DE L^ODE
L'ode est un poème appelé lyrique , parce Tode chez les anciens était chantée, et que le poëte s'accompagnait avec la lyre. .
de Littérature. 175
L'ode se compose d'une suite de stances ou strophes % dont la première une fois assortie pour la mesure égale ou inégale des vers, et pour le mélange des rimes, sert de règle à toutes les autres. Elle embrasse tous les genres, depuis le sublime jusqu'au familier agréable; c'est le sujet qui lui donne le ton. Boilèau la représente ainsi , après avoir peint
l'élégie.
L'ode, avec plus d'éclat et non moins d'énergie, Elevant jusqu'au ciel son vol ambitieux , Entretient dans ses vers commerce avec les Dieux. Aux athlètes dans Pise elle ouvre la barrière , Chante un vainqueur poudreux au bout de la carrière , Mène. Achille sanglant aux bords du Simoïs, Ou fait fléchir l'Escaut sous le joug de Louis. Tantôt, comme une abeille ardente à son ouvr*g e > Elit», s'en va de fleurs dépouiller le rivage ; Elle peint les festim, les danses et les ris.
Cette différence dans les sujets que l'ode peut traiter, la divise en deux genres : le pindarique, ainsi appelé de Pindare; et Yana-
créontique, appelé ainsi d'Anacréon.
Diqi
La mort de J-B. Rousseau.
Quand le premier chantre du monde
Expira sur les bords glaces
Où l'Hébre tffrayé dans son onde
Reçut ses membres dispersas ,
Le Thrace, errant sur les montagnes ,
Remplit les boîs et les campages
Du crî perçant de ses douleurs ;
Les champs de l'air en retentirent ,
Et dans les antres , qui gémirent >
Le lion répandit des pleurs.
La France a perdu son Orphée.
Muses , dans ces moraens de deuil f Elevez le pompeux trophée Que vous demande son cercueil.
Laissez , par de nouveaux prodiges , DVclatans et dignes vestiges D'un jour marqué par vos regrets : Ainsi le tombeau de Virgile Est couvert du laurier fertile Qui par vos soins ne meurt jamais.
D'une brillante et triste vie
Rousseau quitte aujourd'hui les fers >
Et , loin du ciel de sa patrie
La mort termine ses revers.
Don ses maux ont-ils pris leur source ?
Quelles épines dans sa courte
Etouffaient les fleurs sous ses pas ?
Quels ennuis! quelle vie errante !
Et quelle foule renaissante
D'adversaires et de combats !
Songeons que l'imposture habite
Parmi le peuple et chez les grands :
Qu'il n'est dignité ni rae'rite
À l'abri de ses traits errants :
Que la calomnie e'coute'e
A la vertu persécutée
Porte souvent un coup mortel ,
Et poursuit, sans que rien l' étonne f
Le monarque sous la couronne >
Et le pontife sur l'autel.
Du sein des ombres éternelles , S'clevant au trône des Dieux , L'Envie offusque de ses ailes Tout éclat qui blesse ses yeux.
Quel ministre, quel capitaine , Quel monarque , vaincra sa haine Et les injustices du sort ?
Le temps à peine les consomme, Et quoique fasse le grand homme, Il n'est grand homme qu'à sa mort.
Le Nil a vu sur ses rivages Les noirs habitans des déserts Insulter par leurs cris sauvages L'astre éclatant de l'univers.
rjê MANUEL
Cria impuiasans, fureurs bizarres!
Tandis que ces monstres barbares Poussaient d'insolentes clameurs , Le Dieu , poursuivant sa carrière , Versait des torrens de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs.
Favoris , élèves dociles De ce ministre d' Apollon, Vous à qui ses conseils utiles Ont ouvert le sacré vallon , Accourez , troupe désolée , Déposez sur son mausolée Votre lyre qu'il inspirait ; La mort a frappé votre maître y Et d'un soufle a fait disparaître Le flambeau qui vous éclairait, etc.
Le franc de Pompignan.
A Glicère. Imitation (TAnacréun.
Reviens dans ces aimables lieux , Toi de nos jeunes pastourelles La plus attrayante à mes yeux , Nous aurons le vin le plus vieux , Et les roses les plus nouvelles.
Quelque jour sur l'humble gason Où reposera notre cendre , Les amants viendront en répandre ; Mais à quoi sert un pareil do.i ? -
. DE LITTÉRATURE. 17g
Les roses , le vin n'ont de prix Qu'autant qu'on en peut faire usage.
Après le funeste passage I es plaisirs nous sont interdits.
Reviens , etc.
Roman.
Outre Vo4e % il y a le cantique, consacré aux idées religieuses ; nous citerons celui-ci , par J.-B . Rousseau.
Cantique d'Ezêchias.
J'ai vu mes tristes journées Décliner vèrs leur penchant ; Au midi de mes années Je touchais à mon couchant ; La Nuit , déployant ses ailes , Couvrait d'ombres immortelles La clarté dont je jouis ; Et dans cette nuit funeste Je cherchais en vain le reste De mes jours évanouis.
Grand Dieu ! votre main réclame Les dons que j'en ai reçus ; Elle vient couper la trame Des jours qu'elle m'a tissus.
Mon dernier soleil se lève »
Et votre souffle m'enlève
De la terre des vîvans , Comme la feuille se'che'e Qui , de sa tîge arrachée , Devient le jouet des vcnis.
Comme un lion plein de rage 9
Le mal a brise mes os :
Le tombeau m'ouvre un passage
Dans ses lugubres cachots.
Victime faible et tremblante,
A celte image-sanglante,
Je soupire nuit et jour ;
Et , dans ma crainte mortelle ,
Je suis comme l'hirondelle
Sous la griffe du vautour.
Ainsi , de cris et d'alarmes Mon mal semblait se nourrir ; Et mes yeux noye's de larmes , ' Etaient lasses de s'ouvrir.
Je disais à la nuit sombre:
O nuit ! tu vas dans ton ombre M'ensevelir pour toujours.
Je redisais à l'aurore :
Le jour que tu fais e'clorc Est le dernier de mes jours.
Mon âme est dans les tc'nèbres ; Mes sens sont glacés d'effroi.
Ecoutez mes cris funèbres, Dieu juste , répondez-moi î
Mais enfin sa main propice
A comblé le précipice
Qui s'entr'ouvait sous mes pas ;
Son secours me fortifie ;
Il me lait trouver la vie
Dans les horreurs du trépas.
Seigneur , il faut que la terre Connaisse en moi vos bienfaits ; Vous ne m'avez fait la guerre Que pour me donner la paix.
Heureux l'homme à qui la grâce Départ ce don efficace, Puisé dans ses saints trésors ; Et qui , rallumant sa flamme , Trouve la santé de l'âme Dans les souffrances du corps.
C'est pour sauver la mémoire De vos immortels secours ; C'est pour vous , pour votre gloire Que vous prolonger nos jours.
Non , non ; vos bontés sacrées Ne seront point célébrées Dans l'horreur des monument :
JLa Mort , aveugle et muette , Ne sera point l'interprète De vos saints commandemens.
Mais ceux qui de sa menace Comme moi sont rachetés ,
Annonceront à leur race
Vos célestes vérités.
J'irai , Seigneur , dans vos temples ,
Réchauffer, par mes exemples;
Les mortels les plus glacés ;
Et , vous offrant mon hommage ,
Leur montrer Tunique usage
Des jours que vous leur laissez. \