainsi point de recherche , point de jeux de mots , de saillies ni de sarcasmes ; et cependant il faut se garder que la simplicité dégénère en expressions basses ou triviales.

Le ton grave doit être maintenu dans la narration; et cependant il faut que Thisto-* rien évite de tomber dans la monotonie, qui

ne tarde pas à devenir fastidieuse. Le style ,

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d'ailleurs, doit être adapté àu sujet, et devenir, selon les circonstances, sérieux ou enjoué, noble ou naïf, pompeux ou simple, et même quelquefois sublime.

L'intérêt est l'âme de la narration historique : or, pour qu'elle soit intéressante, il faut éviter la rapidité qui entasse confusément les faits, et la prolixité qui les noie, pour ainsi dire , dans les mots. Que l'historien sache où il doit se resserrer, où il peut s'étendre ; et il le saura s'il a du jugement et du goût. Par exemple, il ne s appesantira pas sur des détails de peu d'importance; mais il donnera quelques développemens à ceux qui seront dignes d'occuper la pensée du lecteur.

Le fait le plus remarquable , s'il est présenté sèchement , ne fera le plus souvent qifune faible impression ; mais qu'on le présente avec des circonstances attachantes , on sera bien sûr d'intéresser. C'est l'usage qu'on fait de ces circonstances dans la narration , qu'on nomme description historique, partie dans laquelle ont excellé les anciens.

11 est un point important dans les compo-

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sitions historiques, comme dans tous les autres genres de composition ; ce sont les transitions, c'est-à-dire ces tours particuliers qui facilitent le passage d'une matière à une autre, et les lient de manière que ce n'est qu'une suite d'anneaux formant une seule et même chaîne. # .

Il est deux espèces générales d'histoire; Yhistoire sacrée et Yhistoire profane. La première s'étend depuis l'origine du monde jusqu'à nos jours, et se divise en histoire sainte, qui comprend tous les événemens arrivés depuis la création jusqu'à la naissance du Messie ; et en histoire ecclésiastique , qui n'est autre que celle du christianisme. La seconde, que l'on appelle histoire profane, est ou civile, ou littéraire, ou naturelle. .

Les révolutions des empires , les changemens de dynastie, tous les événemens qui se sont passés chez les différens peuples de la terre, sont la matière de l'histoire civile. Si elle embrasse le monde entier et tous les siècles écoulés jusqu'à nous, elle est universelle; si elle n'embrasse qu'une des quatre - parties du monde, un royaume, une province , une ville, une révolution , un événer

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mrnt , la vie d'un seul homme , elle est particulière.

Les mémoires sont des histoires écrites par des personnes qui ont été acteurs ou témoins oculaires dans les faits et dans les événeroens qu'elles racontent. Les mémoires n'exigent point des recherches aussi profondes ni une instruction aussi étendue que l'histoire, et l'auteur n'est pas obligé d'y conserver toujours ce ton de gravité et de dignité dont il n'est presque pas permis à l'historien de descendre. La narration peut être semée d'anecdotes familières et plaisantes; on est même fort aise de les y trouver; mais il est une condition à remplir en écrivant des mémoires comme en écrivant Thistoire, c'est de dire la vérité.

La biographie est aussi un genre de composition moins élevé que l histoire, Celui qui écrit les actions d'un homme, ne doit pas seulement le peindre danssa vie publique; il doit nous le montrer encore dans sa vie privée ; et c'est même dans les petits détails domestiques que l'on saisit mieux son véritable caractère. En public , en représentation , »n homme assez ordinairement est sous le

masque; chez lui, 3ans ses habitudes familières , il est à visage découvert.

. U histoire littéraire comprend la naissance j les progrès, la perfection, la décadence et la renaissance des sciences, des lettres et des arts. Elle doit présenter le tableau de ce qu'ils ont produit, dans les différens siècles , de plus agréable , de plus grand et de plus utile. Ainsi, par exemple, l'écrivain qui Voudrait nous donner l'histoire littéraire du siècle de Périclès, ne manquerait pas de nous parler de Pindare, de Théocrite, de Bion et de Moschus, qui, dans l'ode, dans la poésie gracieuse , lyrique ou pastorale, ont laissé des modèles ; d'Eschile , de Sophocle et d'Euripide, qui ont fondé et illustré la scène tragique en peignant les passions de Time ; d'Aristophane et de Ménandre, qui, ^sur la scène comique, ont montré à l'homme ses vices et ses ridicules. Il n'oublierait point Hérodote, Thucydide et Xénophon, qui se sont immortalisés en écrivant l'histoire; Démosthènes, qui s'est placé à la tête de tous les orateurs connus jusqu'à nos jours ; Platon , Arisiote, et quelques autres, qui ont enseigné les principes et les lois de la morale ; et,

Digitiz

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en nous donnant une idée du ton , du talent?

du génie particulier qui distinguent ces hommes célèbres, il s'attacherait à nous présenter une analyse exacte , une critique judicieuse et impartiale de leurs ouvrages.'

h' histoire naturelle est celle de toutes les productions que la terre étale à nos yeux ou cache dans son sein , et que Ton distingue en trois règnes, appelés règne animal, règne végétal, et règne minéral. Le règne animal comprend les mœurs et le caractère des différentes espèces d'animaux , leur formation , leur structure, leur manière de vivre et leur industrie. Le règne végétal comprend les diverses plantes qui croissent sur le sommet des montagnes, au milieu des plaines, dans le creux des vallées et à Fombre des bois.

Le règne minéral comprend la diversité des métaux , des minéraux , et de toutes les substances qui se forment dans les entrailles de la terre.

