DE LA SATYRE
La satyre est un poëme dans lequel on attaque le vice et Ton fronde le ridicule,
sous quelque forme tt dans quelque condition qu'ils se présentent* 1
La satyre est politique, morale ou littérairc. Elle est politique , lorsqu'elle dénonce les vices d'un gouvernement; morale, lorsqu'elle s'élève contre le scandale des mœurs ; littéraire , lorsqu'elle blâme le mauvais goût et s'égaie aux dépens des mauvais écrivains.
Elle est générale ou personnelle; c'est-àdire qu'elle nomme ou ne nomme pas ; qu'elle présente des tableaux dans lesquels on ne reconnaît pas les personnages, ou qu'elle fait des portraits d'une telle ressemblance, qu'il est impossible de ne pas s'écrier : C'est telle personne.
La satyre générale peut quelquefois être utile. La satyre personnelle est méprisable.
Nous citerons quelques vers de la huitième satyre de Boileau.
Sur l'homme.
Et voyons l'homme enfin par l'endroit le plus beau. Lui seul vivant , dit-on , dans l'enceinte des villes f Fait voir d'honnêtes mœurs , des coutumes civile»,
170 , s MANUEL
Se fait des gouverneurs , des magistrats , des rois , Observe une police , obéit à des lois. • Il est vrai. Mais pourtant , sans lois et sans police , Sans craindre archer , prévôt , ni suppôt de justice , Voit-on les loups , brigands comme nous inhumains , Pour détrousser les loups courir les grands chemins ?
Chacun l'un avec l'autre , en toute sûreté, Vit sous les pures lois de la simple équité.
L'homme seul, l'homme seul, en sa fureur extrême , Met un brutal honneur à s'égorger soi-même ; C'était peu que sa main , conduite par l'enfer , Eût pétri le salpêtre , eût aiguisé le fer, Il fallait que sa rage , à l'univers funeste, Allât encor des lois embrouiller un digeste , Chercher pour l'obscurcir des gloses, des docteurs, Accablât l'équité sous des monceaux d'auteurs , Et , pour comble, de maux , apportât dan* la France Des harangueurs du temps l'ennuyeuse éloquence,