‹ Manuel de littératureChapitre 23 sur 39 · LÉONARD · texte numérisé non relu

LÉONARD

Les Oiseaux.

Idylle.

L'air n'est plut obscurci par des brouillards épais ; Les près font éclater les couleurs les plus vives ;

Et dans leurs humides palais L'hiver ne retient plus les Naïades c \\ t ves.

DE LITTÉRATURE. l63

Les bergers , accordant leur musette à leur voîx ,

D'un pied léger foulent l'herbe naissante.

Les troupeaux ne sont plus sous leurs rustiques toits. Mille et mille oiseaux à la fois Ranimant leur voix languissante , Eveillent les e'chos endormis dans les bois.

Où brillaient les glaçons on voit naître les roses. Quel dieu chasse l'horreur qui régnait dans ces lieux ? Quel dieu les embellit? Le plus petit des dieux

Fait seul tant de métamorphoses ; Il fournit au printemps tout ce qu'il a d'appas. Si l'Amour ne s'en mêlait pas , On verrait périr toutes choses. . - Il est l'âme de l'univers.

, Gomme il triomphe des hivers Qui désolent nos champs par une rude guerre , D'un cœur indifférent il bannit les froideurs. L'indifférence est pour les cœurs Ce que l'hiver est pour la terre, j Que nous servent , hélas ! de si douces leçons ? Tous les ans la nature en vain les renouvelle ; Loin de la croire , à peine nous naissons , Qu'on nous apprend à combattre contre elle.

Nous aimons mieux , par un biaarre choix , Ingrats esclaves que nous sommes , Suivre ce qu'inventa le caprice des hommes , Que d'obéir à nos premières lois.

Que votre sort est différent du nôtre ,

Petits oiseaux qui me charmez 1

Voulez-vous aimer , vous aimez . u « i

f i 64 MANUEL .«r

Un lieu vous déplait-îl, vous passez dans un autre, On ne connaît chez vous ni vertus ni défauts , Vous paraissez toujours sou» le même plumage ; Et jamais dans les bois on n'a vu les corbeaux Des rossignols emprunter le ramage.' • 1 Il n'est de sincère langage , Il n'csttle liberté que chei les ammaui.

L'usage , le devoir, l'austère bienséance?

Tout exige de nous des droits dont je «me plains ' f Et tout enfin du cœur des perfides humains

Ne laisse voir que l'apparence.

Contre sa trahison 1a nature en Courront,' Ne nous donne pWw rién sans peine Nous cultivons les vergers et la plaine , Tandis , petits oiseau* , qu'elle fait totit pour vous. Les filets qu'on vous tend sont la- seule infortune Que vous ave» à redouter» ' Cette crainte nous est commune ; Sur notre liberté chacun veut attenter.

Par des dehors trompeurs on tâche à nous surprendre

Hélas! pauvres petits oiseau* , Des ruses du chasseur songez à vous défendre. Vivre dans la contrainte est le plus grand des maux*

M me . Deshoulieres.

DE 1/ÉPiTRE.

I/épître est une lettre écrite en vers.

Il n'est point de sujet que le poè'te ne

de i/i TTÉrt atu re. ' i65

puisse traiter dans Pépître; il n'est point de ton qu'il ne puisse y prendre ; et tel est même le privilège dont il use dans cette sorte de poëme, qu'il passe d'un ton à un autre sans que le lecteur en soit choqué, pourvu toutefois que ses transitions soient heureusement ménagées.

Le rhythme varié suivant la nature du sujet. Le vers de douze pieds convient au sujet héroïque, moral, sérieux, didactique; le vers de dix pieds, au sujej. gracieux, sentimental, susceptible de quelque description brillante ou de quelque récit amusant; le vers Je huit pieds, au sujet gai j léger , badin , familier.