Le soin de transmettre à la postérité les événement mémorables , le nom et les actions des grands hommes, fut long-tems confié à la poésie, qui se grave facilement dans la mémoire, et dont il est plus difficile

d'altérer les expressions. C'est pourquoi les Grecs donnèrent le nom des neuf Muses aux neuf livres d'Hérodote , surnommé le père de l'histoire.

Hérodote ; nous lui devons ce qqe nous savons sur les anciennes dynasties des Perses, des Lydiens , des Phéniciens , des Égyptiens et des Scythes. 11 naquit à Halicarnasse.

Thucydide écrivit la guerre du Péloponèse, dont la durée fut de 27 ans; son histoire n'est conduite que jusqu'à la 21 e * année de cette guerre. On en doit la suite à Théopompe et à Xénophon. 0

Xénophon , que l'on a surnommé l'Abeille at tique, à cause de la douceur de son style, fut un des héros, et 1 historien de la retraite des dix milles. 11 ajouta sept livres à l'histoire d'Hérodote, et composa la Cyropédie, ou l'histoire de Cyrus-le- Grand.

Saixuste est le premier des historiens latins. Il écrivit d'abord la guerre de Catilina, celle de Jugurtha, dont il fut témoin, et

celle de Sylla et de Marius , dont il ne reste que quelques fragmens.

TlTE - LivE écrivit sous Auguste , auquel il lisait son histoire 5 mesure qu'il la composait. Son ouvrage embrasse depuis la fondation de Rome, jusqu'à la mort de Drusus, petit-fils d'Auguste. De cent quarante livres quil a écrits, il ne nous en est parvenu que trente-cinq.

Tacite. Le temps a dévoré une grande partie des ouvrages de ce grand écrivain, et ce qui en reste fait vivement regretter tout ce qui a été perdu. Nous n'avons que cinq livres de son Histoire, ses Annales, la vie du fameux Agricola , dont il avait épousé la fille , et les Mœurs des Germains.

11 naquit vers Tan 54 de J.-C, et vécut sous les empereurs Vespasien , Domitien et Trajan.

Justin, qui vivait sous les Antonins, abrégea Thistoire du monde du temps d'Auguste , écrite par Trogue Pompée.

Florus abrégea l'histoire romaine, jusqu'au règne d* Auguste.

Polybe a < omposé une histoire grecque dont il ne reste que quelques fragmens.

Denis d'Halycarnasse a écrit plusieurs livres sur les antiquités ; mais il n'en reste que onze.

Diodore de Sicile a écrit à-peu-près vers le même temps, c'est-à-dire, vers Tan 20 ou 3o de J.-C.

Cornélius-Népos , Suétone , latins ; et Plut arque, grec, né en Béotie, et qui fut consul sous Trajan , ont été de célèbres biographes.

Historiens Français. t

MÉZERAY, né en 1610. Son histoire de France et l'abrégé de cette histoire ont été long-temps nos meilleurs ouvrages en ce genre ; on les lit encore avec fruit.

BossuETnous a laissé un discours sur l'his-

toire universelle , qui réunit ce que le genre a de plus sublime, la morale de plus sage,

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le style , de plus persuasif et de plus brillant; a Fart le plus admirable.

v Pleujiy (l'abbé de), sous-précepteur des ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry, a écrit une histoire ecclésiastique, qui finit au concile de Constance , les mœurs des chré-* tiens , les mœurs des israéiïtes, et un discours, sur l'histoire ecclésiastique,

DANiFL(lepère), jésuite et historiographe, a écrit une histoire de France remplie de méthode, 4e simplicité , de clarté *t d'e^ç, titude.

Vertot (l abbé de) possède l'art d'atf&chep son lecteur et de l'intéresser à son sujet. Il a écrit l'histoire des révolutions de Portugal , *t ceHe des révolutions de Suède, dans les?

quelles on lui reproche d'avoir manqué quelquefois de fidélité. On ne lui trouve pas. le même tort dans son histoire des révolu- i tions romaines. Son histoire de Malthe est écrite awec moins de vigueur que tous ses, autres ouvrages.

Rollin, recteur de l'université, est un de nos meilleursécrivains* Son histoire ancienne

<est la plus parfaite compilation qui existe dans notre langue. 9 - * .

HÉNAULT (le président), dans son abrégé <:krenologîque de l'histoire de France , a laissé un monument de précision , de profondeur et de clarté.

Mably (l'abbé de) était frère de l'abbé de Condillac, auteur de plusieurs ouvrages sur la métaphysique. Ses observations sur le»

Grecs, sur les Romains, prouvent qu'il n'admirait que l'antiquité.

Vîelt (l'abbé de) s'est surtout attaché i développer le progrès des vices et des vertus , & faire connaître les changemens qui se sont opérés dans le caractère de la nation ; la source de la jurisprudence , l'origine des grandes dignités , l'institution des divers tribunaux, l'établissement des ordres reli* gieux et militaires, l'invention des arts, etc.; malheureusement il n'a laissé que huit volumes auxquels Villaret en a ajouté neuf, d^ns lesquels il a suivi le même plan.

Garnier , successeur de ces grands écrivains, s'en est écarté dans la suite qu'il a don-

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née à cette histoire; il écrit avec noblesse ; çt présente les faits d'une manière intéres^sante t

Millot (Vabbé), prédicateur du Roi, a écrit les éléiuens l'histoire de France ; il pré?tente, d'une manière succinte, tous les évé-r nemens depuis Clovis jusqu'à I^puis XiV, Cette histoire a été continuée,

Voltaire a tracé un infidèle tableau dan* son essai sur l histpire générale , ainsi que dans Vhistoire de Louis X}\. Qn adniir§ dans son histoire de Charles XII un style brillant ; celle du Czar Pierre lui es.t de beaucoup inférieure.

Nous avons encore une foule d'historiens parmi lesquels le plus moderne et le plus, estimé est AsQUETiL.

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