‹ Manuel de littératureChapitre 25 sur 39 · DE L'ÉLÉGIE · texte numérisé non relu

DE L'ÉLÉGIE

L'élégie doit son origine aux plaintes ou lamentations usitées aux funérailles, dans tous les temps et chez tous les peuples de la terre. Elle est particulièrement destinée à consacrer dessentimeBs dowloureux, tels que

les regrets sur la disgrâce, le malheur, l'ab- 1 sence ou la mort d'une personne.

Elle est triste , tendre ou gracieuse ; mais , qu'elle qu'elle soit, elle doit toujours avoir un langage vrai et naturel.

Il faut que k coeur seul parle dans l'élégie.

ingénieuses, brillantes ou sublimes, ni les images pompeuses. Le ton de l'élégie est simple et touchant; la douceur, la grâce, le mol abandon, voilà ce qui la distingue.

Parle-t-elle long-temps , il faut qu'elle captive l'attention , en passant quelquefois d'une idée à une autre ; qu'elle opposé un tableau triste à un tableau riant; qu'elle attache d'autant plus à sa peine , qu'elle se rappellera ses momens de bonheur. Tout la charmait dans la nature, à présent tout lui déplait; le lieu le plus sauvage était pour elle un lieu enchanté, le lieu le plus agréable est maintenant affreux pour elle. Ainsi elle émeut , elle intéresse , et ne tombe point dans un défaut qu'on lui a souvent reproché, celui de la monotonie.

L'élégie adoplo toutes les sortes devers; les entremêle , les jette de suite ou les divise par stances régulières ou irrégulières.

Elégie , imitée de Catulle.

Qu'un autre poursuivant la gloire et la fortune ,

Trouble' d'une crainte importune t Empoisonne sa vie et perde son sommeil ; Que , dévouant à Mars sa pénible carrière , JLa trompette sinistre et le cri de la guerre

Retentissent à son réveil j Pour moi qui des grondeurs n'ai point l'âme frappée , Puissè-jc, sans rien craindre, et sans rien envier, Cacher tranquillement près d'un humble foyer

Ha pauvreté désoeçappée î

Que , souriant à mes. loisirs ,

Toujours la flatteuse espérance M'offre dans le lointain la champêtre abondance Ornant l'étroit enclos qui borne mes désirs ! Que des biens aue j'attends l'agréable promesse

Suffise à mes amusemens !

Je soignerai ma vigne et mes arbres naissans. Àrrué de l'aiguillon , de mes bœufs indolens

J'irai gourraander la paresse.

Qu'avec plaisir souvent j'emporte dans mon seu»

L'agneau s'égarant sur la rive ,

Le chevreau qu'en courant sa mère inattentive

A délaissé sur le chemin ! '

offrirai de mes biens les rustiques premier

Aux dieux de la vengeance , aux dieux du laboureur. Divinite's des champs , qui Fêtes du bonheur , Vousrecevrez toujours mes premiers sacrifices. J'épanche le lait pur en l'honneur de Palès , Je prc'sentc des fruits sur l'autel de Pomone , Et des épis que je moissonne J'assemble et forme une couronne Que ma main va suspendre au tempîe de Cérès.

Vous jadis les gardiens d'un plus ample héritage , Avant que des destins j'cwsc éprouvé l'outrage , Mais de ma pauvreté devenus protecteurs , . O Pe'natcs consolateurs !

Jadis le sang d'une génisse Vous payait le tribut de mon nombreux troupeau j

Aujourd'hui le sang d'un agneau

Est mon plus riche sacrifice ; Vous l'aurez cet agneau , le plus beau de mes dons. Vous verrez du hameau folâtrer la jeunesse , Autour de la victime exprimant l'allégresse , Demander en chantant des vins et des moissons. Ah ! prêtez à leurs chants une oreille facile, Et ne dédaignez pas notre simplicité.

Le premier vase aux dieux autrefois présenté ,

Fut pétri d'une simple argile :

Je n'ai point regretté les biens de mes ayeux ;

Content de mon champêtre asile y Content de reposer sur la couche tranquille

Où le sommeil ferme mes jeux.

Ah ! périsse tout l'or de la superbe Asie , Si pour l'aller ravîr il faut quitter Délie ,

S'il faut lui coûter quelques pleurs.

Que Mcssala prétende aux lauriers des vainqueurs y Et que des ennemis les dépouilles brillantes Ornent de son palais les portes triomphantes , Moi, je suis dans les fers d'une jeune beauté ;

Je vis soixs les lois de Délie.

Pourvu que je te voie , ô maîtresse che'rie , Je renonce à la gloire , à la postérité ;

lt n'est point d'honneurs que j'envie ;

Rien ne vaut mon obscurité.

Hélas! sans les Amours comment souffrir la vie ? Quel cœur, quel cœur d'airain, 6 ma chère Délie,

Goûtant le bonheur près de toi , Pourrait te préférer une gloire frivole ?

Les triomphes du Gapitole Yalent-ils un regard que tu jettes sur moi ?

Ah ! que ma paupière mourante Se tourne encor vers toi dans mon dernier moment 1

Que , par un dernier mouvement , Je presse encor tes mains dans ma main défaillante t

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