DE L'ÉLÉGIE
L'élégie doit son origine aux plaintes ou lamentations usitées aux funérailles, dans tous les temps et chez tous les peuples de la terre. Elle est particulièrement destinée à consacrer dessentimeBs dowloureux, tels que
les regrets sur la disgrâce, le malheur, l'ab- 1 sence ou la mort d'une personne.
Elle est triste , tendre ou gracieuse ; mais , qu'elle qu'elle soit, elle doit toujours avoir un langage vrai et naturel.
Il faut que k coeur seul parle dans l'élégie.
ingénieuses, brillantes ou sublimes, ni les images pompeuses. Le ton de l'élégie est simple et touchant; la douceur, la grâce, le mol abandon, voilà ce qui la distingue.
Parle-t-elle long-temps , il faut qu'elle captive l'attention , en passant quelquefois d'une idée à une autre ; qu'elle opposé un tableau triste à un tableau riant; qu'elle attache d'autant plus à sa peine , qu'elle se rappellera ses momens de bonheur. Tout la charmait dans la nature, à présent tout lui déplait; le lieu le plus sauvage était pour elle un lieu enchanté, le lieu le plus agréable est maintenant affreux pour elle. Ainsi elle émeut , elle intéresse , et ne tombe point dans un défaut qu'on lui a souvent reproché, celui de la monotonie.
L'élégie adoplo toutes les sortes devers; les entremêle , les jette de suite ou les divise par stances régulières ou irrégulières.
Elégie , imitée de Catulle.
Qu'un autre poursuivant la gloire et la fortune ,
Trouble' d'une crainte importune t Empoisonne sa vie et perde son sommeil ; Que , dévouant à Mars sa pénible carrière , JLa trompette sinistre et le cri de la guerre
Retentissent à son réveil j Pour moi qui des grondeurs n'ai point l'âme frappée , Puissè-jc, sans rien craindre, et sans rien envier, Cacher tranquillement près d'un humble foyer
Ha pauvreté désoeçappée î
Que , souriant à mes. loisirs ,
Toujours la flatteuse espérance M'offre dans le lointain la champêtre abondance Ornant l'étroit enclos qui borne mes désirs ! Que des biens aue j'attends l'agréable promesse
Suffise à mes amusemens !
Je soignerai ma vigne et mes arbres naissans. Àrrué de l'aiguillon , de mes bœufs indolens
J'irai gourraander la paresse.
Qu'avec plaisir souvent j'emporte dans mon seu»
L'agneau s'égarant sur la rive ,
Le chevreau qu'en courant sa mère inattentive
A délaissé sur le chemin ! '
offrirai de mes biens les rustiques premier
Aux dieux de la vengeance , aux dieux du laboureur. Divinite's des champs , qui Fêtes du bonheur , Vousrecevrez toujours mes premiers sacrifices. J'épanche le lait pur en l'honneur de Palès , Je prc'sentc des fruits sur l'autel de Pomone , Et des épis que je moissonne J'assemble et forme une couronne Que ma main va suspendre au tempîe de Cérès.
Vous jadis les gardiens d'un plus ample héritage , Avant que des destins j'cwsc éprouvé l'outrage , Mais de ma pauvreté devenus protecteurs , . O Pe'natcs consolateurs !
Jadis le sang d'une génisse Vous payait le tribut de mon nombreux troupeau j
Aujourd'hui le sang d'un agneau
Est mon plus riche sacrifice ; Vous l'aurez cet agneau , le plus beau de mes dons. Vous verrez du hameau folâtrer la jeunesse , Autour de la victime exprimant l'allégresse , Demander en chantant des vins et des moissons. Ah ! prêtez à leurs chants une oreille facile, Et ne dédaignez pas notre simplicité.
Le premier vase aux dieux autrefois présenté ,
Fut pétri d'une simple argile :
Je n'ai point regretté les biens de mes ayeux ;
Content de mon champêtre asile y Content de reposer sur la couche tranquille
Où le sommeil ferme mes jeux.
Ah ! périsse tout l'or de la superbe Asie , Si pour l'aller ravîr il faut quitter Délie ,
S'il faut lui coûter quelques pleurs.
Que Mcssala prétende aux lauriers des vainqueurs y Et que des ennemis les dépouilles brillantes Ornent de son palais les portes triomphantes , Moi, je suis dans les fers d'une jeune beauté ;
Je vis soixs les lois de Délie.
Pourvu que je te voie , ô maîtresse che'rie , Je renonce à la gloire , à la postérité ;
lt n'est point d'honneurs que j'envie ;
Rien ne vaut mon obscurité.
Hélas! sans les Amours comment souffrir la vie ? Quel cœur, quel cœur d'airain, 6 ma chère Délie,
Goûtant le bonheur près de toi , Pourrait te préférer une gloire frivole ?
Les triomphes du Gapitole Yalent-ils un regard que tu jettes sur moi ?
Ah ! que ma paupière mourante Se tourne encor vers toi dans mon dernier moment 1
Que , par un dernier mouvement , Je presse encor tes mains dans ma main défaillante t