Boileàu, dans son épître à M. de Seignelai , fait Féloge du vrai, et la satyre de la flatterie ; c'est en vers de douze pieds qu'il traite ce sujet moral et sérieux ;

Jadis l'homme vivait au travail occupé,

Et, ne trompant jamais, n'était jamais trompé.

hi ne connaissait point la ruse et l'imposture ; Le Normand même alors ignorait le parjure; Aucun rhéteur encor , arrangeant le discours , N'avait d'un art menteur enseigné les détours. Mais sitôt qu'aux humains , faciles à séduire , L'abondance eut donné le loisir de se nuire ,

l66 MA5UEL

La mollesse amena la fausse vanité' ;

Chacun chercha pour plaire un visage emprunté* ,

Pour éblouir les yeux 9 la fortune arrogante ,

Affecta d étaler une pompe insolente;

L'or éclata partout sur les riches habits ;

On polit l'émeraude , on tailla le rubis ;

Et la laine et la soie , en cent laçons nouvelles ,

Apprirent à quitter leurs couleurs naturelles.

La trop courte beauté monta sur des patins ,

La coquette tendit ses lacs tous les matins ,

Et, mettant la céruse et le plâtre en usage ,

Composa de sa main les fleurs de son visage.

L'ardeur de s'enrichir chassa la bonne foi :

Le courtisan n'eut plus de sentimens à soi ;

Tout ne fut plus que fard , qu'erreur , que tromperie ;

On vit partout régner la basse flatterie.

Le Parnasse , surtout, fécond en imposteurs ,

DifTama le papier par ses propos menteurs.

De là vint cet amas d'ouvrages mercenaires ,

Stances , odes , sonnets , épîtres liminaires ,

Où toujours le héros passe pour sans pareil ,

Et , fût-il louche ou borgne , est réputé soleil.

Voltaire, dans son é pitre à Daphné , où il est tour à tour gracieux et satyrique , emploie le vers de dix syllabes :

Belle Daphnéy peintre de la nature , Vous l'imitez et vous l'embellissez.

La voix, l'esprit , la grâce , la figure ,

v Le sentiment n'est point encore assez ;

Vous nous rendez ces prodiges d'Athènc «

Que le génie étalait sur la scène.

Quand dans les arts de l'esprit et du goût

On est sublime , on est égal à tout :

Que dis-je? on règne , et d'un peuple fidèle

On est chéri , surtout si l'on est belle.

O ma Daphné ! qu'un destin si flatteur

Est différent du destin d'un auteur !

Je crois vous voir sur ce brillant théâtre .

Oà tout Paris , de votre art idolâtre ,

Porte en tribut son esprit et son cœur,

Vous récitez des vers plats et sans grâce ;

Vous leur donnez la force et la douceur;

D'un froid récit vous réchauffez la glace ; %

Les contre—sens deviennent des raisons ;

Vous exprimez par vos sublimes sons ,

Par vos beaux jeux, ce que l'auteur veut dire ;

Vous lui donnez tout ce qu'il croit avoir ;

Vous exercez un magique pouvoir

Qui fait aimer ce qu'on ne pourrait lire.

On bat des mains , et l'auteur ébaudi

Se remercie et pense être applaudi.

Gresset, dans une épître en vers de mesures inégales, celle qu'il adresse à sa sœur, et dans laquelle il prend un ton élevé , emploie les images poétiques, unît la morale et la philosophie. Témoin ce passage ;

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Sur quels déplorables rc'cîts

Exiges-tu que je m'arrête ?

C'est rappeler mon âme aux portes de la mort. J'y consens mais bannis l'effroi de la tempête ;

Je la raconte dans le port.

Sur ses rameaux brisés et semés sur la terre

Par la foudre ou l'effort des vents , Un chêne voit enfin d'autres rameaux naissans ; Et , relevé des coups d'Eole et du tonnerre ,

Il compte de nouveaux printemps.' Le jour a reparu ; rien n'est long-temps extrême.

Tel était mon affreux tourment ; J'ai souffert plu s de maux aux bords du monument ,

Que n'en apporte la mort même ; La douleur est un siècle , et la mort un moment.

Il est une épître d une espèce particulière, que Ton a appelée heroïde , parce que jadis le poè'te y faisait parler des héros, des héroïnes; mais où de nos jours, le poëte fait parler des amans tourmentés cFune passion malheureuse. Ainsi, Armide écrit à Renaud , Héloïsek Aôailard, etc.

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